QUERELLE SUR LA CITATIOTÎ DE S. AUGUSTIN
Concorde répliquèrent que ce qu'on trouvait si dangereux dans la Confession d'Augsbourg se trouvait également dit de saint Augustin dans l'Apologie (art. 4, 5, 6, 20); que si on le trouvait bon dans l'Apologie, on ne pouvait le trouver mauvais dans la Confession *, Sur ces entrefaites, un théologien de Poméranie avait démontré, dans un écrit spécial, la complète contradiction qui existe sur tous les points entre la doctrine de saint Augustin et le système protestant de la justification; mais ceux de Saxe, de Brunswick et de Wurtemberg ne s'en laissèrent point troubler. Une correspondance eut lieu, à ce sujet, entre Runge et les théologiens de Helmstedt : il était à craindre, leur écrivait Runge , que , si l'on en venait un jour à un colloque avec les théologiens catholiques, on ne se fît plus de tort en se fondant,
In Tiletano et aliis defensoribus Tridentini Concilii conspicitur, quomodo Ponlilicii, Jesuilae et alii nos in articule justificationis consensu Aiiguslini praegravent. Si verum es!, Auguslinum in libro de Spiritu et Litlera idera nobiscum de justificalione doccre, cur Lulherus, Junas, Pomeranus, Philippas et alii patres non reliquerunt eanidem asseveralioncm in prima germanica A. C, quœstatim, postquam Carolo exhibila fuit, Wilebergae publicata est? Cur eadem asseveralio non exslat in plenius di'claruta Gonfessione, quae anno 45/)0 Wilebergije germanice édita, et lanta cum intempérie ab Illyrico et aliis crucifixa est? (L. c. ii, 195.) — Touchant les passages de saint Augustin elles dans la Confession, Chemnitt avait écrit à Runge, le il^ novembre 1578 : Quod in scripto germauico exemplari allegatur Auguslini liber de Spiritu et Littera, non satis potest causai esse, ut idcirco rtjicialur. Nam in Apologia, et veleri et recenti, lalina et germanica, eodem prorsus modo non taiitum allegatur liber iile Augustini, sed et jntegrae sentenliœ drsciiplœ sunt, et in ipsius coufessionis latinœ ediiione anno 40 ex illo Augustini libro in loco de fide intégra sententiaascripta est. Haec velim accurate a voLis perpendi, ne rejectione Auguslini novae turbae excilentur à vobis, cum etiam in \es!ro exemplari Apologiœ liber ille diserte citetur. [Rehmeycr. Histoire ecclês. de Brunswiclî. tom. m, suppl. 308j. — Dans un autre mémoire des ihéologicns de Poméranie [Balihasar, ii, 222) (7 est dit de nouveau : Qu'il nest pas vrai que Céglise éiangéliqae enseigne sur la justification ce (/u enseignait saint Augustin dans son livre de Spiriln et Litlera : « Car ce qu Augustin enseigne dans son livre , les papistes et les » jésuites l'enseignent et le croient aujourdltui. » — Dans un autre écrit, émané du synode cl' Anklam (L. c. ii, 237) on lit : Manifcstum est, hodie Jcsuitas et alios Ponlificios de justificalione sic docere (sicut Auguslinum), et Auguslini auclorilate et consensu nos et noslras ccclesias maxime piœgravare. Et quamvis dicatur, Principes anle annos quinquagmia Auguslœ tali forma confessionem germanicam exhibuisse, lamcn conslal, paires noslros Lulherum, Pbilippum, Bientium et alios postea intra duos aut très menses eam partem magno judicio et coiisilio ccrrcxissc, sicul docet exemiJar germanicum C. A., qnod Witcbcrgœ sub inilium anni 1531 publicatuin est, i Ba;lha^ar, ii, 222,
DANS LA COINFESSION d'aUGSBOUEG. 351
avec la première Confession , sur la doctrine de saint Augustin touchant la ju.^tificalion , qu'en omettant , avec la seconde Confession, l'antithèse contre les Zwingliens *. Dans le Mecklenbourg, on reconnut que la prétention du synode de Poméranie était parfaitement fondée, et Chytraîus rapporta que, dès 154Î-, le réformateur Schnepf avait déclaré,dans un discours prononcé publiquement à Tubiugen, qu'il n'y a pas, dans tout saint Augustin, une seule syllabe de la justice de Jésus-Christ imputée à l'homme par la foi ^ Par-
* V. ckez Baltliasar : Lellres de Runge à Daniel Hofuiann.
