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LUTHER DEMEURE IMPLACABLE

vait affligé autant que cet Agricola, et celui-ci étant venu plus tard, en 15i5, à Wittenberg avec une lettre de TElccteur de Brandebourg, pour conférer avec Luther sur l'ordre de ce prince, il r.e voulut pas le recevoir. En vain Agricola lui envoya-t-il sa femme et sa lille qui avaient jadis vécu dans la maison de Luther, le vieux Réformateur voulut emporter sa haine jusqu'au tombeau, où on le descendit quelques mois plus tard, et il écrivit à Buchholzer, à Berlin, qu'il souhaitait ardemment d'être condamné par ce monstre (Agricola), afin d'être au moins dispensé, par là, de tout commerce et de toute amitié avec lui et tous ses amis ; que Gricol resterait toujours Gricol i.

Pour Luther, toute cette querelle n'eut d'autre effet que de le faire persister dans son dogme plus fermement que jamais. Dans un sermon, rédigé en 1540% il revient à son hypothèse ordinaire, qu'il n'y a que deux sortes d'hommes : ceux qui n'ont pas encore reconnu leur péché, ni ressenti la crainte de la colère de Dieu, et à ceux-là il faut leur prêcher seulement la loi ; puis ceux qui sont effrayés et timides, et à ceux-là il ne leur faut rien annoncer que le seul Evangile, qui ne prêche point la colère, mais vient uniquement pour consoler les consciences et ne montre ni ne donne que grâce et pardon en Jésus-Christ. Quant aux antinomiens qui, selon lui, intervertissaient ces deux choses, disant qu'il faut d'abord prêcher la grâce et rassurer, puis effrayer par la colère, ils n'entendaient rien à la colère ni à la grâce, à la pénitence ni à la consolation des consciences.

* Fœrslemann, p. 322. — Ed. Walch. xxii, 4555. — CoUoquiaed. Rebcnsîok, H, 252. — De Welle, v, 735. — Dans les mêmes CoUoquia, on ciie une parole échaî)pée à Luther, et qui prouve que, s'il l'eût voulu, il aurait très-bien su indiquer la véritable idée d'Agricola : Si ipse, dil-il, pœnitcntiam ex amore justitiœ vuU prœdicare, tune tantum justis prœdicet (ii, /|7). Plus loin, il parle de l'inexprimable chagrin qu'il ressentait du scandale causé par rab.uidon d'un homme qui Pavait louché de si près; il avait failli, disait-il, mourir à la peine en composant les écrits diriges contre Agricola. Ah! quantosdoloresei agonismcs sustinui in ista causa propter scandalum , quod ille , in qiicm posui span meam, qucm fovcbam , exaliabam , defcndebam, qui in mensa mca suavia et mansuetus facie, aliud voluit quant ostendit. — Vitam ferme cum morte mutasscjn, antequam mcm pofiiioncs contra ipsvw peperi, quihus ipsi et srand i'o occurrcrc cupkbam.

• Ed. WuluU. XI, n04 et sniy.

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3G0 LUTHER : CONTRE d'aLTRES A]NTJNOMlEi\S

Mais quand Luther parle d'antinomiens * qui enseignent que tout péché est simplement aboli, et qu'on ne doit ni châtier les péchés, ni effrayer les gens au nom de la loi, il semble qu'il parle d'une autre espèce de gens. A ceux-là Luther ré()liquait : « Ils ne comprennent pas que la justice et la rémission du péché est au milieu des péchés ; mais ils s'imagim nt que ceux-ci sont tout-à-fait abrogés et ôtés, * paroles qui étaient plulôt propres à prêter appui à l'antinomisme si vivement combattu par Mélanchlhon, comme d'autres passages analogues qui se trouvent chez Luther. En outre, il qualifiait d'anfinomiens les individus ou les communautés qui ne voulaient point tolérer les semonces et les invectives personnelles que les prédicateurs luthériens n'avaient que trop l'habitude de donner pour prédications de la loi 2. Ou bien encore, il entendait en général par antinoniiens tous ceux qui, « sous ra{)parence de la confiance en » la miséricorde de Dieu, ne font que selon leurs désirs, tout -comme si un fidèle ne pouvait pécher, et comme s'ils » étaient trop justes, trop saints, trop pieux, pour avoir en- » core besoin qu'on leur prêchât la loi ; » il se plaignait de ce que les prédicants qui enseignaient le peuple dans ce sens, avaient contribué à attirer sur les fonctions de la prédication le mépris si général où elles étaient tombées. — Une fois même, il crut devoir s'excuser publiquement d'avoir, par ces premiers écrits, fourni une amj)le matière à celte espèce d'antinomiens qui ne prêchent 'que la grâce et la t onsolation et plongent les gens dans la sécurité, et de leur avoir donné Tocrasion de s'appuyer de son autorité en suivant maintenant son exemple. Son excuse consistait à dire qu'alors c'était le temps de prêcher la consolation et une grâce absolue et sans condition ; car * le Pape maudit avait « fortement opprimé les consciences avec ses institutions « humaines. Nous étions alors, tous ensemble, condamnés » et fort tournientés; l'eau de la bouteille était épuisée, c'est- » à-dire il n'y avait plus de consolation ; rous étions couché» » comme des moribonds, comme Ismaël sous le buisson, » et c'est pour cda qu'il nous fallait des docteurs qui ensei-

' Ed. Wulch. !, 2:00, - * L. c. IbiS.

