‹ La réformeChapitre 220 sur 270 · ADVERSAIRES LUTHERIENS DU SÎNERGISME · texte numérisé non relu

ADVERSAIRES LUTHERIENS DU SÎNERGISME

chc de synergisme, surtout pour avoir avancé que l'homme peut et doit obéir aux ordres et aux commandemeuts de Dieu, et qu'il leur obéit volontairement et sans contrainte, « Voilà précisément, ajoute Schlûsselbourg à ces paroles, ce que nous nions ; » et il applique là cette règle principale de Luther, que du commandement divin on ne peut conclure à là faculté humaine.

Les adversaires du synergisme étaient beaucoup plus nombreux que ses partisans, et, pour le combattre, ils déployaient une grande activité et ne se faisaient pas faute de l'attaquer par des écrits populaires aussi bien que par des écrits théologiques. Ils voyaient bien que la doctrine synergiste compromettait tout le dogme protestant de la justiflcation, et que ce caractère consolant et rassurant, qui devait constituer le grand avantage de la nouvelle doctrine, serait presque entièrement perdu, si l'on demandait à la volonté humaine de coopérer dans la conversion, et si l'on peignait la résistance de cette volonté à l'esprit de Dieu, non plus comme une manifestation nécessaire, universelle et naturelle du vieil Adam, identique chez tous les hommes, mais comme quelque chose par quoi les hommes se distinguent les uns des autres. Ils ne pouvaient se dissimuler non plus que, si Ton accordait à l'homme assez de libre arbitre pour accepter ou repousser la grâce, il était impossible de ne pas admettre aussi la doctrine si détestée de la nécessité des bonnes œuvres pour le salut , ou la doctrine non moins abhorrée de la nécessité d'une préparation, d'une disposition particulière où l'homme doit se trouver pour la justification, avant de se croire réellement converti. C'est ainsi que Heshusius dit :

« L'article le plus important de notre foi, celui de la rémission des péchés et de la justitication de l'homme devant Dieu, est faussé par ceux qui prônent le Ubre arbitre sans la parole ou contre la parole de Dieu. En effet, si l'homme croit en Jésus-Christ par sa propre force et coopération, et obéit au Saint Esprit , il n'est pas justifié et sauvé sans aucun mérite ni aucune œuvre, ni par pure grâce, attendu qu'il y met du sien. Car il serait contraire à cette parole de la loi « qui fecerit ea, vivet in eis » que Dieu ne voulût pas imputer à mérite à l'homme l'assentiment, la coopération,

HESHUSIUS. 427

l'aspiration volontaire vers la grâce, qui naîtraient de son cœur. Donc, là où il y a de bonnes œuvres, faites selon la volonté de Dieu, il doit aussi y avoir mérite. D'où il suit que, si l'homme y met du sien et coopère à sa conversion par ses propres forces, le salut doit nécessairement dériver aussi des œuvres, parlant, des mérites, et la grâce ne sera pas la grâce (Rom. ch. xi). Et voilà que l'Église perd son plus précieux gage, cette doctrine salutaire que l'homme n'est justifié et sauvé que par la grâce seule, sans aucune œuvre ni mérite. Ces erreurs et ces blasphèmes se tiennent tous comme les anneaux d'une chaîne, l'un amenant l'autre : et on peut s'en apercevoir (en cas qu'on oublie les abominations du papisme) à ce que ceux-là mêmes qui préconisent tant à cette heure la coopération du libre arbitre, sont aussi ceux qui soutiennent que les bonnes œuvres sont nécessaires au salut et que personne ne peut être sauvé sans bonnes œuvres : chose qu'on ne saurait , en effet, ni blâmer ni nier, s'il était vrai que la volonté coopérât librement à sa conversion. Car il faut avoir la foi, qui accepte les consolations de l'Évangile, pour parvenir au salut et obtenir la rémission des péchés, et nul homme ne peut être justifié sans la foi; or, si la foi ou le consentement est en partie notre œuvre, qu'en peut-on conclure, sinon que nos bonnes œuvres sont nécessaires pour notre salut ? Voilà comment un blasphème amène l'autre, et comment une erreur se déduit de l'autre '. »

Ces paroles « siVhomme croit 'par sa propre force ^ » qui défigurent la doctrine synergiste ( catholique ), doivent être mises, comme de raison, sur le compte de la polémique déloyale de ce temps-là , polémique introduite surtout par l'école de Wittenberg. Sous ce rapport, Heshusius n'était pas encore des pires; en effet, dans le même écrit, il expose ensuite très-exactement et en contradiction avec les paroles que nous venons de citer, la véritable doctrine synergiste. « Les » synergistes et les champions du libre arbitre disent donc » que l'homme ne peut rien de lui-même, mais que, s'il est » illuminé par le Saint-Esprit, si son cœur est touché et ex- » cité par le souffle divin, il coopère aussi pour sa part, » consentant de lui-même à sa conversion, et se détermi- >• nant par sa propre volonté. Ils ont donc distribué la chose » entre l'Esprit de Dieu et la volonté humaine. » Là-dessus il cite un passage de saint Irénée, sans se laisser troubler

