‹ La réformeChapitre 193 sur 270 · CHEZ S. PAUL · texte numérisé non relu

CHEZ S. PAUL

Jésus-Christ pardonnant les péchés, et se soumet à lui avec une humble obéissance, comme à son maître et docteur.

C'est donc la foi, ou la loi de la foi, par laquelle l'homme est justifié, qui constitue chez saint Paul l'alliance de l'Évangile. Quelque part que l'Apôtre mette l'acte et la vertu de la foi en rapport avec la justification, comme condition ou disposition à celte dernière, c'est toujours cette foi qui, rendue féconde par l'esprit régénérateur, devient le principe vivant d'une obéissance libre et qui délivre du joug de la loi. Dès que Dieu trouve cette foi vraie et vivante dans le cœur de l'homme, il le déclare juste, sans attendre les actes extérieurs dont cette foi recèle les germes. Mais c'est Dieu lui-même qui justifie l'homme par la foi, c'est-à-dire que Dieu, qui veut régénérer l'homme intérieurement, le conduit d'abord à la foi, commençant en même temps ainsi son renouvellement intérieur; l'homme alors, en qualité de fidèle, est dans la disposition propre au développement et à l'achèvement de cette régénération commencée dans la foi et avec la foi.

Ce que saint Paul entend exclure de la justification, c'est la loi ou les œuvres de la loi, ou simplement les œuvres, parlant, les œuvres accomplies sous l'empire de la loi mosaïque qu'il a particulièrement en vue quand il parle de la loi en général, mais que, comme loi morale, il met absolument au même niveau que la loi de nature, la déclarant, par conséquent, essentiellement bonne, sainte, spirituelle et toujours valable. Or les œuvres auxquelles saint Paul oppose la foi ne sont pas seulement les œuvres de la loi cérémonielle, mais aussi celles qui s'accomplissent en conformité de la loi morale, c'est-à-dire toutes celles que l'homme accomplit avec le seul secours de la loi, ou poussé seulement par la loi, conséquemment avec ses propres forces, et sans la grâce que la loi était impuissante à donner. Si la justice, dit l'Apôtre, venait des œuvres de la loi, elle serait une justice usurpée, émanée de soi, et non une justice née de la foi. L'homme qui dans son culte de la loi cherche un motif pour mériter les biens qu'il attend de Dieu, est un homme qui veut compter avec Dieu et sa justice rémunératrice; il se regarde comme ayant le premier donné quelque chose à Dieu, et Dieu comme lui devant quelque chose en retour. Cet homme-là s'aime lui-môme

328 AKTIÏHÈSE DE S. PAUL

d'abord et par-dessus tout; c'est un serviteur intéressé, un mercenaire.

Toute œuvre peut être jugée sous un double point de vue : celui de sa forme extérieure correspondant et conforme à la loi 5 celui du principe qui Ta engendrée. Saint Paul appelle donc œuvre de loi toute œuvre qui, bien qu'extérieurement et en fait conforme à la loi, pèche cependant par l'absence des véritables principes intérieurs, et, par conséquent, est incapable de disposer l'homme et de le rendre apte à recevoir ces principes de vie (dans la justification). Voilà pourquoi, chez saint Paul a par la grâce » est opposé à «< par les œuvres ; » la foi, que l'homme ne peut se donner lui-même, est opposée aux œuvres de la loi qu'il est capable (à la manière des Juifs) d'accomplir de ses propres moyens. Ces œuvres-là, dit l'Apôtre, ]'homme peut s'en glorifier comme des siennes propres, accomplies par ses propres forces, et en réclamer la récompense comme une chose qui lui est due ( Ephés. ch . ii, f, 9), au lieu que les œuvres accomplies avec le secours de la grâce excluent toute gloire et toute idée d'une récompense due à un devoir accompli *.

Ainsi donc Ve^^xKôu.i^o; (Rom. ch. iv, f. 4), celui qui s'adonne aux œuvres et n'arrive point à la justice, est l'homme égoïste qui, se complaisant dans sa justice propre, se préoccupe de satisfaire par calcul à la lettre de la loi, sans s'inquiéter d'en accomplir l'esprit, et, se targuant de son droit et de son mérite, demande la récompense qui lui est due pour avoir observé la loi. Ce qu'il sert, ce n'est pas la volonté divine révélée dans la loi, c'est son propre désir, sa propre volonté, dans laquelle, occupé sans cesse à marchander les exigences de la loi et à les amoindrir par des subtilités casuistiques, il ne fait que calculer de quelle manière il satisferait à ces exigences avec le moins possible de gêne et de charges. De la sorte, malgré toute son apparente soumission à la loi, il ne fait pourtant que revêtir hypocritement de la forme légale son bon plaisir personnel.

Pour aller au-devantde tout malentendu, saint Paul a coutume de distinguer toujours avec soin entre les œuvres delà

* Car, selon la r« Kpîlrc aux Cor. ch. iv, f. 7, celui qui a tout reçu (par la grâce) ne se peut gloiiiier comme s'il n'avait rien reçu.

Page 1