MÉL. ET LUTH. COISTHE L'aNTINOM. CALVIINISTE. 361

• gnassent et annonçassent la grâce de Dieu pour nous ré- ■ conforter*. »>

La doctrine calviniste, ou protestante reformée, d'après laquelle l'homme, une fois justifié par la foi, ne perd plus cet état de justice, et, par conséquent, lors même qu'il tombe dans de graves péchés, n'en demeure pas moins toujours dans la foi et dans la grâce, cette doctrine fut également qualifiée d'antinomisme par Luther et Mélanchthon ^ Ce dernier parle de cette doctrine plusieurs fois. En effet, en traitant de la doctrine protestante de la justification , on la rencontrait tout d'abord, et nombre de gens croyaient qu'il est aussi naturel que nécessaire , au lieu d'une foi qui disparaît è chaque péché grave et renaît par une nouvelle conversion, d'admettre une foi permanente et inamissible en dépit du péché, et qui, par conséquent, justifie toujours. Cependant cette doctrine, comprimée par les efforts de Mélanchthon, ne se fit jour, dans le domaine de la confession luthérienne, que par éclats isolés, et comme plus tard elle fut constamment mise au nombre des dogmes calvinistes, elle ne pouvait manquer de partager l'antipathie des luthériens contre tout ce qui appartenait spécialement au calvinisme.

Une chose singulière et bizarre dans la position de Mélanchthon, c'est que, tout en s'élevant lui-même en mainte occasion contre l'antinomisme de certains prédicateurs luthériens, il fut lui-môme accusé d'hérésie au même titre, et la souillure de l'antinomisme lui resta môme aux yeux de la postérité. A la vérité, l'antinomisme qu'il blâmait chez les autres, était tout-à-fait diflérent de celui dont on l'accusa lui-même. Au nombre des anlinomiens désignés par Mélanchthon comme de dangereux sophistiqueurs de la doctrine luthérienne, se trouvait Thomas Naogeorgus^ pasteur à Kahia, qui enseignait cette môme doctrine dont il vient d'être question, et qui fut plus tard développée par Calvin et de Bèze; à sa-

» Ed. Waldi. xui, 28. - Ed de Leipzig:, h, î'Ql.

• Il n'est pas vraisemblable qu'Aj^ricola ait enseigné quelque chose d'analogue. Si LiUher lui endosse pêle-môle loul ce qui, de divers côtés et par toute» •orles d'adversaires, se disait el se publiait contre sa doctrine sur la loi et TÉ- ^angile, cela tient à la méthode pol<:niique dont Luther s'élaiî fi^il une habitude. Les commissaires de l'Électeur fureni plus justes sur ce point. (Voy, Commissarii »\1 lilcctoitm. d. 9 Jun. ItAO. Corp. Ri-f. m, 103(j-37.)

302 STIEFEL ET SCHEKK.

voir, que les élus, alors même qu'ils pèchent contre leur conscience, n'en restent pas moins justes (par imputation *.) Parmi les mômes antinomiens, toujours selon Mclancbthon, il faut ranger également le pasteur Jureus , qui , lors de l'inspection de 1529, professa la doctrine que, puisque le péché demeure dans les saints en cette vie, ilsrestentégaiement saints et en possession du Saint-Esprit et du salut, quoiqu'ils commettent l'adultère et d'autres péchés contre la conscience 2. Un autre vieil emi de Luther, le pasteur Stiefel^ fut également accusé d'antinomisme; en 1561, il adressa à ce sujet au duc de Saxe*une « défense, » par laquelle on voit que ce qui lui avait attiré le reproche d'antinomisme, ce n'était point la doctrine sur l'inamissibililé de la foi et de la justice; mais cette autre doctrine, soutenue par Luther, et autrefois aussi par Mélanchthon lui-même, que l'homme justifié est débarrassé du joug de la loi, qui est abrogée pour lui, non-seulement dans sa puissance de condamnation, mais aussi dans sa force obligatoire. Voici l'explication de Stiefel : o Quand nous enseignons qu'on est justifié par la foi seule- » ment, nous enseignons à accomplir entièrement et vcrita- ■ blement la loi. Car, Jésus-Christ ayant accompli toute la loi, » et cet acccomplissement étant communiqué à quiconque » croit en Jésus-Christ, il s'ensuit qu'il est quitte de la loi, à » laquelle, quant à lui, il a été satisfait \ » Jacques Schenk, à Freiberg, fut accusé de même, surtout par ceux de Wittenberg, et Luther nourrit contre cet homrHe un ressentiment

