DEUXIÈME MÉMOIRE
que par catachrèse, et en tant qu'ils sont la cause méritoire en vertu de laquelle Dieu communique à l'homme la vraie justice, à savoir, celle qui est .la propre justice de Dieu, et Dieu lui-même. Eu effet, après avoir dit : « Nous ne pouvons condamner non plus ceux qui appellent le sang et les souffrances de Jésus-Christ notre justice, » il ajoute, en manière de commentaire et de restriction, « à savoir, que nous sommes réconciliés avec Dieu par le sang de Jésus-Christ, qu'à cause de lui nous sommes réputés justes, et qu'en Jésus-(]hrist nous recevons et possédons par la foi la vraie justice éternelle de Dieu, et en jouissons éternellement *. » Pourtant Brenz paraît avoir senti que si l'éternelle justice de Dieu est imputée à l'homme, et devient ainsi la cause formelle de sa justification, il ne peut être imputé en outre au fidèle, comme sa justice, une obéissance accomplie par Jésus-Christ fait homme, comme si cette éternelle justice divine ne suffisait point pour que l'homme parût juste aux yeux de Dieu. Osiander du moins le comprit ainsi, et, tout en laissant éclater sa joie de se voir approuvé dans sa proposition principale, il témoigna son mécontentement de ce que, dans la seconde partie du mémoire, « on cherchait d'une manière forcée et contrainte à excuser ses contradicteurs. » Du reste, Brenz avait condamné cette doctrine des adversaires d'Osiander, que Dieu nous tient pour justes, bien que nous soyons de méchants coquins ^
Cette tentative de conciliation et de fusion» entre deux doctrines contradictoires fut fort mal accueillie en Prusse aussi bien que dans le reste de rAlIemagne. On répandit que Brenz s'était laissé gagner à prix d'argent par le duc Albert, et cette accusation se reproduisit môme encore au Colloque de Worms^ Cependant une confusion plus grande règne dans le second mémoire de Wurtemberg, servant d'explication au premier, et envoyé de Tubingen à Kœnigsberg, en 1552, sur l'invitation du duc. Ce second mémoire, signé d'abord par
5 En 1769 encore, Arnold s'étonna de celle décision de Brenz (Hist. Eccl. de la Prusse, p. Zi26j, aUendu, disait-il, que c'était là pourtant la doctrine protestante oribodoxp, et que, ajoiite-t-il dans une note, cela est écrit réellement dans rÉp. aux Rom. ch. iv, j^. 5.
3 Epp, Hht, eccl, éd. Hummel. Semicent. i, k\»