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LA QUERELLE ÉCLATE EN PRUSSE

a Si nous appliquons sa doctrine à la pratique chrétienne, comme celle des papistes et des intérimistes touchant la justice inhérente, nous voyons qu'elle est peut-être encore plus dangereuse que cette dernière, non-seulement parce qu'elle nous conduit à la justice essentielle de Dieu qui ne peut qu'être terrible pour le pécheur, mais aussi parce qu'elle exige que les consciences soient en tout temps assurées que Jésus-Christ habite et agit essentiellement en elles avec sa justice divine. Certes il arrivera bien rarement, ou plutôt jamais, qu'un homme en proie à la tentation ait cette certitude, et il y en aura beaucoup que cette doctrine désespérera, plus encore que la doctrine des papistes : car à la rigueur on trouverait^ encore un peu de justice des œuvres plus facilement que de la justice essentielle de Dieu. Aussi Osiander est-il là-dessus un vrai papiste, enseignant le doute et le désespoir, bien qu'il pense le contraire, et pis qu'un papiste, puisque, par sa justice essentielle communiquée ou infuse, il prétend faire de nous des êtres parfaits, voire même des dieux i. »

La querelle qu*Osiander provoqua en 1549 par une dissertation sur la loi et l'Evangile, en ne comptant point la foi au nonabre des éléments de la pénitence, contrairement à la doctrine protestante ordinaire, fut comme un présage de la grande lutte que soulevèrent les doctrines dont nous venons d'entretenir nos lecteurs. Osiander jouissant de toute la contiance et de la faveur du duc, deux de ses adversaires, Lauterwald d'Elbing et le magister Stos^er, furent exilés de l'Université et de la ville, pour avoir osé le contredire. Cependant la doctrine dOsiander sur la justification ne tarda pas à produire une sensation profonde en Prusse et dans le reste de l'Allemagne protestante. Des lettres parties des principales villes du parti protestant attisèrent le feu déjà allumé à Kœnigsberg, en exprimant l'étonnement de ce que dans cette ville on gardait le silence sur une si scandaleuse doctrine. Presque tous les théologiens de Kœnigsberg se déclarèrent contre Osiander : Mœrlin, Staphyius, Pierre Hégémon, Jean Tetzel, prédicateur de la cour, Isinder, Vénétus et Wissling, qui, selon l'expression d'Osiander, piquait comme

' Gallus; écliantillon de Tesprit d'Osiander; Magdeboiug 1552, C. /j.

ADVERSAIRES d'OSIANDER ; LEURS DEFINITIONS. 389

une vipère. Du côté d'Osiander se rangèrent Aurifaber, son gendre et médecin du duc, Sciurus, lagenteufel, et Funke, égalennent prédicateur de la cour. Unanimes pour rejeter la doctrine dOsiander, les théologiens du parti contraire cessèrent de s'accorder lorsque, sur Tordre du duc, ils soumirent leurs explications sur la nature de la justice qui s'obtient par la foi. « tlle n'est autre chose, disait iMœrlin, que la mort et le sang de Jésus-Christ. » Plus tard, dans un sermon, il déclara que Jésus-Christ n'est notre justice ni dans sa nature divine, ni dans sa nature humaine , ni dans sa personne , « mais uniquement dans sa fonction, dans sa passion et sa mort*. » Vénétus, plus explicite, déclarait que notre justice, c'est l'obéissance de Jésus-Christ, et particulièrement son obéissance active, l'accomplissement de la loi morale, qui nous est imputé, avec ses souffrances, comme si nous-mêmes avions accompli et souffert. Hégémon était davis que notre justice consiste « en Jésus-Christ allant vers son Père, » c'està-dire dans sa passion, sa mort et sa résurrection. Staphylus, qui connaissait les Pères, et qui, plus tard, publia à Nuremberg une série d'opinions tirées des Pères touchant la justilication, sous le titre de « Synode des saints Pères contre la nouvelle doctrine d'Osiander, » écrivit que la justice est une œuvre donnée gratuitement à l'homme à cause des mérites de Jésus-Christ, ou une grâce par laquelle l'homme est renouvelé, mais qui n'est point la justice essentielle de Dieu, attendu qu'il y a et qu'il y aura toujours entre Je Créateur et la créature une différence immense ^ Or, c'était là tout uniment la doctrine catholique, qu'Osiander ne manqua pas de rejeter, sans toutefois s'engager dans une réfutation formelle. En revanche, il reprocha plusieurs fois à ses adversaires protestants la divergence, le désordre et le désaccord de leurs explications 3.

Osiander fut donc, en dépit du duc, destitué de fait par les autres Théologiens de Kœnigsberg de la présidence du diocèse, et Mœriin s'attribua les fonctions de cette charge. Les citoyens qui fréquentaient seulement les sermons d'Osiander

> SaVig. Hist. delà C. d'Aujrsb. ii, 967.

• Voy., chezStrobel, Hist. negotii, etc. (n, 237,'

> Voy. Ue Jésus-Ciluis!, seul médiateur. G. 2. — G. 5,

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