' Corp. Réf. v, 290. — Qnanl à la différence entre la loi et l'Evangile, Naogeorgus s'exprimait toul-à-fail dans le sens de Luther; par exemple, dans ses annotations sur I saint Jean, f. 17 : Si quid ergo in Apostolicis scriptis Icgum et praeceptorum de moribus et operibus invenitnr, sciamus, id proprie nec Evangelii nec Apostolorum esse, scd Icgis potius esse vocem ad terrendos et molliendos humiliandosque securos, prœfractos et impios liomines, quorum multi sub Evangelii nomine delitescuur. Evangelion nobis Christum proponit ut mediatorem, ut redemptorem, ut satisfactorem, ut vitam nostram denique, non ut cxaclorcm et judiccm.

* En 4535, Aurcus fui destitué pour des motifs qui ne sont point connus, et Luther l'en consolait dans une leltre du 15 juin J535. L'année suivante Mélanchthon lui-même s'employa pour lui auprès de l'électeur, et dans une lettre à Laulerbach, du 27 déc. 153G, Luther rapporte qu'Aureus est prisonnier dans la forteresse de Lcuchtenbourg. Plus tard cet Aureus eut la tête tranchée pour cause d'adullLTC (Corp. Re''. ix, 764;— m, 17. — DeWelte, it, 608; — v, 38),

» 0; serval. miiJccU. Lip ienses, in, 697.

QUERELLE A HILDESHEîM,^ 363

tout particulier. Dans les écrits de Schenk ne se trouve comme nous avons déjà eu occasion de le dire, que la doctrine protestante ordinaire, et il ne semble pas qu'il ait eu avec Agricola aucune liaison personnelle ni aucune relation de doctrine. Il se bornait à protester contre la prédication de la loi dans l'Eglise '. La querelle antinomiste entre Aqiiila et son diacre fut encore de la môme espèce. Enfin , cette question du rapport entre la loi et l'Evangile, et de la manière de les enseigner l'une et l'autre du haut de la chaire, fut la cause d'une longue querelle à Hildesheim. Dans cette ville, le surintendant Tilemann Krage fut accusé par certains prédicateurs, qui lui imputèrent de ne pas faire assez de cas de la loi , de trop attribuer d'importance à l'Evangile et à la foi, d'étouffer ainsi, chez les gens du commun, la pratique des bonnes œavres, et d'être trop froid dans son enseignement touchant les bonnes œuvres et leur nécessité pour le salut. De son ccMé, Krage accusa les prédicateurs Marshuspu , Holthusen, Fabri , Bismark, Felicianus , Bolbrugge , Ursinus et Regius, d'avoir enseigné qu'il ne faut point révéler aux gens du commun la doctrine de l'Evangile, attendu qu'ils n'en deviennent que pires; d'avoir cousu à la justification les œuvres de la loi, la vie et la conduite ; de ne pas faire de distinction entre l'Evangile et la loi, et de l'avoir appelé faux docteur parce qu'il avait condamné le péché capital, l'aveuglement et l'incrédulité, et qu'il avait prêché la rémission des péchés par la foi 2.

* En 1537, Crucigcr écrit à Guy Dieirich : Jacques de Freiberg se met aussi à crier ptibliquemenl que dans l'église on ne doit point enseigner la loi. Pourtant nous ne voyons pas qu'il ait aucune relation avec celui des nôtres qui le premier inventa cette doctrine, et il en a gâté beaucoup d'autres dans les endroits où il a été auparavant. » (Corp. Réf. m, 454 cf. 452.)

* La question louchant l'elTet de la consécration dans la cène et de la présence du corps de Jésus-Christ dans le pain, faisait également partie du sujet de la querelle. Krage, dans ses écrits, qualifiait ses adversaires de rois des rats, parjures, esprits grossiers et rebelles, pourceaux, prédicateurs de calote, traîtres envers Dieu, garnenients, ennemis du sang de Jésus-Christ, conducteurs aveugles, blasphémateurs, langues de vipères, chiens enragés caïnitcs insensés cl envieux (Salig. m, 176). S'il en faut croire Mélanchthon, il alla jusqu'à qualifier du haut de la chaire, de niais entiché de la loi, un autre p-édicateur (Corp. r>ef. IX, 176). Dans cette lutte, Krage succomba, ayant mis aussi contre soi le magistrat de la ville, qui lui repracha dans un mémoire: de s'être toujours querellé avec les diacres cl les adrainistrnteurs de l'Église, d'avoir sem^c la zizanie

