DÉCISIONS DU SYNODE DE KOENIGSBERG
des preuves d'un repentir sincère. Le recez du synode était évidemment dirigé contre les explications les plus récentes de Brenz ; on y déclarait que la justice de la loi et la justice de l'Evangile sont diamétralement opposées l'une à l'autre; que l'une annule entièrement l'autre ; qu'elles ne sauraient, par aucun moyen, subsister ensemble, ni être jamais conciliées ^ ; « que la partie adverse devait elle-même le- » connaître que sa justice essentielle n'était que la justice » de la loi; que seulement on jouait avec de grands mots «ampoulés. » Le vrai -chef-d'œuvre, disait-on encore, le point qui importait par-dessus tout, c'était de ne point confondre la foi avec les œuvres, la rédemption avec la sanctification, de ne point mettre l'un à la place de l'autre, ou d'attribuer la justice à qui elle n'appartient point; de là, tout ce désordre, toutes ces dissensions à propos de la justification : « Ainsi nous ne blâmons point chez nos adver- » saires la justice de la loi en elle-même; mais ce que nous « blâmons, c'est qu'ils veuillent en faire la justice de la foi » et de l'Evangile, et obscurcir, étouffer, abolir entièrement » cette dernière, et qu'ils en fassent l'objet d'une si abomi- » nable idolâtrie, en soutenant que cette justice de la loi est M essentiellement Dieu lui-même^. «
Voilà donc quel était le véritable motif de cette lutte si vive que l'on continuait à soutenir avec un acharnement extrême, même après que Brenz, le duc Albert et les chefs des osiandriens eurent adouci ou fait dispargfître ce qu'avaient de trop choquant ou de scabreux les assertions d'Osiander touchant l'inhabitation de la justice de Dieu ; on trouvait intolérable que la justice de la loi, c'est-à-dire le renouvellement et la sanctification intérieure, fût adjointe, comme également nécessaire, à la justice évangélique, c'est-à-dire à celle qui ne résulte que de la simple imputation. Les médiateurs souabes le comprenaient parfaitement, et, bien qu'ils eussent indisposé le duc par leur condescendance envers la majorité, ou en faisant cause commune avec elle, ils déclarèrent cependant qu'il était par trop étrange de soutenir que les deux justices, celle de la loi et celle de l'Evan-
* Salîg. II, 1038.
- Mislenla' vïdnuale Pnitcnîcum, (lissert. proœmial. h. 2.
FAIULESSE KT PERPLEXITE DU DUC. 405
gile, s'annulent réciproquement, et que les théologiens de Prusse « avaient la renommée de ne parler ni enseigner avec » assez de zèle, ni même autant que nécessaire, touchant la » conduite chrétienne et la nouvelle vie de ceux qui sont » réconciliés avec Dieu i. »
Le recez par lequel le duc congédia cette assemblée, fit voir combien il se sentait faible vis-à-vis de cette majorité qui, appuyée sur l'approbation populaire, le bravait impunément. En demandant que Ton se conformât pour l'enseignement au Mémoire de Brenz et à ses explications, et qu'on renonçât à l'usage scandaleux de calomnier et d'injurier les personnes, il ne tit que provoquer l'opposition. La formule dogmatique qu'il prescrivit était trop vague pour ne pas donner prise aux propositions du parti contraire. Enfin, il trahit complètement le secret de son impuissance en promettant de faire publier les jugements étrangers qui condamnaient losiandrisme en termes si amers et si rigoureux, à la condition toutefois de demander d'abord de nouveaux avis sur la manière de les exécuter. Les théologiens de Magdebourg et de Brunswick, c'est-à-dire Flacius et Mœrlin, consultés à cet égard par ceux de Prusse, conseillèrent d'user de la plus grande rigueur, de brûler les écrits d'Osiander, de suspendre tous les osiandriens, d'exclure de la cène tous les suspects, et de frapper de l'excommunication publique ceux qui refuseraient de se rétracter.
Dans sa perplexité, le duc Albert, pressé du besoin de chercher de nouveaux points d'appui pour résister au choc formidable des luthériens, de plus en plus puissants, avait demandé même l'avis des Frères Moraves, nombreux à cette époque en Prusse et en Pologne. Cet avis parut, mais il donna tort aux doux partis, et dut surtout exciter le ressentiment des partisans de l'école de WKtenberg; car leur doctrine delà justification, telle qu'on l'enseignait généralement, y était indiquée comme la cause de la sécurité et de l'immoralité qui régnaient parmi la multitude protestante. L'un des deux partis, disaient les Frères (c'est-à-dire leurs deux anciens, M. Czerwenka et J. Laurentius), enseigne que notre
• Salig. Ji, 1059.