* Epp. Chylra'i, p. 1113. — Chytrans ajoute : Proftclo si ad veterum palrum antiquilatcni provocamus, magna pars doctrinae, quani a praceploribus noslris Liithrro et Pliilippo didicimus, iiobis al jicienda erit, de pracipuis et summis fidei noslrœ arliculis, ac imprimis de juslificatione, de quu Augustinum, cujus consensus a nosliis inîerdum pro forma cilatnr, prorsus Ponlificiis ac Tridentino Synodo caotl/Y,'wOv xal op.o'cî-cvS'cv esse non ii;noras. En ceci, du reste , il imite Ccxcmple de Mélanchthon, son maître et modèle; dans un discours sur saint Augustin, rédigé par lui et prononcé en 1578, à liostoch, par Frederus, son gendre, il ojjirme que : Libellns de Spiritu et Litlera discrimen legis etEvangvlii euuli'ius, qnam ulla capterorum Palrum scripla explicat./^ savait très-bien que saint yfugustin y avait développé , non pas la doctrine protestante^ mais bien celte de CEglise catholique sur le rapport entre la loi et l'Evangile, Ensuite il est dit : Elsi autem de impuîalione jnslitiœ Christi graluita (qua), perpetno elioni posl acceplum Spirilum sanclum justi et accepli Deo el vilae aeterna? l)a;redes manemus, non ita peispicuc, ut Lulherus, sese explicat, nec per on nia Pauli senlenliaî salisfacil, lanien, quia propius, quam scliolaslici et aiii, ad ecm accedil, in C. A. et Apologia etiam Augustini leslimonium cilatur, ut sane mirer, a quodam exemplum primœ A. C. in luic urbe edilnm hoc polissimum praetextu arrodi, quod in arliculo 20. A. C. Augustini consensus in co allcgclur, quo reccpto purilas doclrinœ de juslitia fidei damnum faciat et Papistis per.ilus prodatur ; cum tamen ille i|)se se ad Confessionem et Apologiam a. 1531 Witebergœ editam referai, in qua muUis voluminibus Augustinus gratiain et jusiiliam fidei contra mérita operum defendere dicitnr, et nominalira ex libello de Spiritu et Littcra locus iniegcr in Apologia describitur. Qiiae si non offendunt eom in Confessione et Apologia a. -1531 édita, cur Moguntino exeniplo lanlopere liane unam ob causam irascitur? Orationes Chytraei, p. 601 {Voy. Schûtz : Vila Cliylriiei, u, 520j. — F^canmovis ce même Chytrœus reconnaissait dans des lettres qui n étaient pas, il est vrai, destinées d devenir publiques, que la doctrine de saint Augustin n^a rien de commun avec celle des protestants, et dans la censure de Bostock sur la Formule de Concorde, rédigée pur lui, il est dit : In Confessionis arliculo 20 allegalur Augusiiui consensus de justilia fidci : comme le démontre tout le livre de Spiritu et Litlera. At non sohun erplicolio doclrinœ de juslificalione libre Concordîae inserta cum Augustini explicatione non congruit, veruni etiam \icinus nosler in Pomerania pcculiari scriplo per singula capita libri de Spiritu et Liitera ordine, dissimililudiucm senlcnliae Augustini et nostrarum ecclesiarum dcmonstrat, ut primo iilo exemplari C. A. Moguntino puritalem doclrir.ae de justitia (idei corruiii ei Pcpistis prodi évinçât (^ot/. Schûtt, ii, 517),
Z511 DOCTRINE TOUCHANT LA LOI ET l'EVATîGILE
fois, on faisait même des aveux encore plus importants et plus étendus; il est vrai que c'était dans le commerce de la correspondance intime. Dans un mémoire adressé collectivement par tous les théologiens et prédicateurs de Rostock à ceux des trois villes de Lubeck, Hambourg et Lunebourg, on déclarait, sans détour, que sur les articles du libre arbitre, du péché, de la justification et des bonnes œuvres, la doctrine des Pères en général (de l'antiquité orthodoxe) s'accordaiX complètement avec celle des théologiens catholiques *. Publiquement, toutefois, on continuait, dans des écrits polémiques publiés par centaines, à accuser les catholiques de s'être écartés, sur tous ces articles, de la doctrine de l'ancienne Eglise.