364 DOUBLE AKTINOiMISME.

Au fond de toutes ces querelles et de tant d'autres du môme genre, c'était toujours le même vice essentiel, Tin» évitable discordance de la doctrine protestante delà justification, qui revenait sans cesse. Dès que certains hommes insistaient sur la nature absolue des promesses évangéliques, déclarant dans leurs sermons, conformément au système de Luther, que l'homme n'est justifié et sauvé que par l'imputation de l'obéissance active et passive de Jésus-Christ , et que toutes les vertus évangéliques et leurs actes doivent être rigoureusement exclus de tout rapport causatif avecla justice et le salut, ils s'attiraient, de la part de ceux qui penchaient davantage pour les idées de Mélarichthon et de Major, le reproche d'anlinomisme, de mépris pour la loi morale émanée de Dieu, Si ceux-ci, de leur côté, essayaient de remédier aux effets ordinaires de la doctrine de l'imputation, en faisant de la conversion une condition des promesses évangéliques, et en comprenant dans cette conversion, non-seulement la contrition, ou la frayeur passive causée par la prédication de la loi, mais aussi le renouvellement intérieur, on les accusait aussitôt de légaliser l'Evangile, et de gâter à l'homme les consolations de l'Evangile, en mêlant à la prédication de celui-ci la prédication de la loi. De la sorte, l'un et l'autre partis ne pouvaient manquer d'occasions d'accuser leurs adversaires d'autinomisme. Néanmoins, vu la disposition générale des esprits, la première manière de voir était la plus répandue parmi les prédicateurs, qui pouvaient, en l'adoptant, compter sur la faveur de la multitude et un auditoire nombreux.

Cependant, Mé'anchthon lui-môme s'était attiré le reproche d'être tombé dans l'antinomisme. Dans la Conf. Aiigsb. v:iriatadQ 15iO, il avait conçu Tarlicle de l'Evangile comme il suit : L'Evangile, qui offre les bienfaits de Jésus- Christ, la rémission des péchés, la justification et la vie éternelle, châtie les péchés et annonce la pénitence à cause de Jésus- Christ *. Voici quel fut, à cet égard, le jugement des théolo-

catre les hourjïeois el Taiilorilé, et d'avoir, dans son écrit, qualifié do bœu/k (d'i'.ubécilles) lesconseiilers de la ville. I! fut donc destitué {Launuiein ; liisloire ccvlési;isli((Me de Ilildeshciin, ii, 27.)

* UL ;>ulc!u coiisvquaiiiur hsGc benefidu Chrisli, sciliccl remissioneni pcccato-

MÉLANCHTHON LUI-MEME ACCUSE d'aNTIKOM. 3G5

giens luthériens, tels que Hutter ; « Ici l'on enseigne, à la vraie manière des antinomiens, que l'Evangile, à proprement parler et en tant qu'opposé à la loi, est une concio pœnitentiœ^ une prédication de la loi, préchant la pénitence, châtiant le péché, et prêchant toutefois en même temps la rémission des péchés. Le mot Evangile étant pris ici proprie et spécifiée, personne ne saurait approuver cette erreur, à moins d'être antinomicn et nomodasle. Et cette erreur n'est que trop clairement répétée dans l'édition allemande de la Confession d'Augsbourg, au titre de la pénitence ou conversion à Dieu, en ces termes : « Cette crainte (de la colère de Dieu et de la «• damnation éternelle) est suscitée, lorsque les cœurs sen- » tent qu'ils sont châtiés par l'Evangile à cause des i)échés, à • cause du mépris envers le Fils de Dieu. » D'après cela , les autres péchés sont également châtiés par le Décalogue, comme dit saint Paul : » Par la loi , le péché est reconnu. » Et c'est là la première grosse erreur antinomienne qui se trouve dans le factum altéré, mal corrigé, et faussement appelé Confession d'Augsbourg *. »> La querelle sur cette espèce d'antinomisme ne fut cependant soutenue avec vivacité qu'après la mort de Mélanchtiion ; car, alors les Mélanchthoniens, surtout ceux de Wittenberg, Paul Krell, Pezel, Cruciger le Jeune, puisHemming de Copenhague, qui défendaient sur ce point la doctrine de leur maître, furent attaqués comme antinomiens par les théologiens luthériens Judex, Wigand et autres.

On définissait alors l'antinomisme : une doctrine qui, enlevant à la loi sa véritable fonction, déclare que l'Evangile, dans le sens restreint de ce mot, est une prédication de pénitence ^ Or, on déclara que cette doctrine était une erreur des plus pernicieuses , une erreur par laquelle Satan s'efforçait d'anéantir la plus belle œuvre et le plus grand

rum, juslificalionRm el vilam aeternam, dedil Clnisltis ETangelium, i:i quo haec nobis bénéficia proponunUir, sicut soriplum est Lucae ullinio : praedicate pœnilentiam in nomine ejis, el remissionetu pcccalorum inter onines gentes. Cum enim oranes homines, natuiali modo propagali, habeant peccatum, nec possinl yere legi Dei sati.-facere, Evangclium arguit peccala el osU adil nobis medialorem Chrislum, et sic docct nos de rrniissione peccatorum.