1 Heshusius : Du prétendu libre arbitre, coulre les synergisles. Magdebourg, 15G2. C.

4 28 AMSDORF Eï GALLUS CONTRE LE SYJSERGISME.

par l'autorité de ce Père , qui, par Polycarpe son maître, remontait jusqu'aux Apôtres. Il ajoute, au contraire, que saint Irénée a dit cela contrairement à toute l'Ecriture, à tous les prophètes et apôtres, et en se laissant trop aller aux séductions de la philosophie \

Ce fut encore Amsdorj, le vieil ami de Luther, qui alla le plus loin dans la querelle soulevée par cette question. A ses yeux, Flacius, l'adversaire de Mélanchthon qu'il détestait, et le plus vaillant antagoniste de l'adiaphorisme, était la colonne la plus ferme du vrai luthéranisme ; aussi, en 1562, adressa-! il une lettre à Otto de Nordhausen. Le diable, y disait-il, par ses suppôts et les ennemis de la croix de Jésus, cherche à faire opprimer Flacius, et à protéger, à appuyer ainsi l'adiaphorisme; car Flacius n'a pas été destitué à cause de la doctrine, et en le traitant d'hérétique on blasphème la pure doctrine, c'est-à-dire Dieu lui-môme ^ En même temps, il rédigea, contre la Déclaration de Strigel, un Mémoire où il mettait l'action de Dieu dans la conversion de l'homme absolument sur la même ligne que l'action de Dieu sur des créatures inanimées et insensibles. « De même, dit-il, que » des blocs de pierre et de bois sont en la puissance de » Dieu, de même la volonté et l'intelligence de l'homme » sont aussi en la puissance et sous le bon vouloir de Dieu, » de sorte que l'homme ne saurait absolument rien vou- » loir ni choisir que ce que Dieu lui fait choisir par un etîet » de sa grâce ou de sa colère. La sagesse 'de Strigel, comme * celle de Mélanchthon, de Major et de tous les philosophes, >> tend à dire que l'homme, pour être converti, fait quelque » chose de plus que les autres créatures ne font pour être » portées, soulevées ou couchées 3. »,

Du côté d'Amsdorf se rangea aussi Gallus de Ratisbonne, qui, antérieurement déjà, avait déclaré que la seule différence entre la volonté humaine dans la conversion et une bûche, consiste en ce que la volonté, quoique résistante par nature, peut cependant être légénérée, chose dont une bûche est incapable '\ — Il n'y eut pas jusqu'au vieil Ajjri-

^ L. cf.—* Saiig. m, 875, etc.

^ Voy. le Catalogus de Schlûsselbourg. v, 548, elc.

* Corp. Bef. tiii, 933, — Si tant de gens trouvaienl mauvais qu'on comparât

QUERELLE SLR LE LIVRE DE LA VOLOWlÉ SERVILE. 429

cola de Berlin, dont l'orthodoxie luthérienne avait si souvent été mise en suspicion, qui ne voulût , sur cette question, défendre la doctrine de Luther, son défunt maître, contre le synergisme mélanchthonien. Au rapport de Buchhoîz, il prêchait, dès 1559, que si quelqu'un devait défendre la doctrine de Luther ce serait lui ; qu'il prétendait soutenir le servum arhitrium de Luther, dont ceux de Wittenberg voulaient faire un liberum arhitrium *.

Le livre de Luther sur la volonté servile fut constamment la bannière autour de laquelle se rallièrent les luthériens dans leur lutte contre les synergistes. Les luthériens zélés, tels que Flacius, Spangenberg, Heshusius, et avec eux Brenz et Heerbrand, étaient d'autant plus déterminés à ne pas souffrir qu'on attaquât l'autorité de ce livre comme canon dogmatique, que Luther lui-même, encore en 1537, l'avait déclaré son meilleur ouvrage. La première tentative pour ébranler l'autorité de ce livre fut faite en 1568 par Christophe Lasius, qui osa soutenir que Luther lui-même, dans ses dernières années , en avait rétracté le contenu. Mais Flacius le taxa aussitôt de mensonge, et repoussa avec indignation une accusation qui retombait directement sur Luther et sur toutes les églises évangéliques, comme si, depuis cinquante ans, elles eussent combattu contre les papistes avec tant de persévérance et d'efforts, non pour la vérité, mais pour un mensonge 2.

Les théologiens luthériens ne voulaient pas accorder non plus que la Confession d'Augsbourg ne contînt rien qu'on pût faire valoir contre le synergisme; ils citaient, comme témoignage décisif contre la doctrine synergiste, ces paroles du cinquième article, où il est dit que le Saint-Esprit, où et quand il plait à Dieu^ opère la foi en ceux qui entendent l'Evangile. Dans ces paroles, disaient les théologiens de la Basse-Saxe, réunis en 1561 au synode de Lunebourg, on at-

rhomme à une bûche, les Uiéologiens luthériens, tels qw'Antoine Otto, en donnaient pour raison Torguiil inné chez l'homme. Voy. par exemple, réponse d'Antoine Ollo de Herzberg aux mensonges de Lusius. 1568. B. (5.

» Corp. Réf. ix, 816.

'* Voy. Sculieti onvaL evangcl. refonn. dans Von der Hardt : Hist. lit. réf. P. V, 102,

Page 1