QUERELLES ANTINOMÏSTES.
L*antagonisme entre la loi et l'Evangile, tel que le conçut Luther, ainsi que Mélanchthon à son début, était une des colonnes fondamentales du nouveau système, et sur cet article on peut voir déjà clairement quel abîme séparait ce système d'avec celui de l'Eglise catholique. Ce que l'Eglise avait jusqu'alors enseigné, ce n'était pas que l'Evangile est l'opposé de la loi morale et exclut celle-ci de l'opération du salut et de la nécessité pour le salut; mais elle enseignait que l'Evangile complète et consomme la loi, la rend salutaire, la conduit au but pour lequel elle fut donnée, et donne à l'homme la force d'accomplir cette loi, de sorte que l'homme peut faire, au moyen de l'Evangile, ce qu'il ne pouvait par la loi seule, à
* Cur in liis arliculis, de quibus declarationcs et confissiones ex dîametro cum prioribus nosirorum confes?ionibus piignanles in bis ecclesiis tolies editœ sunl, non idem veriti sunius aut veremur, ne a Ponlificiis accusemur, quod a propiiis confessionibus et ab ortbodoxa iinliquitale discesserimus, quae cerle (paucis Aupustini postremis el Piosperi dictis « xceplis) tola fere Ponlificiorum doctrinœ de libcro arbiliio, graîiœ prœvenieiili ex f^ese assentiri valenle, el de juslificatione, sicul nunc ab illis explicalur, oaciir/fcç esl (.Voy. Berlram : Luijeboing (ivangéliqur. Appcndix, pag. 271),
DA]NS l'aPîCIEIM^E ET LA NOUVELLE ÉGLISE. 353
savoir, résister au péché et mener une vie vraiment pure et sainte. Ce que l'Eglise avait enseigné jusqu'alors, c'est que l'Evangile est une loi de la grâce, c'est-à-dire de la vertu et du secours de l'Esprit divin, une inscription de la loi et de la volonté de Dieu dans le cœur de l'homme, qui désormais lui obéit volontairement, et est de plus en plus pénétré de son esprit. Luther, au contraire, partait de la supposition qu'il y avait opposition absolue entre la loi et l'Evangile. La loi, avec ses exigences absolument impossibles à accomplir, est pour lui une parole de colère ; mais l'Evangile est destiné à ôter à l'hofnme la frayeur que lui a donnée la loi, en lui révélant que Jésus Christ a déjà tout fait pour lui, que déjà il a accompli la loi avec tous ses commandements inexécutables pour l'homme, et que celui-ci n'a plus rien à faire que de s'appro[)rier cette œuvre de Jésus Christ avec la foi (c'està-dire par une application spéciale). Tandis que la loi exige que nous accomplissions tout nous-mêmes, et par cela même nous convainc de notre impuissance et de notre abandon , l'Évangile nous montre Jésus-Christ qui nous donne gratuitement l'accomplissement opéré par lui, dès que nous croyons seulement à ce don. D'après cela, ce n'est pas l'Evangile qui exige une sainte vie, c'est la loi. L'Evangile ne fait que consoler et offrir gratuitement to'.ites ses promesses, sans aucun égard à quelque chose que nous puissions faire; car il ne demande rien à l'homme que de s'en appliquer le contenu par la foi. La sainteté et la justice intérieure ne sont donc pas des conditions établies par l'Evangile, mais seulement par la loi ; mais jamais ce qu'exige la loi ne doit être mêlé à la doctrine de l'Evangile; sinon, celui-ci perd sa vertu de douce consolation; et, de même, le salut ne doit être annoncé et promis que d'après l'Evangile, et non d'après la loi, ni être soumis à l'observation d'aucun commandement. Voilà pourquoi Luther, fidèlement imité en cela par ses adhérents, s'était habitué à désigner par le nom de Moïse la loi de conscience, la voix divine qui parle dans le cœur de l'homme; et tout ce que l'Apôtre dit contre la loi cérémonielle de Moïse, Lutiier avait coutume, en l'exagéi ant encore, de le tourner au dénigrement de cette loi morale intérieure. Ce fut un compatriote de Luther, un de ses plus anciens i". 23