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RÉSISTANCES ET DESTITUTIONS

seule; le r/wdus agendi devait s'entendre du moyen extérieur dont Dieu se sert pour la conversion , c'est-à-dire du nriinistère de la parole, et VapHludo et la capaciias ne signifiaient point une force existante dans l'homme naturel, mais seulement une pédagogie extérieure, une capacité purement passive. «' Si tel est, >• disait-on en terminant, « l'avis et l'opinion de Viclorin, comme messieurs les inspecteurs nous l'ont donné clairement à entendre, je signerai volontiers sa déclaration et la leur. » Malgré cette interprétation conditionnelle, la plupart des pasteurs mandés par la Commission refusèrent de signer ce document, et le petit nombre de ceux qui se décidèrent à signer, ne le firent que dans la crainte de perdre leurs emplois; la majorité, de plus de soixante, refusa sa signature, les surintendants Bressnicer, Magdeburg et Rosinus en tôte \ Ce dernier observa que le ministère de la prédication lui fournissait tous les jours l'occasion dese convaincre que, dans la conversion , les hommes sont réellement des brutes, des pierres, des statues de sel et des blocs de bois. Les pasteurs du district de Ronnebourg achetèrent la paix en rédigeant en leur propre nom une profession de foi touchant le libre arbitre, où, quelque antisynergistes que fussent leurs explications, ils adoptaient néanmoins la formule deStœssel ^ Trente pasteurs environ , et dans ce nombre plusieurs de ceux qui regrettaient déjà d'avoir donné leur signature, adressèrent au chancelier un Mémoire où ils disaient que, si quelqu'un devait être tenu de signer, ce n'était pas eux, mais Strigel, atteint et convaincu d'hétérodoxie , qu'il fallait contraindre à

* La déclaration suivante, contenue dans une lettre de Nicolas Hack, diacri; à Butsladl, à Camérarius, fuit voir coninient les récalcitrants envisageaient la choi^e : Victorinus non obscure intciligere videtur, quod homo ku beat ex créatione reliquum modum agendi^ seu, ut alii loquuntiir, aptitudinem et capacitatcm ad excipiendam gratiam oblatam, quant aptitudinem inteiiigit de actu hominis. — Al Domini Visitatores glossa sua ea vocabula diverso modo et disparato sensu nobis interpretari videntur dum modum agendi et modium synonyma ponunt , dicentes, modum agendi significare ministerium verbi et sac rament orum, quibus Deus in homine agit. Aptitudinem aller de externa locomoliva , aller, ut Maximilianus , de interna pure passiva , capacitateni aller, ut Stosselius, de interna mcre passiva, aller, Maximilianus, de externa locomoliva inlerpretantur. — Quia igitur liltera multo aliter sonat, et vix suspicaripossim, eam esse auctoris senlentiam , profit illijurejurando affirniani, ideo conscienlia leneor, yiescicns quo me vertam (Cod. Manh. 358, f, 375j.

2 Lœber : Ilisl. de Ronnebourg, p. 280.

LASIUS DÉFEiND LE STNERGISME. 433

signer une rétractation , attendu qu'il est contre tout usage dans l'flglise de faire signer aux gens la déclaration d'un iiérétique. Là-dessus le duc ordonna à tous les fonctionnaires, même aux maires de village, de surveiller attentivement leurs pasteurs et de dénoncer sur-le-champ tous ceux qui se permettraient de parler contre la Déclaration. Tous les exemplaires de redit ducal commençaient par ces mots : « Que les gens d'église ne fassent pas les méchants. » Les suppliques des pasteurs étaient repoussées avec mépris , et l'on voulait bien « mettre leurs plaintes sur le compte de leur grossièreté i.» Près de quarante pasteurs furent destitués, soit sur-lechamp, soit après le délai de grâce qu'on leur avait accordé pour réfléchir.

A la fin, Strigel trouva que personne ne jouait dans cette querelle un rôle plus piteux que lui-même : il accepta donc une nomination à l'Université de Leipzig, prétextant, pour motiver son départ, que la commission d'inspection avait agi, sur beaucoup de points, contrairement à sa Déclaration, approuvée à Weimar, et qu'il ne pouvait plus, en honneur et conscience, rester spectateur d'affaires aussi mal conduites*. A Leipzig, il professa de nouveau et si ouvertement son synergisme, dans un Commentaire sur les Psaumes publié en 1o6:i, que les théologiens wurtembergeois eux-mêmes, dans une Censure que lui envoya le duc Christophe, lui reprochèrent de s'écarter ainsi de sa Déclaration de Weimar.

