DISCOURS DE LUTHER
môme rincrédulité seule commet le péché, suscite la chair et inspire le désir des œuvres extérieures impies % « cela signifie : Ne te laisse induire par aucun mouvement de ta conscience (par aucune parole, par aucun reproche de la loi ), à douter le moins du monde que tu sois en réalité actuellement juste devant Dieu . et en possession du salut, et que, par conséquent, toute ta conduite soit agréable à Dieu. Chaque doute de ce genre, chaque scrupule serait un mouvement d'incrédulité , et celle-ci seule te ferait perdre la justice et te rendrait coupable de tous les péchés.
Aussitôt donc que le sentiment de sa culpabilité s'insinue chez l'homme, et que l'inquiétude et le trouble le gagnent, il ne doit rien avoir de plus pressé que de congédier la loi.
« Voilà, dil Luther, comment un homme peut se défendre et tenir bon contre les suggestions et les tentations du diable, soit sur ses péchés actuels, soit sur ses péchés passés ; il faut seulement séparer et mettre très-loin l'une de l'autre ces deux choses : Moïse et le Christ, l'œuvre et la foi, la conscience et la conduite extérieure. Que si la loi veut me livrer assaut et terrifier mon cœur, il est temps que je lui donne son congé à cette chère loi , et que je la repousse de force , si elle ne veut partir de bon gré, lui disant : Je ne demande pas mieux que de faire de bonnes œuvres, si je peux , mais en son temps et quand nous serons parmi les hommes ; mais à cette heure que ma conscience doit se présenter devant Dieu, je n'en veux pas entendre parler. Ainsi, loi, ne viens pas me déconcerter, ni me parler de ce que j'ai à faire ou à ne pas faire ; ici, pas de Moïse ni de pharisiens ; ici, ne doit régner que le Christ seul, et je veux, comme Marie, m'asseoir à ses pieds et prêter l'oreille à sa parole. Que Marthe reste dehors, s'occupe de sa cuisine, règle son ménage et laisse la conscience en paix ^. )>
Aussi faut-il, chaque fois qu'il s'agit de la justification de l'homme, de sa conscience et de sa présence devant Dieu , parler de la loi morale avec le plus grand mépris ; car, sitôt qu'on laisse prendre à la loi une autorité sur la conscience, elle devient une sentine de blasphèmes et d'hérésies ^ La
* Ed. Walch. xiv, 143 — ^ Ed. Walch. x, 1690.
3 Comm. in Giilal. Francof. 45/i3. f. 310. Ex lus ergo disce, ut in causa juslificationis conlemptissime de Le^e loquaris, exemplo Aposloli, qui Legem vocal elemenlamundi, morlifera» tradiliones, virlutem peccali, etc. Nam si permise-