LA LOI
ses péchés, qui lui représente qu'il n'est encore qu'un pêcheur non amendé , n'est qu'une tentation de Satan, et comment il faut que l'homme combatte et repousse ces artifices sataniques. C'est par des artifices de ce genre que Satan a coutume de transformer en péchés les choses même les plus insignifiantes, et d'en torturer la conscience K Chaque fois donc que l'homme médite sur ses rapports avec Dieu, chaque fois qu'il se met en communication avec le Christ, son rédempteur, Luther lui conseille d'écarter complètement de sa pensée tout ce qui est relatif à sa conduite, à son état moral, à ses progrès, ou à sa marche rétrograde dans la voie du bien :
« La foi ignore la loi des œuvres, et notre justice et nos facultés : car elle est plus élevée que toutes ces choses , attendu qu'elle doit être placée dans le paradis, infiniment au-dessus de la terre, et jusque là haut dans le ciel, où l'on ne saurait entendre ces paroles •• Qu'as-tu fait? Que n'as-iu pas fait? Ces paroles de la loi, on ne doit pas les laisser pénétrer dans le paradis, dans la chambre du fiancé, c'est-à-dire du Christ. Là, au contraire, on ne doit prêcher et entendre parler que de ce roi, de ce qu'il a fait et t'a donné, et de ce qu'il demande de loi, à savoir que tu ne t'en rapportes et ne t'attaches qu'à lui seul, et qu'à lui seul tu sois reconnaissant d'un si grand bienfait. Voilà, dis-je , ce que seul on doit entendre en ce lieu. Mais si la loi survient, expulsez-la de la chambre du fiancé et dites-lui de rester sur la terre ou d'aller au mont Sinaï, qui est son lieu à elle, son lieu propre et qui lui appartient -. ->
Si donc la loi qui commande l'amour de Dieu et du prochain représente à l'homme, par la voix de sa conscience, combien cet amour lui manque, qu'il n'aille pas peut-être
' Comm. in Galat. éd. Iniiischer, ii, 329.
2 Walch. V, 623. — C'est dans le même esprit qu'est écrit le passage suivant (Comm. in Galat. Francof. 1543, f. 15) ; Si vero (Lex) vult ocoupare conscientiam et huic dominari, vide, ut tum sis bonus dialecticus, recte dividas et ]i'<X\ non plus tribuas quam ei Iribuendum est, sed dicas : Lexl lu \is ascendere in regnum conscientiae et ibi dominari, et eam arguere peccati, et gandium cordis tollere, quod habeo ex fidein Ghrislum, et me indesperationem adigere, ut desperem et pcream. Hoc praeter officium tuum facis, consiste intra limites luos, et exerce dominium incarnera. Conscientiam aulera ne altingas niihi, sum eniin baptizatus et per Evangelium vocatus ad communionem justitiae et vilœ aeternœ, ad regnum Christi, in quo acquiescit conscientia mea, ubi nulla lex est, sed niera reraissio peccatorum.
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prier Dieu de mettre ou d'augmenter ce trésor eu lui ; mais que, s'armant du bouclier de l'Evangile, c'est-à-dire de l'imputation des mérites de Jésus-Christ, il chasse loin de lui la loi, étouffe ainsi la voix de sa conscience, et se tranquillise par cette pensée consolante que , si pauvre qu'il soit d'amour envers Dieu et le prochain, Jésus-Christ eut une d'autant plus abondante plénitude de cet amour, et que celte surabondance lui sera imputée. Voilà comment, dit Luther, si nous laissons régner le Christ seul , la conscience s'endormira tranquille, sans souci de la loi, du péché et de la morti.
La pensée intime de Luther se manifeste assez clairement dans le passage que voici :
<( Je mettrai de côté la piété, et Moïse, et la Loi, et je m'attacherai à un autre prédicateur qui dit ( Saint Matthieu, ii, 28 ) : « Venez à moi, vous qui êtes fatigués, et je vous soulagerai, et que cette parole, Venez à moi, vous soit chère. » Ce prédicateur n'enseigne pas que tu peux aimer Dieu, ni comment il faut que tu agisses et vives; mais il dit comment, si lu ne le peux faire, tu deviendras pourtant saint et seras sauvé. C'est là une autre prédication que celle de la loi de Moïse, qui ne vise qu'aux œuvres. La loi dit : Tu ne pécheras point; va et ne pèche point ; fais ceci, fais cela; Jésus-Christ dit : Prends, tu n'es pas pieux et juste, mais y in fait pour loi ce que tu n'as pu faire : Remissa siint tibipeccata ^ »
Toute la doctrine, on le voit, est calculée en vue d'empêcher que la connaissance de son état de péché ne s'éveil!o dans l'homme, d'étouffer jusqu'au moindre mouvement de la conscience, et de le retenir, comme par un talisman, dans sa croyance à sa justice et à la certitude de son salut. C'est encore là le but de cette proposition de Luther, que tout salut étant dans la foi, et le tidèle ne péchant jamais, mais ne faisant toujours que ce qui est agréable à Dieu, de môme l'incrédulité est l'unique source du péché. Or, par incrédulité, il entendait le doute ou le défaut de conviction chez l'homme touchant son état de grâce. Lors donc que Luther dit, par exemple : « De même que la foi seule justifie et nous donne l'esprit et le désir des bonnes œuvres extérieures, de
1 Comm. hiGalat. éd. Innischer, n, il\iî. ■' Ed.Wakh.vji, 232i.