SA SOURCE ET SOJN PRINCIPE
Dieu, devient lui-môme en nous notre justice qui compte devant Dieu. Dans l'intôrôt de ceUe doctrine, il avait prié Mélanclithon, lors de la diète d'Augsbourg de 1530 et en présence de Brenz et d'Urbain Kegius, d'insérer dans la nouvelle Profession de foi ce passage de Jérémie ( ch.xxui, >'. 6 ) : « Voici le nom dont on l'appellera : Dieu notre juslice. » Mais Mélanchthon s'y était refusé *.
Osiander partait de cette assertion, que jusqu'alors, par la doctrine ordinaire, on était tombé dans cette pernicieuse erreur de coi^fondre la rédemption ou la satisfaction avec la justification Dt' ce que 1 homme est racheté, disait-il, il ne s'en, suit pas toujours qu'il soit justifié; autre chose est la satisfaction donnée à la justice par Jésus-Christ, le prix de rachat payé pour délivrer le genre humain et le purger du péché, et autre chose est la justification ou l'acte par lequel l'iiomme individuel, racheté, il est vrai, il y a 1500 ans, par la vie et la mort de Jésus-Christ, mais non encore juste, passe de l'état où il déplaît à Dieu, dans celui où il lui est agréable. L'expression habituelle, que l'homme est justifié par les mérites de Jésus-Christ, est, suivant Osiander, une expression ambiguë: car, d'un côté, elle peut signifier que Jésus-Christ a mérité à i'bommo la grâce de recevoir de Diiu le don de la justice; mais, d'un autre côté, elle peut être prise dans le sens où on la prenait alors habituellement, que Dieu regarde les mérites ou l'obéissance de Jésus-Christ, comme si c'était la propre justice de l'homme, l'obéissance accomplie par l'homme, du moment que l'homme se figure par la foi qu'il en est ainsi. La vraie doctrine, d'après lui, c'est que la satisfaction de Jésus-Christ a du certainement précéder, et que Jésus Christ a dû nous mériter le pardon, nous réconcilier avec le Père, pour que notre justification devînt possible. * Or, en raison de cette réconciliation, le Père, quand » nous croyons à la parole qui nous prêche la réconciliation » et l'offre du salut, répand en nous [infmdit) iès\.\sChnst
* « Ainsi, B dit Osiander en se plaii^nant de Mélanchthon, o ceUe sublime » vérité demeura rélée et ne put être admise dans la Confession d'Aug^bonrp:; » niais si elle y eût été admise, ei qu'en même temps on eût indiqué que Jésus- » Christ demeure en nous par la foi, et opère eu nous nos volontés el nos ac- » lions, je ne doute nullement que la Confession aurait irouvé bien autrement » crédit. » (V. Osiander, par Wilken, p. 37.)
376 osiANDER : SUR l'idée prot. de la justice. » et le Saint-Esprit, ot nous tient immédiatement pour jus- « tes, parce que Jésus-Christ, le Saint-Esprit et le Père lui- » môme demeurent désormais en nous, et mettent en nous » la justice de Dieu, qui est Dieu lui-même. Ainsi, la justice » de Dieu qui est répandue en nous et est Dieu même, » nous est imputée comme nôtre , et afin qu'elle puisse » nous être imputée de droit, elle nous est donnée en propre » pour toute l'éternité i. » — Osiander soutenait que ce même rapport, qui devait, d'après lui, s'établir à la suite de la rédemption entre l'homme et Dieu demeurant en lui, avait déjà existé dans J'état primitif de l'homme, et n'avait été détruit que par la chute du premier homme ; d'après ce système , la sainte Trinité habitait au-dedans d'Adam avant qu'il eût péché, et constituait la vie de son âme , comme l'âme est la vie du corps ^.
Quant à la justice, telle que l'enseignait le système protestant, Osiander l'appelait « un pur néant, ^> et la foi par laquelle on s'approprie cette justice, une foi imaginaire. Au lieu d'une justice qui est et opère dans l'homme, on n'enseigne, disait-il, qu'une justice qui demeure constamment hors de rhomme, c'est-à-dire une vaine ombre, morte et impuissante, tandis que tout homme de bon sens comprendra sans peine que la justice doit être quelque chose d'actif, quelque chose qui fait faire le bien à l'homme ^ Car, lorsque la justice divine demeure en nous, « nous devons don- » ner nos membres pour servir d'armes de justice afin que » cette justice, qui est Dieu même, puisse opérer en nous » de bonnes œuvres \ » Elle do;t donc êt.e sans cesse agissante dans l'homme, absorbant et étouffant peu à peu le péché qui demeure encore en lui ; mais cette action de la justice divine n'a rien de commun avec l'imputation : c'est parce qu'elle est dans l'homme, qu'elle lui est imputée, et non parce qu'elle agit en lui, ou en tant qu'elle agit en lui^ — Ainsi , le suprême bien du ciel et de la terre, Dieu lui-
* L. C. LehnerdtjComm. de A. Osiandro, Auctar. p. 208. » L. c. p. 205.
» Schmeckbier {bcnme bière) d'Osiander; Kœnigsberg, 1552. g. 3.
* Auctarium de Lehnerdl, p. 208.
* Osiander; réfutation de la réponse mal fondée et oiseuse de Philippe Mélanchthon, Kœnigsberg. 1552. I. 3.