* HuiUri OàUnnAà aulico polil. f. 31 ss.

* Par exemple, Wigani, dt Aniinomia vet, et Rova. îcnsB 1571. B,

3G6 AINTINOMISME MELANCHTHOINIEN.

mérite de Lulher, et de ravir aux lidèles leur consolation la plus efficace. Car un des plus grands services que Luther ait rendus à la chrétienté , ce serait d'avoir remis en lumière cette vérité, méconnue et enfouie depuis le temps des Apôtres, que la loi, exigeant de l'homme la plus complète obéissance, un accomplissement impossible des ccmmandements de Dieu, le précipite dans la condamnation et le désespoir par le sentiment de son impuissance, jusqu'à ce que l'Evangile vienne le relever et le consoler, en lui offrant l'obéissance parfaite de Jésus-Christ à la place de celle qui lui est impossible, et le couvrant, le protégeant ainsi, tel qu'un bouclier impénétrable, contre les exigences et les menaces de la loi *.

Or donc, pour conserver à la Chrétienté celte grande vérité, on ne doit pas, disaient les théologiens luthériens, alléguer que l'Evangile, au sens propre et dans sa différence d'avec Ja loi, soit une prédication de pénitence, ou que les promesses de l'Evangile dépendent des exigences de la pénitence et du renouvellement intérieur ; l'Évangile doit être une pure promesse de grâce ; c'est là précisément la différence entre la loi et l'Evangile, que la loi ne fait que des promesses conditionnelles, au lieu que l'Evangile promet sans condition et accorde gratuitement la rémission des péchés et la vie éternelie ^ En soutenant que l'Evangile aussi mortifie les pécheurs, on le confond avec la loi et on en détruit le caractère ; car on ne saurait^^qualifier d'agréable et consolante une voix qui mortifie le pécheur '^. Les

' Voici, par excmph', comnieiit s'explique Wigand :Disciimen Irgis cl Evanf>;elii prorsus erat post Apostolorum lempoia oblikratuin, aîque mullanini coiifusionum et enoruni causam praebebat. Verum pcr Lulheri iiiiuislcriimi dilucide explicatura est, neiupe qucd lex sit aliquo modo naturœ hunianœ nola, Evangelium vero minime, quod lex requirat hominiim obcdieutiam peifcctissimam juxta decem prœcepia, et quia eam propter naturœ déprava tioneni liomines persolvere nequeant, terrent eos iramqtie Dei et pœnas deiuuitiet; sed E^a.'tgGlium olîeral alque iargialur gratis obedicntiam et meiiîum Christi amplecteutibus, eaque ratione pavidas et conslernatus conscicnlias erigal et solelur, quod lex normam ag( ndorum , Evaugeiium vero acta per Cliristum ad.'erat alque communicet. (Wigaudus, de bonis et malis Germ., p. 16.)

* Par exemple, dans rAnlinomia de IVigand, B. — Ainsi encore chez Judex : Quod arguere piccata, seu concionaii pœr.ilcnliam sit proprium Icgis, etc. (Basil. 1559.)

* Les propres termes de Wi^^and sont : Vic^ quœsoj cstnc mortificans concio

QUERELLE ENTRE PRJÎTORIUS ET MUSCLLUS 3G7

mclanchlhoniens de WiUenborg, Pczel, par exemple i, se défeniiaient principalement avec des citations des écrits dogmatiques et des Confessions de Mélanchthon, auxquelles les liitliériens répondaient soit en étendant jusqu'à Mélanchthon le reproche d'hétérodoxie, soit en alléguant que dans ces passages le mot « Évangile » n'est pas employé dans sa signification dogmatique propre, mais seulement dans un sens impropre, plus étendu, dans le sens général de doctrine révélée.

Une attaque plus franche et plus décisive fut dirigée par Abdias Prœtorius, de Francfort-sur-l'Oder, contre la distinction luthérienne entre la loi et l'Évangile, et contre la signification donnée à ce dernier comme promesse de grâce absolue et sans condition. Dans sa « Confession » il dit ; « Jésus - Christ impose un joug et un fardeau aussi bien que Moïse ; car l'un et l'autre. Moïse et Jésus-Christ, la loi et l'Évangile sont des commandements. » Ensuite : « Les commandements de l'Évangile ont, aussi bien que ceux de la loi, établi des peines éternelles, d'après cette parole de Jésus-Christ : Qui ne croit point, sera condamné. » Puis encore : « L'Évangile aussi , pour toutes ces causes, est une prédication de pénitence, qui convertit le pécheur, et veut que les fidèles soient pieux et saints. « Assertion qui fournit aux théologiens de Mansfeld matière suffisante à l'accusation d'antinomisme contre Praetorius ^