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justice n'est autre chose que la rémission des péchés, que l'on obtient gratuitement par Jésus-Christ et ses mérites ; il exclut et repousse, comme chose étrangère à la justification, la régénération intérieure, le renouvellement de l'homme, ainsi que cette justification par laquelle nous sommes purifiés du péché et devenons par la Coi les temples de Dieu ; en séparant cette chose d'avec la justice de la foi, ce parti tombe dans une dangereuse erreur et enseigne une doctrine mutilée, laissant de côté les choses les plus importantes contenues dans l'Evangile ; par là, il ôte au peuple la véritable intelligence de l'Écfiture et semble édifier la foi morte ; car il omet, non sans grand péril, l'autre partie de la justice, savoir, la régénération intérieure, le renouvellement et la conversion de l'homme à Dieu. C'est pourquoi les hommes demeurent impies, n'ayant point la vraie foi, étant privés de la vraie pénitence et entièrement éloignés de la justification de Dieu, attendu que dans leur cœur ne se trouve pas la justice, mais l'iniquité. L'autre parti, de son côté, repousse, il est vrai, cette doctrine brutale de la justification, et ci oit qu'il faut pour la justice de la foi plus qu'une simple rémission des péchés, l'homme qui est justifié n'obtenant pas seulement le pardon de ses péchés, mais étant aussi régénéré par la plénitude de Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, et devenant l'image de Jésus-Christ et un temple spirituel de Dieu. Mais ce parti va trop loin avec sa justice essentielle, exclut de la justice de Dieu la* nature humaine de Jésus-Christ, et semble métamorphoser l'homme en divinité*.
Le duc Albert, étant revenu de Wismar, où il avait marié sa fille au duc de Mecklenbourg, et ayant observé sans doute que dans ce dernier pays il régnait des rapports tout différents entre le prince et l'église nationale luthérienne, s'imagina qu'il pourrait relever par quelques mesures vigoureuses son autorité si atYaiblie en fait de matières ecclésiastiques. Il destitua Christophe Langener, prédicateur de la Cour, et prit à sa place Othmar Epplin, si décrié à cause de sa bigamie ; on attribua cette mesure à l'influence
1 Hartknoch; Hiil. ceci, delà Prusse, p. u79, etc.
ÏERGIVERSATIOWS DU DlC. — \OGEL ET WOERLIN. 407
du médecin du duc, Aurifaber, que Fiacius traita pour cette raison de médecin de cliien, destituant et instituant selon son bon plaisir les ministres de l'Eglise K Ensuite parut, en 1555, une ordonnance sévère, reprochant aux prédicateurs leurs calomnies et leurs injures sans lin, qui n'avaient pas môme respecté sa propre personne, prescrivant de nouveau l'observation de la formule dogmatique du dernier recez, et proclamant, « d'après le conseil de docteurs considérables » ( d'Agricola à Berlin ), une amnistie quant aux personnes. Ce mandat, et l'ordre de le lire publiquement dans toutes les églises, rencontrèrent partout une vive résistance, que le duc voulut vamcre par les destitutions et le bannissement. Aussitôt on vit paraître de nouveau des écrits virulents de Mœrlin, Fiacius el Gailus, encourageant le peuple à faire une vigoureuse résistance; les Etals eux-mêmes firent des représentations, et la faiblesse du duc ne tarda pas à se laisser arracher de nouvelles concessions. Sur l'intervention de son gendre, le duc de Mecklenbourg, il contraignit son prédicateur particulier, i'osiandrien Funke, à se rétracter devant le synode de Riesenbourg, en 1556, et à reconnaître pour doctrine normale, non-seulement la Confession d'Augsbourg, mais aussi le iManuel de théologie de Mélanchthon. Mais on ne put obtenir de Funke qu'il réitérât cette rétractation en présence de sa communauté, et le duc Albert, toujours attaché à la doctrine osiandriste, le ménagea.
Bientôt une nouvelle querelle inspira au duc de nouvelles démarches qui compromirent le peu qui lui restait d'autorité. Mattheus Vogel, qui était venu de Nuremberg, comme Osiander, et avait obtenu la place de Mœrlin, entreprit, en réponse à une provocation imprimée de ce dernier, de justifier en partie Osiander à peu près à la manière de Brenz. Il donna tort à Osiander sur quelques points ; mais, en môme temps, il cherchait à démontrer que cette question n'avait dégénéré en querelle envenimée qu'à cause de la polémique grossière et déloyale de ses adversaires. 11 s'ensuivit une polémique entre Mœrlin et Vogel, où ce dernier démontra sans peine qu'on avait, à beaucoup d'égards, défiguré par