SECONDE DÉCLARATION DE STBIGEL
tribue uniquement au Saint-Esprit et à la volonté de Dieu le pouvoir d'opérer la foi, et il n'en est rien accordé à la volonté de l'homme *.
La majorité des ministres de la Thuringe partageait les vues des théologiens destitués et chassés dléna, et on se montra extrêmement mécontent de ce qu'il fût permis à Strigel de reprendre ses leçons publiques. Celui-ci, ayant rédigé, sur l'ordre de la cour, une Déclaration où il ne cédait pas une ligne de sa doctrine, mais qui fut cependant assez favorablement jugée en Souabe, fit venir deux théologiens wurtembergeois^ Jacques Andréas et Christophe Binder, pour arranger le différend comme médiateurs. Des conférences ayant été ouvertes à Weimar en mai 156ii, Strigel se montra disposé à adopter les modifications proposées par les médiateurs, et il en résulta une seconde Déclaration^ rédigée à dessein d'une manière vague et indécise, où l'on éludait la véritable question, et qui laissait toujours à Strigel une latitude suffisante pour maintenir sa proposition capitale touchant la liberté d'accepter ou de repousser la grâce par la volonté. Ainsi , accordant d'une part que la force ou l'efficace (efficacia), par laquelle l'homme accomplit quelque chose d'agréable à Dieu, est perdue depuis la chute du premier homme , de l'autre, il parlait cependant des facultés demeurées dans l'homme après sa chute 2. Cette profession de foi fut déclarée irréprochable par les théologiens souabes, aussi bien que par ceux du duc, au nombre desquels se trouvaient Maximilien Mœrlin et Stœssel. Une circulaire aux surintendants recommanda le Livre de Confutation comme doctrine normale, et défendit en même temps de prononcer en chaire le nom de Strigel. Le duc fut invité à faire faire une inspection des églises.
Là-dessus, les pasteurs du pays se séparèrent en deux camps. Les soixante ministres tlacianiens déclarèrent vouloir rester fidèlement attachés à la doctrine de Luther, exposée
• Voy. Grève : Memoria Pauli ab Eitzen. Additam. p. 67.
2 Voy. dans Schlusselbourg ( v, 89, elc) : Perspieuum est, efficaciam seu vim seu potentiam, qua Deo placentia et nobis salutaria aut cogitamus , aut volumus, aut perficimus, non esse positam in twstris viribus, quœ post lapsum reliquœ sunt , sed esse donum et opus Dei.
LA SUPERDÉCLARATION DE STŒSSEL. 431
d'une manière si nette et si précise dans son livre de la Volonté servile, et qualifièrent d'érasmiens et de pélagiens ceux qui acceptaient la déclaration de Strigel. Wigand et Judex publièrent une critique de la Déclaration de Strigel, oii ils mettaient en suspicion les théologiens wurtembergeois ; ils relevaient avec force reproches qu'on n'avait point formulé de déclaration touchant la coopération de la volonté ; qu'on avait passé sous silence le livre de Luther ; qu'on n'avait pas exigé de Strigel la rétractation formelle de son erreur; enfin, qu'on avait invoqué le témoignage de deux synergistes, Grégoire de Nazianze et saint Bernard, qui, en outre, avaient même altéré la doctrine de la justification et des bonnes œuvres. Ils prétendaient qu'au lieu de laisser Strigel présenter ce fallacieux et insidieux factum, on eût dû le contraindre à signer de nouveau la Confutation saxonne *. Les écrits de Heshusius et des théologiens de Mansfeld suivaient la même ligne ; seulement Heshusius, résolu à soutenir la doctrine luthérienne même dans une de ses conséquences que l'on abandonna plus tard, enseignait aussi le dogme de la prédestination dans le sens rigoureux du système de Calvin.
Cependant la Commission chargée de l'inspection religieuse par le duc se mit à l'œuvre à léna. Elle était composée du chancelier Brûck , de deux jurisconsultes et des surintendants Stœssel et Maximilien Mœrlin. On voulut que tous les ministres signassent la déclaration de Strigel. Mais Stœssel, voyant la répugnance que ce document rencontrait partout, avait rédigé une formule nouvelle, qu'on nomma la Su'perdéclaration de Stœssel ; cette œuvre, au point de vue dogmatique, était tellement conforme à la doctrine luthérienne, que Flacius et Heshusius eux-mêmes n'y purent rien trouver à redire; mais elle donnait à tous les adversaires de Strigel cet avantage que cette doctrine luthérienne pure était attribuée à la Déclaration par une interprétation forcée. Ainsi, disait- on, la coopération de l'homme non converti est entièrement abandonnée et condamnée dans la Déclaration , et toute force , toute efficace est attribuée à la grâce
' Salig. m, 888.