LA FORMULE DE CONCORDE REPOUSSEE EN FOMERANlÊ
*(l()it devenir saint et juste devant Dieu, est longuement traitée par saint Augustin contre les pélagiens, et par saint Ambroiseen plus- d'un endroit. Et, bien qu'ils sachent (les théologiens catholiques) que nous suivons l'opinion de ces docteurs, ils S'emparent -cependant de quelque petit mot, pour faire leurs simagrées devant les gens. » Les choses restèrent longtemps en cet état : la fouie des prédicants luthériens se rassurèrent sur l'autorité de Mélanchthon , décisive à leurs yeux ; le petit nombre de ceux qui connaissaient les écrits de saint Augustin pour les^avoir lus eux-mêmes, ou qui lisaient les rél'utations des théologiens catholiques, gardaient le silence. On né fui donc pas peu surpris, lorsque, quarante-cinq ans plus tard seulement, la première contradiction contre ce point de la Confession d'Augsbourg se fît entendre chez les luthériens. Voici comment la chose se passa.
La Formule de Concorde contenait la Confession allemande sous la forme la plus ancienne, extraite d'un exemplaire conservé dans les archives de Mayence, et on y retrouvait l'appel au livre de saint Augustin sur l'esprit et la lettre. Aussitôt les théologiens et les prédicateurs de Poméranie déclarèrent que c'était pour eux un motif suffisant pour ne point accepter le formulaire d'Union, de voir, dans la Confession principale, citer à l'appui de la doctrine protestante sur la justification un livre de l'ancienne Eglise qui dit précisément le contraire , et exprime, en termes clairs et positifs , le système catholique. C'est, disaient-ils, mettre aux mains des adversaires catholiques une arme terrible dont ils ne manqueraient pas de faire bon usage, et se charger de l'opprobre d'un mensonge manifeste et public, qu'on prétendrait en outre, rendre obligatoire pour tous les prédicateurs et théologiens du temps présent et des générations futures- Ainsi, dans la déclaration laite par le synode de Stettin en 1577 , après qu'on lui eût soumis le livre d'Union , il était dit : « Les papistes ne manqueraient pas de tirer bon parti de ce qu'on y dit que nos églises enseignent, touchant la justification du pauvre pécheur devant Dieu, les mêmes choses que saint Augustin dans son livre « de Spirifu et Littera^ » qui enseigne sur la justification exactement de la même manière que font aujourd'hui les papistes. » L'année suivante, dans un nou-
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veau synode, on dressa un nnémoire détaillé des motifs qui décidaient la Poméranie à repousser la Formule de Concorde; dans <îe factum, on lisait : • Evidemment l'exemplaire de la Confession d'Ausgbourg a encore ce défaut de dire, à l'article 20 ■< de la foi et des bonnes œuvres » : que nos églises enseignent, touchant la justilicalion de la foi » comme tout le livre de saint Augustin De Spiriiu et Littera ; axv il n'en est pas ainsi, et si nous voulions coiicéder et accorder cela aux papistes, le suprême et principal article de notre doctrine évangélique serait perdu '. » Dans un autre avis, rédigé par le surintendant général Runge, il est également dit : « Nous ne pouvons tenir pour la véritable Confession d'Augsbourg l'exemplaire de Mayence (inséré dans la Formule) ; l'article 2ô, de la justice de la foi par la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, où on allègue la conformité de saint Augustin , est erroné et très dangereux à cause des papistes; d'ailleurs, l'exemplaire de Mayence diffère, sur beaucoup d'articles, de la première Confession d'Augsbourg qui fut publiée à Wittenberg, en '531, par Luther et d'autres de nos anciens, et insérée dans les œuvres de Luther, impriméesà léna^.Et s'il fallait regarder l'exemplaire de Mayence comme la bonne et véritable Confession d'Augsbourg, la vraie, pure et divine doctrine de la justification de la foi par Jésus-Christ serait perdue et livrée aux mains des papistes , à cause de cet article ^0 ^ » Les auteurs de la Formule de
' Balthasar : Collections pour rhisloire ecclésiastique de Poméranie, i, .338,
~ En efTft, le passage de la Confession d'Augsbourg où il était dit que saint Adguslin avait enseigné les niômcs choses que les protestants, coinme le prouvait son livre de Spiritu et Uttera, ce passage Ait supprimé, sans doute à la demande de Luther, dans la première édition allemande qu'on en flt à Wittenberg. Déjà, du resie, ce passage avait été remplacé , dans le texte latin pu. blié par Mélanohlhon en 1530, par celui-ci : Toia hœc causa habet lestimonia Patrum, nam Àugustinxis multis volumînibus défendit gratiam ef justitiam fidei contra mérita operum. Dans la Variila de 1540, c'est encore autre chose ; on y lit : Miiùœ sunt iutegrce hac de re opud ^uguftinum dis/utationes. — Après quoi est cité un passage de saint Augustin qui n'a absolument aucune valeur lelalivement ù la controverse outre les catholiques et les protestants.
' L. c. n, ^20. — Dans une lettre à Chemnitz, du 7 avril 1579, Uuuge dit sur le même sujet : Tu ipse scis, Augusiinum in toto libro de Spiritu et Littera non docere sic de justifie atione, sicul deea juxta scrlpturom nostri' dorent rcclcsi^. Et qualia in contexlu ca sinl dicta, quse ex 9 et 2Q cppile cilonfur, con ignoras.