‹ La réformeChapitre 20 sur 270 · DE LA LOI MORALE · texte numérisé non relu

DE LA LOI MORALE

ficile, que celle d'émanciper sa conscience de l'autorité et de l'influence de la loi morale; de telle sorte que, ne s'inqiiiélant plus ni du péché, ni des bonnes œuvres, elle ne s'attache uniquement qu'à la justice imputée de Jésus-Christ, et que, se fiant sur celte justice qui vient de dehors, elle ne se mette plus nullement en souci touchant l'observation ou l'inobservation de la loi de charité. Il se plaint seulement de ce que lui-même, qui prêche cette doctrine aux autres, n'a pu encore atteindre à ce degré de perfection, et de ce que la loi s'insinue encore dans sa conscience et le fait souvenir de ses péchés ^ .

Luther est donc d'avis qu'il n'est pas utile au fidèle de scruter soigneusement sa conscience, et qu'il ne pourrait pas même, au cas où il le voudrait, parvenir à une connaissance réelle et véritable de l'état de son âme ; qu'il vaut mieux que nous restions dans cette illusion, attendu que l'homme, s'il s'apercevait de son état véritable, de son continuel mépris envers Dieu , de son manque d'amour pour Dieu, etc., tomberait nécessairement dans le désespoir. Voie] ce remarquable passage :

« Il est bien certain que jamais aucun homme ne voit bien clairement son principal péché , à savoir son incréduhté , son mépris de Dieu ; jamais il ne voit qu'il n'a pas celte crainte, celte confiance, cet amour de Dieu qu'il devrait avoir, ni autres péchés de ce genre logés dans son cœur, où sont les véritables nœuds. Et il ne serait pas bon non plus qu'il s'en aperçût. Car j'ignore s'il y aurait sur la terre quelqu'un dont la foi y résisterait et qui ne succomberait pas au désespoir ^. »

Conséquent avec lui-même, Luther se donne toutes sortes de peines pour faire concevoir et persuader à ses lecteurs, comme quoi cette voix intérieure, qui reproche à l'homme

' Comm. in Galat. Francof. 1543, f. iOii. Qui bcue novit discernere Evangeliuni a lege, gralias agat Deo et sciât se esse tlieologiiin. Ego certe in tentaUone nondum novi, ut deberem. Sic aulem discernenda sunt, ut Evangelium ponas in ccelo, Legem in terra, ut Evangelii justiliam appelles cœlestem et divinam, Legis terrenam et liumanam, atque lam diligenter distinguas juslitiam Evangelii a Legis jusliiia, quam diligenter distinxit Deus cœlum a terra, lucem a lenebris, diem a nocle. Haec sit lux et dies, illa tenebrae et nox. Atque utinam adhuc longius eas discernere possemus. Quare si agitur de fide seu conscientia, excludatur prorsus lex et relinquaUir in terra.

2 Ed. Walch. v,1779.

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