AGRICOLA ESSAIE DE MODIFIER
disciples et adjoints qui, le premier, essaya de rattacher ensemble, d'une manière différente, la loi, l'Evangile et la pénitence. Àgricola fut mécontent de voir accrocher l'une à l'autre, par une juxtà-position mécanique, deux doctrines entièrement différentes et essentiellement contraires, celle de la loi et celle de l'Kvangile, dont l'une n'existerait que pour détruire ce que l'autre aurait opéré; dont l'une ne ferait que tourmenter et condamner, et dont l'autre n'aurait pour objet que de consoler et de rassurer; dont l'une exigerait tout, et infiniment plus que l'homme n'est en état de faire, et dont l'autre n'exigerait absolument rien. Au lieu de ce dualisme , Agricola voulait l'unité de doctrine ; il voulait, bien que souvent il ne conçût pas ses propres idées avec netteté, fondre ensemble la loi et l'Evangile, de telle manière que l'Evangile aussi renfermât un élément moral impératif, et que non seulement il consolât et rassurât, mais inspirât aus>i une crainte salutaire par la menace d'une condamnation. De là sa thèse 17^' : « Or, il est besoin d'une doctrine, qui non-seulement condamne avec une grande force, mais qui sauve également : cette doctrine, c'est l'Evangile, qui enseigne en même temps la pénitence et le pardon des péchés. » L'idée d'Agricola était qu'une doctrine (l'Evangile) ne peut être réellement salutaire qu'autant qu'elle renferme à la fois, et la faculté d'effrayer et de condamner (l'impénitent), et la vertu de conduire l'homme à la pénitence et à la sanctification, en lui faisant une condition de l'une et de l'autre. 11 rappelle (thèses 14, 15) que nulle part Jésus-Christ ne chargea les Apôtres de prêcher la loi, mais qu'il ne leur donnait jamais mission que de prêcher l'Evangile, celui-ci comprenant tout ce qui est nécessaire pour la conversion et le salut de l'homme. Donc, ce qu'Agricoîa blâmait dans la doctrine de Luther, c'était d'appliquer ce terme de « loi mosaïque » à tous les préceptes moraux renfermés dans la religion (d'oii la thèse 9 : « Il n'est pas nécessaire d'enseigner la loi de Moïse, ni pour le commencement, ni pour le milieu, ni pour la consommation de la justice de l'homme ») et d'exclure de l'Evangile toute cette partie morale. Agricola s'attachait aux passages de saint Paul oii la loi de Moïse est déclarée abrogée, et il en concluait que cette loi est également abolie dans l'Eglise chrétienne, en
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tant qu'elle prescrit des devoirs généraux de morale sous cette forme politique et extérieure qui lui est propre , et en y attacliaut la crainte du châtiment et une sanction pénale catégorique et impérative. Voilà pourquoi il soutient (thèses 6, 7) que cette loi ne sert point à la justification de l'homme, et que l'Eglise n'en a pas besoin i.
On voit qu'AgricoIa était préoccupé d'une pensée que les autres points du nouveau système de la justification l'empêchaient seuis de concevoir et de développer avec plus de clarté et de solidité. Cette pensée, c'était qu'en présence de ce dualisme de la loi et de l'Evangile on ne pourrait jamais arriver à une véritable pénitence; que la prédication de la loi n'est propre qu'à produire, chez le pécheur, une frayeur impuissante sans aucune vertu sanctifiante, et que l'Evangile, ofîrant des promesses sans conditions et une simple consolation, n'est bon qu'à étouffer le véritable esprit de pénitence, en annonçant à l'homme, sans exiger de lui l'accomplissement d'aucune condition morale, une justice et un salut absolus. 11 soutenait qu'il fallait au contraire prêcher la vraie pénitence d'après l'Evangile, d'après la doctrine de la passion et la mort de Jésus-Christ.
Dès 1527, Agricola avait combattu, dans ce sens, l'instruction de Mélanchthon aux pasteurs saxons. La même année, il avait inséré dans un Catéchisme publié par lui la doctrine que la vraie pénitence ne vient que de l'Evangile. Jusqu'alors Luther avait méprisé, comme une logomachie oiseuse, cette (juerelle qui plus tard le passionna si fort et, s'il faut l'en croire, faillit lui coûter la vie. Mais il prit une toute autre attitude, lorsque, dix ans plus tard, Agricola,
* Les arlicles que, dans les œuvres de Luîher (éd. Walch. xx, p. 72 ss.), on trouve joints à ceux que nous avons cilés, et où respire en partie le plus grossier anlinofiiisme, ne sont évidemment pas l'œuvre d'AgricoIa : ils contredisent même eu partie ses thèses authentiques, et semblent n'êlre qu'un ramassis de paroles prononcées par divers prédicateurs qu'on comprenait sous le nom (TAtitinomiens» Quelques passages se retrouve nf, presque dans les mômes termes, dans les premières œuvres de Luther ; d'autres sont attribués à Agricola par ses adversaires, comme expressions orales de sa pensée. A l'article 2 et 3 : « Es-tu une prostituée? etc. 8 Luther ajouta : Istas duas polest negare fortasse, taraen nescio. Ncc sunt Islebio iuiputati, sed aliis ut suis discipulis, ut litulus indicat. Omnes alioe sunt M. Grikis, ut ex aliis probatur. (Voy, Fœrslemann, nouveau Recueil de Documents, i, Si/j.)