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IDENTITE DE LA SANCT. ET DE LA JUSTIF. CHEZ S. PAUL

la sanctification dans la justification, c'est-à-dire qu'il prend celle-ci dans le sens d'une véritable justification intérieure, comme, par exemple, Rom., ch. viii, jii. 30, où, dans les divers anneaux de la chaîne du salut ou des grâces, par lesquels Dieu conduit l'homme à la gloire éternelle , la sanctification serait omise, si elle n'était comprise dans la justification. Et, dans le fait, la justice n'est autre chose que la sainteté, considérée au point de vue de sa valeur intrinsèque ou de son admissibilité devant Dieu : elle est ce qui, dans la charité, dans la sainteté de l'homme, plaît réellement à Dieu, ce qui est communiqué ^ux hommes par le Fils de Dieu *. Et justification et sanctification étant , chez saint Paul, une seule et même chose, ou bien la première (en tant que sentence déclaratoire) présupposant la seconde, l'Apôtre, pour combattre la justification judaïque par la loi, se sert de cet argument principal que la loi, par elle-même et seule, est impuissante pour conduire l'homme à une véritable justice ou pour le sanctifier ; partant , il conclut de l'impuissance de la loi pour sanctifier à son impuissance pour justifier. C'est pourquoi il dit à Tite (ch. m, ^, 6, 7) que le Saint-Esprit a été répandu sur nous afin que nous fussions justifiés. Car c'est le Saint-Esprit qui communique à l'homme la justice intérieure ou la sainteté, et, si on lui attribue, comme dans ce passage, la fonction de justifier, le caractère d'inhérence morale de la justification et son identité avec la sanctification se trouvent ainsi clairement exprimés.-

Luther, dès son début dans la carrière de réformateur , ayant imaginé que même les bonnes œuvres accomplies avec le secours de la grâce, et, en général, tout ce que Dieu demande à l'homme, jusqu'aux mouvements et aux actes intérieurs de la charité, etc., sont des œuvres de la loi, tout l'ensemble du système de saint Paul sur la justification se trouva disloqué et sa doctrine elle-même défigurée. Mais bientôt on se trouva entraîné encore plus loin : la foi étant également une œuvre, et une œuvre commandée par Dieu, on dut en venir à prétendre , en flagrante contradiction avec l'Apô-

* Voy. Hébr. cli. xni, ^ 3i ; ~ II Cor. ch. iv, ^ 4 5 — Ephés. cU. i, j^. 6 ; — Rom. cb. vm, f* 27.

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tre , que la foi môme n'est pas imputée à justice à l'homme, en tant qu'elle est son acte et son sentiment à lui, et que quelque chose étrangère, extérieure à l'homme, peut seule être sa justice devant Dieu : c'est-à-dire, que cette justice et cette sainteté que Jésus-Christ a opérée jadis sur la terre par l'accomplissement entier de toute la loi morale est imputée à l'homme comme s'il l'eût lui-même accomplie. De là, on conclut alors que saint Paul parle d'une justice tout-à-fait parfaite, devenue la propriété de l'homme par imputation , et que, s'il parle de la foi comme de ce qui justifie l'homme ou lui est imputée justice, ce n'est là qu'une catachrèse (extrêmement forcée , il est vrai) pour désigner ce que l'homme doit spécialement croire ou s'approprier par la foi, à savoir cette sainteté et cette obéissance de Jésus-Christ.

On sait qu'il n'existe dans saint Paul aucun passage où il soit dit que la justice personnelle de Jésus-Christ est imputée à chaque fidèle, et que chaque fidèle ait à s'appliquer cette justice , comme si c'était la sienne même. II n'est pas davantage exprimé ni indiqué;, dans aucun endroit de cet écrivain sacré, que la justice, par laquelle l'homme est formellement justifié, soit la justice de Jésus-Christ en dehors de l'homme. La doctrine de l'imputation s'appuie sur ces paroles de l'Apôtre où il dit que la foi d'Abraham lui fut imputée à justice, et qu'à nous, si nous croyons à celui qui ressuscita Jésus- Christ d'entre les morts, cette foi nous sera imputée à justice. Or, ce que Dieu impute ici à justice à l'homme, ce n'est pas l'objet de la foi, ni quelque chose dont l'homme doive se mettre en possession ou qu'il doive s'appliquer comme sa propriété au moyen de la foi, c'est la foi elle-même, l'acte et le sentiment de la foi , embrassant en même temps la charité et l'espérance.

Cette doctrine de l'imputation, qui substitue à la grâce vivante, méritée par la justice de Jésus -Christ , donnée à l'homme et agissant en lui et avec lui, une fiction morte, basée sur un prétendu pacte, est tellement en contradiction avec la doctrine de l'Apôtre, que ceile-ci, au contraire, soutient efxpressément l'accomplissement de la justice de la loi en nous, et le représente comme le but de l'œuvre de rédemption de Jésus-Christ ( Rom., ch. viii, y. 4 ). Saint Paul

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ne pouvait démentir plus explicitement la théorie de Luther qu'en affirmant que le but de l'incarnation et du sacrifice de Jésus est précisément de nous mettre en état d'accomplir la loi divine. Si l'Apôtre avait connu une imputation de la justice de Jésus-Christ, dans le sens protestant, il eût dû nécessairement en parler dans le passage de la II" Épîlre aux Corinth., ch. v, i. 21. « Dieu a rendu péché { victime pour le péché) pour nous celui qui ne connaissait point le péché, afin qu'en lui nous devinssions une justice de Dieu (justes de la justice de Dieu ). » Au lieu de tva -Yivoiasax ^ijcaioauvr, ôcou, on devrait lire dans ce passage, selon la doctrine de l'imputation, 'va Tj^txatoaûvYîrwXf'.cToùXc-j'toôrirpv. Fautc dc cc, Luthcr a cherché du moins à aider au texte en traduisant ainsi : « Afin que nous devinssions en lui une justice qui compte devant Dieu.» Mais « justice de Dieu » signifie ici évidemment une justice opérée dans les chrétiens par la vertu de l'Esprit divin, par opposition avec la justice propre du Judaïsme.

C'est ainsi encore que l'Apôtre oppose à l'état de péché oii Adam plongea l'humanité la grâce obtenue par Jésus-Christ, à la mort spirituelle par Adam la vie par Jésus-Christ. Or, de même que les hommes ne sont pas devenus pécheurs par une simple imputation du péché d'Adam, mais réellement et intérieurement, de même il faut que la grâce de Jésus- Christ ne consiste pas simplement dans l'imputation d'une justice extérieure, mais dans le don d'une justice intérieure. Si ce n'était qu'une justice imputée, et non une justice résultant d'un renouvellement intérieur, l'Apôtre énoncerait une chose fausse, quand il dit qu'actuellement la grâce qui nous est apportée par Jésus-Christ est plus grande et opère en nous davantage que ne faisait auparavant le péché d'Adam ; il ne pourrait opposer à la mort et à la condamnation où tous les hommes sont tombés par le péché d'un seul, la justification qui donne la vie à tous par la justice d'un seul ( ch. V, f. 18) ; il ne pourrait pas dire que, de même que tous sont devenus pécheurs par la désobéissance d'un seul, de même tous sont justifiés par l'obéissance d'un seul, si l'obéissance de Jésus-Christ était moins efficace que la désobéissance d'Adam, et si nous, qui par suite de cette chute somnies dans un état d'iniquité réelle et intérieure, au lieu

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