Ce fut surtout contre Prœtorius et ceux qui partageaient ses opinions, qu'André Musculus dirigea sa polémique. Ce

vox jucunda? (L. c. IL 5.) — Ce même Wigand peint, dans les ternies pathétiques que voici, la désolation de celte doctrine : o O vous, les plus misérables » d'entre les brebis, vous qui étiez fruppées, blessées par Moïse, et précipitées » dans le gouffre de la mort I vous qui, levant alors les yeux vers Jésus-Chrisr, » courant ù son Évangile et à sa promesse de grûçe, nourrissiez l'espoir de n'en » rien recevoir que d'rgiéahle, de consolant, de salutaire, voyez comme ce nou- » veau docteur (Paul Krell) anéantit vos espéiances : car voilà qu'il \ous montre » un visage hideux, effrayant, vous disant que l'Evangile vous mer.ace de sa » colère, qu'il ^ous elfraie, vous frappe, vous rejette et voi;s mortifie encore da- » vantage. » (K. 5.) — Judex aussi se plaint de ce que celle doctrine trouble les consciences, les désole et leur prépare le désespoir (p. A9).

' Apologia verae doclrinae de defmilione Evangelii, auctore Christoph. Pezalio. Witeb. 1571.

' J.-G. Schiihii List. Anlinom. Wiltberg, J708. Dissert, ii, § 21.

3j8 QLEHELLE AiSïmOMlSTE

réformateur, dans son écrit » De la manière condamnable dont on prêche actuellement l'Évangile, » accordait que par suite de la doctrine à l'ordre du jour, on voyait surgir de toutes parts des mœurs brutales et désordonnées. Mais ensuite il s'élevait avec violence contre « la mère de toute hérésie, » contre cette belle Raison qui, pour ce motif, voudrait changer la doctrine enseignée jusqu'alors, mêler les œuvres et l'Évangile, confondre l'Évangile avec la loi, faire de Jésus-Christ un Moïse, et forcer ainsi les gens à faire de bonnes œuvres, sous prétexte qu'elles sont nécessaires au salut. C'était, disait-il. îe diable sous le nom de Jésus- Christ ; cela arrêtait court la doctrine de la justification, arrachait de la conscience des gens toute certitude du salut, ruinait l'Église, et relevait au lieu de l'Église Tancienno Synagogue, les anciens magisters et la moinerie. — D'un autre côté, Musculus lui-même et ses adhérents dans la Marche étaient, d'après Praetorius, de ces antinomiens qui prétendaient le fidèle affranchi de la loi, et s'exprimaient sur le compte de Moïse à la façon de Luther, renchérissant même encore sur ce dernier. «« Musculus, dit Praetorius, n'applique » le Décalogue qu'aux impies seulement, ne lui reconnais- » sant d'autres fonctions que de contraindre et de forcer, de * menacer et d'effrayer, de blâmer et de châtier, de tonner » et de foudroyer, de condamner, de maudire et d'anathé- » matiser. De là ces paroles insensées et impies : Moïse va » avec le diable, c'est un prédicateur de Satan, un rustre, » un malotru ; ceux qui prêchent la loi prêchent de par » Satan ; n'ennuyez pas les chrétiens avec votre Moïse, tt « ses adhérents disent de mémo : Moïse est un coquin, un » tyran. Mais il n'entend pas que la loi soit a[>p;iquée aux » chrétiens, lui ôtant ainsi son autre fonction, qui est de » guider vers des œuvres honnêtes et agréables à Dieu et « de nous demander l'obéissance due à Dieu \ -

C'était là une espèce particulière d'antinomisme que soutinrent, outre Musculus, Antoine Otto et quelques autres prédicanls de Nordhausen. Cette doctrine était également née de la distinction protestante entre Évangile et loi, et s'ap-

' r,cla!i(:n finale d'Alxl. Praclorius, \\ 109.

