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mier il avait, sinon inventé, du moins développé et réduit en système théologique la justification par l'imputation de l'obéissance de Jésus-Christ; car, quant à Luther lui-même, Osiander cherchait toujours à le représenter comme un ami et un témoin de sa doctrine de la justice essentielle. Après Luther, il s'appuyait surtout du témoignage dUrbain Regius et de Brenz, comme garants de sa doctrine ^ Osiander prétendait que Luther lui-môme ne s'aperçut point, si ce n'est peu de temps avant sa mort, qu'on s'était généralement écarté de sa doctrine, et que (îe fut cette découverte qui lui avait fait désirer, vers la fin de ses jours, de quitter Wittenberg*. Il ajoutait qu'aussitôt Luther mort, on avait étouffé sa doctrine à Wittenberg. « Qui aurait jamais pensé que si peu » d'années après la mort de Luther, et quand sa doctrine sur « la justification de la foi existe encore tout entière dans ses » livres, cette doctrine serait si bien éteinte et oubliée chez " quelques-uns des disciples et des protecteurs du maître » et de l'école de Wittenberg, que non-seulement ils ne la » veuillent plus reconnaître, mais que même ils l'attaquent et » la calomnient en la traitant de fanatisme et d'hérésie '. » Il affirmait aussi que Mélanchthon et Cruciger n'avaient jamais bien compris ni sincèrement adopté la vraie doctrine de Luther^.
Mélanchthon, de son côté, après avoir, dans l'origine, proclamé et honoré les talents remarquables xl'Osiander dans les termes les plus expressifs, fît succéder à ce langage un ton de plus en plus amer et hostile. Osiander, écrivit-il à Camerarius, ayant été menacé de censures publiques à cause de sa doctrine, aurait répondu que le lion (Luther) étant mort, il se moquait des renards &. Plus tard il écrivait que le Gorgias prussien (c'est ainsi qu'il nommait Osiander pour caractériser sa
1 Auctar, de Lehnerdt, p. 210.
* L. c. p. 197. Lettre du duc Albert au margrave Jean de Brandebourg.
» Voy. Préfyce de l'écrit iiitiiulé : « Quelques belles par-oies du vénérable et très-savant docteur Mart. Luther, touchant La justification de la foi. »
* Menius; De la justice, contre la théologie alcuniisliqued'Osiander; Erfurt, 1552. G. o.
^ Novus hospes gentis Hyperboreae jani aperte ^ixceUi t^ç >cupîa; pœjxo,; iTEpl ^txatcaùvy) et adinonitus, ut reprehensiones meluat, respondit, S'avovTOî Xtovro;, xaTaxé^eiv aùrov twv àXo>7:£xa>v, (Corp. Réf. vir, 461.)
CONTKE MÉLAW CHTHOiX . 395
rhétorique sophistique) avait dit qu'il lui ferait une saignée dont on verrait jaillir le sang dans l'Allemagne entière*. Quant à la doctrine d Osiander, il la représentait à tort comme conforme avec le catholicisme. Lui aussi, disait-il, fait consister la justice du chrétien dans le renouvellement intérieur, et ravit ainsi aux hommes cette indispensable consolation que leur procure la justice du système protestant, laquelle ne cotisiste que dans l'imputation de l'obéissance de Jésus-Christ =.
Osiander vit dès-lors en Mélanchthon un fléau de l'église, un homme qui savait se donner par ses artifices l'apparence d'un champion de la vraie doctrine, lorsqu'en réalité il la reniait complètement 3. Mélanchthon ayant publié un Mémoire contre Osiander en 1552, celui-ci l'inséra tout i,u long dans sa réfutation, et analysa avec une justesse frappante les artifices polémiques devenus si familiers à cet homme par trente ans d'exercice. Il fit particulièrement voir comment Mélanchthon, dans le but de rendre son adversaire suspect, se battait les flancs pour démontrer, avec un large flux de paroles, des choses que personne ne songeait à nier, remplissant ainsi son livre de déclamations stériles et d'argumentations superflues. En même temps il dénonçait Mélanchthon comme le chef de cette école de Wittenberg qui avait déjà fondé un despotisme théologique dans la nouvelle église et cherchait à l'affermir par toutes sortes de moyens. Il l'appelait le « précenteur »
' Coiy. Réf. vu, 97/1.
2 Niniirum abjicil inipulatiouera et obscurat consolationem necessariam, qua eliam renatis opus, ut acquiescunl in medialore et sialuanl, se placera propter ipsum sacerdolt m et dtprccaïUeui pro luibis el propler ejus lueritum, non eo quod cffccerit novitatem in nobis (Corp. Réf. vir, 8Zj6). — Non judico, Osiandri conlroversiani tanUun ).c'^'caa;(^îav esse, sed de re magna dissenlil ab ecciesiis noslris, et obscurat consolationem in vero agone unicani, vel delel politis, cum jubet intucri jusliiiam esser)!iuleni et non didncit nos ad proinissionem oQercnteni niisericordiam per obedientiarn mediuloris (l-,. c. vu, 783). — Osiundor]reipsa coiigruit cum docioribus papistis qui dicunt, homineni es^^ejuslum novitaîe, id est, illa obedientiu quum eilicit Spiritus saiiclus in honiinibus dileclione et omnibus virtutibus. Hi de etreclu Dei in nobis loquuntur. — Hac (justitia propler nsediatorem nobis iniputata) est consolatio uecessaria, et sic pruplieta* accédant ad Deum (L. c. mu, 19ô).
