POLÉMIQUE DE MQERLIW DU HAUT DE LA CHAIRE
furent exclus du confessionnal et refusés pour parrains dans les autres églises. Une profession de foi d'Osiander, communiquée aux théologiens par le duc, lui fut renvoyée sans même avoir été décachetée. La polémique, du haut des chaires et dans les écrits allemands, fut menée sur le ton qu'on devait attendre de gens qui avaient étudié à Wittenberg et s'étaient formés aux prédications et dans les livres de Luther. « La »» justice d'Osiander, » disait Mœrlin en chaire, « est un rêve, » et je voudrais bien savoir de quel côté il la faudrait infuser » ou entonner, par en haut avec un entonnoir de feutre, ou » par derrière : car il n'y a de pareille justice ni sur la terre, » ni au ciel. Fi du vilain diable noir (Osiander) avec sa jus- » tice I Que Dieu te précipite dans le gouffre de l'enfer I » 11 ne fallait, disait-il, saluer aucun Osiandrien, ni manger, ni boire avec eux; il conjurait ses auditeurs de ne point souffrir dans le pays une pareille abomination, de peur que cette diabolique hérésie n'infectât même les enfants qu'ils pourraient engendrer un jour. « Car, disait-il, il vaudrait mille fois » mieux pour vous que vous marchassiez dans le sang jus- « qu'aux genoux, que les Turcs fussent aux portes de la ville » et vous égorgeassent; il vaudrait mieux que vous fussiez » juifs ou païens, que de souffrir telle chose. Car, avec cette » doctrine, vous êtes condamnés ni plus ni moins que les * païens. Moi, j'aurai averti quiconque se veut laisser avertir; » mais celui qui ne le veut, qu'il aille au diaTjle I Je n'ai même » pas besoin de les donner au diable, par la raison qu'ils lui *> appartiennent à l'avance, tous ceux qui adoptent cette doc- >» trine, et je veux annoncer publiquement que je ne laisserai >» approcher du sacrement aucun de ceux qui auront adopté >' cette doctrine, ou qui hanteront sa prédication : qu'ils ail- » lent où ils voudront* î » Ces provocations et d'autres du même genre trouvaient leur application directe dans ce fait généralement connu, que le duc avait pour Osiander une affection particulièrement intime, et avait adopté sa manière de voir à l'endroit de la justification. Mais, bien que le duc eût pris parti pour Osiander, au grand détriment de sa propre autorité, et le défendît avec constance, la situation de ce
* Saljg. II, 966, etc.