A iNOKDHAUSEJS'. 369

puyait sur des assertions de Luther, notamment sur son Commentaire de l'Epître aux Galates. On était d'accord sur ce point que la loi avait un double objet et un double usage ; d'abord un usage politique , étant destinée à maintenir dans la société humaine une discipline et une police extérieures ; et ensuite, un usage théologique, ayant aussi pour objet de conduire l'incrédule à la connaissance de ses péchés, et de le remplir de cette crainte du jugement de Dieu par laquelle il est poussé à s'imputer les mérites de Jésus-Christ. Or, certains docteurs, Mélanchthon surtout, avaient attribué à la loi encore un troisième usage : le renouvellement de l'homme, disaient ceux-là, qui suit immédiatement la justification, étant très-imparfait pendant toute la durée de cette vie, et le vieil Adam, avec son indélébile péché, demeurant toujours attaché même au juste, celui-ci, quoique affranchi de la contrainte de la loi et certain de posséder la justice imputée de Jésus-Christ, a pourtant constamment besoin de la prédication de la loi, qui le pousse et l'exhorte au bien. Celte théorie, qui bientôt eut le plus d'autorité et de partisans, rencontra néanmoins de l'opposition. A Nordhausen, Otto, ayant entrepris d'expliquer à sa communauté rE[)ître aux Galates d'après le Commentaire de Lutlier, afin de préserver ses ouailles contre les erreurs majoristes, s'était prononcé, à celte occasion, contre la doctrine mélanchthonienne du tiers usage^ Luther n'admettant dans son Commentaire que deux applications de la loi. Làdessus, Schaub et iEmilius, prédicateurs à Stolberg , ville voisine de Nordhausen, prirent occasion d'accuser d'antinoniisme Otto et le prédicateur Fabricius, qui enseignait selon les mômes principes. Le recteur Néander, ayant déclaré qu'il partageait les vues d'Otto et de Fabricius, fut impliqué dans la querelle. Otto et ses amis prétendaient que celait un devoir impérieux de résister au flot des altérations qui menaçaient de corrompre et de détigurer la nouvelle église par suite des innovations des majoristes, des victorinistes ( c'est-à-dire des synergistes ), des tertianistes , ( partisans du système mélanchthonien sur le troisième usage de la loi), d'autant plus que Luther avait été suscité par Dieu pour révéler précisément la vraie dilierence entre iir. 24

370 ANïIiSOMISME

la loi et l'Evangile. L'idée de ces antinomiens était que la loi, à l'égard du fidèle, n'est pius active, mais passive; qu'elle n'en exige plus rien; qu'elle ne l'exhorte plus; mais que, sans la loi, sans être stimulé, le fidèle fait par nature les bonnes œuvres, comme un arbre porte ses fruits, sans qu'il faille le lui commander. Ils se fondaient particulièrement sur ces paroles de Luther, qu'il faudrait être fou pour écrire à l'usage d'un arbre un livre plein de lois et de commandements, afin de lui enjoindre de produire des pommes et non des ronces i.

Otto s'attaqua surtout à Mélanchthon, comme au véritable auteur de cette fausse doctrine, l'accusant de dépouiller par sa trichotomie, sur ce point comme sur d'autres, la pure doctrine de Luther de sa meilleure sève et de sa vertu consolante ; il avait fait de même, disait Otto, avec ses trois causes concourant à la conversion du pécheur, et avec les trois éléments de la pénitence^ ; ce tiers usage de la loi était précisément le cloaque d'où avaient découlé le majorisme et le synergisme, la rechute de la grâce dans les œuvres, prédite par Luther. Otto, Musculus, et ceux qui partageaient leur opinion, alléguaient comme leurs adversaires, que l'homme, après son renouvellement, reste encore en grande partie chair et entaché du vieil Adam, et que, sous ce rapport, il a besoin de la loi; mais ils soutenaient que cet usage de la loi n'est pomt distinct de l'usage politique, ou de cet objet de discipline extérieure, quf est, en général, la tâche de la loi en ce monde. En tant que l'homme, disaientils, est encore souillé du vieil Adam, il faut qu'il soit soumis à cette contrainte de la discipline et au bâton du con-

* Foî/fz :Novl'^sini3 confessîo antiiiomnrnm de tertio usu legis, daiis Schlûsselbourg : Calalogus HaMtlic. Francof. J597, lib. iv, p. 45 ss Voyez aussi les Uttres de ISeandcr et OUo d la fin de ce volume.

2 tt Hanc divinam bencdiclioniin (piapril Satan obruere inuitipHcatione usuum legis, >UA\\. in papatu videmus fuctuin esse per intinilos canones, décida, decretale?, régula'^, stalula, leges. Mais tout cela est oublié; doclores sunt securi in comminiscendis novis coiiscicntiarum laqucis, inler quos lerlins usus apud Piiilippiim priiî.as lenel, ut Clinstum et Belial, Lutheruni et Papam couveniat. Cujus tcrlii usus Ifgis f,onsanî>uinei et cognali sunt in lucis tria uiembra E\angelii, très causae concurrentes in conversione peccaturis, très parles pœnitentiae, lerlius modus nianducaudi corpus Christi in cœua. » {Lettre d'Otto à Gai' lus, de l'an 1565. Cod. Geruj. 1316, f. 233.)