3 Epp. Hist. Eccl. éd. Hummol. Semicenf. u, 8'2. Si me audis, et auctoritas mea quicquam apud te valet, siniplici;er abslinebis ab ipsius libris; lanlo enim arlificio retinet speciem sanae doctriua», abnegata omui veritate ejus, ut Jion credam , pestilentiorem hominem in Ecclesia exstitisse jam inde a teujporibus Apostolorum. (Lettre d'Osiandcr à Besold.)
396 OSIANDER ; CONTRE LA ÏYRAINNIE DE CEUX DE WlTïEiNB.
dont toute la tourbe des assermentés était tenue de prendre le ton, et censurait avec force l'esclavage intellectuel établi à Wittenberg par le serment qu'on faisait prêter aux candidats sur la Confession d'Augsbourg, et par la promesse, exigée d'eux, de ne rien décider dans les questions et les discussions difficiles, si ce n'est par les conseils des anciens docteurs de l'église.
« Quiconque, dit-il, veut être reçu docteur à Wittenberg, est tenu de promettre sous serment de ne jamais rien décider de soimême dans les disputes obscures et difliciles, mais de se consulter d'abord avec quelques-uns des anciens qui enseignent l'église et conservent la doctrine de la Confession d'Augsbourg, Quant à la divine et sainte Ecriture, on n'en souffle mot. — Or, c'est Philippe Mélanchthon qui a rédigé la Confession ; on ne peut donc lui refuser le droit de l'interpréter dans le sens qu'il a voulu lui donner, et il s'ensuit que tous ceux qui prêtent serment sur cette Confession, sont tenus de la comprendre dans le sens que leur indique Philippe, surtout depuis que Luther est mort. De là vient également que, si Philippe dit autrement que Luther, c'est à celuici qu'on donne tort. Quel est donc l'effet de ce serment, si ce n'est de détacher de la sainte Ecriture ceux qui le prêtent, pour les enchaîner aux symboles et à la doctrine de Philippe? — Quand les parents s'imaginent que leur tils est un homme excellemment versé dans l'Écriture, capable de fermer la bouche à tous les fanatiques, à tous les hérétiques, ce n'est au lieu de cela qu'un pauvre homme captif, enlacé et embarrassé dans sa conscience par des devoirs jurés : car il a abjuré la parob' de Dieu et juré la doctrine de Philippe; il s'est laissé mettre le bâillon dans la bouche. — Qu'on me dise, si l'on peut, quel est l'homme savant à qui ceux de Wittenberg, depuis trente ans, auraient donné un bon témoignage, s'il ne s'est engagé envers eux par serment? Je parierais bien que parmi les motifs de haine de la bande de Philippe contre moi, le moindre n'est pas de n'avoir point voulu me laisser attacher au cou un pareil serment, ni bâillonner de leur bâillon i. »
L'adversaire le plus infatigable et le plus redoutable d'Osiander était Flacius. Dans un court espace de temps il publia une série d'écrits dont le premier se faisait remarquer avec avantage par une tenue calme et un ton convenable et modéré, au lieu que les suivants, par une acrimonie de plus en plus virulente, étaient tout-à-fait au diapason de la polémi-
' Réfutation de Mélanchtlion, A. 4 ; B. B. S,
ILACILS COMRE OSIAINDER. 397
que du temps. Néanmoins ces écrits ont toujours un privilège rée! : c'est d'exposer avec une clarté et une solidité peu ordinaires la doctrine protestante et ses conséquences logiques. Flacius trouvait très insulTisant ce que Mélanchthon avait publié jusqu'alors sur la justification; il se plaint de n'avoir trouvé nulle part, chez ce théologien, une description et une explication satisfaisantes touchant la justice de la foi selon le système évangélique *. Avec cela il professait la doctrine de l'imputation avec une telle sincérité, qu'il n'hésita point à dire dans son argumentation contre Osiander : « Nous som- » mes beaucoup plus justes devant Dieu et plus agréables à » ses yeux que la nature humaine, si elle n'avait été corrom- » pue par le péché, eût jamais pu l'être, — parce que la loi a « été accomplie par Jésus-Christs » Lui aussi faisait valoir que le dogme osiandrien ne permettait pas cette consolation (ju on avait tant vantée comme le principal bienfait du système protestant. Les hommes, disait-il, qui sont en proie aux tentations, doivent désespérer s'ils ne sentent point en eux les vertus de la nouvelle vie ; car « la doctrine d'Osiander enseigne qu'on doit s'attacher simplement à la régénération, et se confier dans l'jnfusion de la justice de Dieu. » Cependant il dut sentir lui-même qu'il appréciait mal le système d'Osiander; car il ajoute que cette doclrine s'accorde avec la doctrine luthérienne en ce qu'elle n'admet point de degrés dans l'état de justice, et qu'Osiander dit : <v Dès que nous concevons la Divinité dans notre cœur, nous sommes complètement justes. » Osiander ayant reproché aux Luthériens de ne faire aucune dilTérence entre rédemption e.i justification. Flacius répondit qu'ils ont parfaitement raison, et qu'en effet il n'y a aucune différence. Mais, d'un autre côté, Osiander s'étant référé à saint Augustin, Flacius assura qu'on ne trouvait nullement chez ce Père la doctrine osiandriste, attendu qu'il plaçait la justice dans la vie juste (ou dans les bonnes œuvres) par laquelle nous nous attachons à Dieu, au lieu qu'Osiander la fait consister en ce que nous avons Dieu dans notre cœur '. Et pourtant ce même Flacius, écrivant contre les catholiques,
' Voy. Apologie contre deux écrits autichréliens de Menius. K. Àdmon. de cavend, error. Majoris H, 2.
' Verlegung des Bekenntnisses Osiandrù F.— * L. c. M. 2.