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ducteur; mais la conscience de l'homme doit être fermée à la loi ; l'Évangile seul y doit régner avec son entière liberté, attendu que l'homme renouvelé est bien en dehors et bien au-dessus de la loi *. Hu reste, on mettait à la charge des théologiens de Nordhausen des propositions et des assertions qui se retrouvaient presque littéralement dans les écrits de Luther, ou qui avaient évidemment pour but de justifier en théorie ce que les luthériens étaient alors en pratique, et de repousser des récriminations qui avaient cours à cette époque, alléguant, non pas qu'elles étaient matériellement contraires à la vérité, mais qu'elles étaient mal fondées et partaient d'une hypothèse erronée. Ainsi, on lit, dans la série des propositions de Nordhausen , telles qu'on les remit à Selnekker, lors de son séjour dans cette ville : « On ne peut ■> reconnaître ni voir les chrétiens à leurs fruits ou œuvres. » Il ne faut pas que les papistes, les anabaptistes et les Juifs » voient en nous rien de bien, mais seulement du mal, afin » qu'ils en soient d'autant plus scandalisés. La loi, les bonnes » œuvres, la nouvelle obéissance, ne sont pas du royaume » de Jésus-Christ , mais du monde , comme l'autorité de » Moïse et du Pape. Le règne de Jésus-Christ n'est rien que » grâce, pardon des péchés et salut, sans aucun commande- >> ment; car Jésus-Christ n'est point un législateur, et n'a » point doimé de commandement; c'est pourquoi on ne doit » prêcher par lui que la rédemption *. »

La Formule de Concorde trancha cette querelle en faveur des partisans du troisième usage de ta loi. Les régénérés mêmes, disait-elle, étant encore souillés de leur nature perverse et du vieil Adam, dans toutes leurs facultés extérieures et intérieures et jusqu'à la mort, ont besoin d'entendre

* Cest ainsi qu'il est dit dans la même lettre cCOtto : « Intérim carni jugum legis, et si quid gravius loge est, iiupuiit ncluiii ei>to uï<que ad inorlem, tt si quid durius morte e>l, serpents, crapauds, vipères ; elle lui appartient, ut discal ol)edire in teuiplo, in cuiia,in domo, ia pluteis, in sipulchro, et si quid lioc muiido etiam lal'us el paunlius, kx oiuiiiu in ou)ii.bus eslo. Nuiiquam iiHi erroii poîcrimus rer.isiere, prieseniin auleni jusliliariis, oniuiuin erroru/n et ha;resiun) ii;venloribus, nisi in timoré Dei el liaec siniplici simpliciiale legis perman^elin^u^, sicuta Domino pir Luilierum accepimus in omnibus syllùbis lomorum ejus, it Evangelium Clirisli omnes omnia doceal ad saluteui, sicut habet summarimn in psblmo^. « (L. c. f. 235. h.

• Acl, de la Héf., p. 1^5.

372 DKcrsiON de la formule de concorde;

constamment la prédication et les menaces de la loi, atîn de savoir quelles œuvres il convient de faire, et de ne point s'égarer dans des œuvres humaines; en outre, l'homme, en tant que le vieil Adam, l'âne têtu , querelleur et obstiné, demeure en lui , ne fait pourtant que contre son gré et par contrainte tout ce que la loi divine exige de lui ; et enfin, le fidèle a constamment besoin de la loi, afin d'y voir, comme dans un miroir, l'imperfection et l'impureté de ses œuvres, et de ne pas s'imaginer, ce qui pourrait aisément arriver sans cela, que ses œuvres et sa conduite sont toutà-fait pures et parfaites*. Mais, d'un autre côté, celte même Formule de Concorde résolut dans le sens négatif la question de savoir si l'Evangile proprement dit était, ou non, en même temps une prédication de pénitence. « Nous con- » fessons , y est-il dit, que quand on compare TEvangile » avec la loi, l'Evangile n'est point une prédication de pé- » nitence ou de blâme, mais rien autre chose, à propre- >' ment parler, qu'une prédication de consolation et une ») joyeuse nouvelle, qui ne châtie ni n'effraie, mais rassure » à rencontre des frayeurs de la conscience , ne montre » que les mérites de Jésus-Christ, et relève et reconforte les » âmes par l'aimable prédication de la grâce et de la bien- » veillance de Dieu, obtenue par les mérites de Jésus-Christ.» L'autre doctrine, ajoutaient les auteurs, refait de 1 Évangile une loi, obscurcit les mérites de Jésus-Christ et la Sainte- Ecriture, ravit aux chrétiens leur vraie cojisolation, et rouvre la porte à la papauté.

Ceci établissait en même temps une décision importante concernant la doctrine de la pénitence. Il se trouvait ainsi confirmé que la pénitence, opérée seulement par les terreurs de la loi, et ne consistant que dans la crainte passive excitée chez le pécheur par la conscience de la justice de Dieu et de ses propres fautes, c'est-à-dire dans un sentiment entièrement étranger à toute charité, ne peut point faire partie de l'Évangile. Celui-ci, disait-on par conséquent, doit être maintenu pur de toute pénitence , et cette dernière renvoyée à loi, afin que l'Evangile conserve intacte toute sa vertu de consolation, et que l'article capital, celui de la justification de l'homme sans aucune autre condition que la

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