Les communautés protestantes de la Saxe ducale rest-èrent pendant quelques années dans cette situation. Cependant la querelle synergiste se continuait toujours , soutenue principalement par Christophe Lasius \ Dans ses écrits, la doctrine synergiste est mieux développée et mieux déterminée que chez Strigel, en tant du moins que celui-ci s'était expliqué dans la Conférence de Weimar. Notre volonté, disait Lasius, affaiblie par le péché, a l'intelligence, la faculté de choisir, c'est-à-dire cette faculté libi e en vertu de laquelle la volonté, attirée par Dieu, peut, même dans les choses spirituelles, consentir ou refuser, et le cœur, cette force de vertu intérieure qui suit la volonlé. Il faut que Dieu pose la première

* Voy. Kraus : Antiquit. Francon. ir, 12 J. — 2 Salig, xii, 903. 5 Voy. ci-dessus, loin. 11, pag. 253 et suiv,

434 AJlfTOINE OTTO CONTRE LASIUS.

pierre, c'est-à-dire commence la conversion en ouvrant l'intelligence, en fléchissant la volonté, en touchant le cœur; après cela vient la synergie de l'homme, qui coopère à l'acceptation : car l'homme peut aussi éteindre par malice l'étincelle de lumière divine jetée dans son cœur par le Saint-Esprit, ou repousser l'inclination de sa volonté qui en est la suite.

Lasius s'étend surtout avec détail sur le mal inexprimable que fait parmi le peuple la doctrine de la passivité de l'homme dans la conversion, prêchée du haut de tant de chaires et dans tant de livres *. Flacius, dit-il, prétend que le Saint-Esprit est donné (pour la conversion), môme à ces hommes qui regardent Dieu comme une folie, qui sont constamment en hostilité contre lui, et lui résistent jusqu'au dernier moment (celui qui précède immédiatement la conversion). Gallus en fait autant : ils enseignent que nul homme ne peut se rassurer par une certitude parfaite, si l'on n'admet que même les ennemis les plus furieux et les plus acharnés de Dieu sont convertis par le Saint-Esprit : « Ces prédicateurs de bûches sont fort aimés , etc.

Des réfutations furent publiées par Flacius et Antoine Otto^. « Tout homme, répondait ce dernier, est, comme le dit le Petit Catéchisme de Luther, un homme perdu et condamné, partant, un tison d'enfer, un maudit ennemi de Dieu , pareil à Satan ; c'est donc uniquement le Malin qui aveugle les synergistes et leur fait dire dans leur fureur, que l'homme n'est pas une pierre, une bûche^ un bîoc, une souche, mais qu'il a l'intelligence, la volonté, la raison; c'est là précisément « le point capital , la pierre angulaire de tout le papisme, à savoir, le libre arbitre et la nécessité des œuvres pour le salut; » c'est contre cette doctrine du pape et de son église anti-chrétienne et sacrilège que le docteur Martin Luther, ce troisième et dernier Éiie, a lancé ses foudres, de sorte que les voilà renversés en foule, et que jamais il n'est venu sur terre des gens plus mauvais, plus dangereux, plus impurs, plus impies, plus maudits et plus danmés que ceux-là précisément qui passèrent pour les meilleurs , les plus utiles,

' Voy. ci-dessus, tom. ïi, pag. 253, etc.

2 Jniwori avf Christcph Lasn rcc/ile Khhuutsc und anclere Landiûijer.. (Réponse à Cliri'Jîophe Lasius, etc.)

ivonvrxLE coî^futatioin. 435

les plus respectables , les plus pieux , les plus doctes et les plus saints. « — La principale autorité dont s'appuie Otto est encore le livre de Luther sur la volonté servile; cependant il cite aussi des passages d'autres écrits de Luther , puis il continue en ces termes :

« Yoilà, je pense, ce qui s'appelle fermer la bouche, le gosier et la gueule à Erasme, à Victorin, à Lasius et à tous ceux qui chatouillent les oreilles aux gens ? Si le diable est ton prince et ton dieu, comme Luther et toute l'Ecriture le confessent, quand il est dit qu'il possède en paix ce qui lui appartient, qu'il tient tous les hommes captifs dans sa volonté, que nous sommes à lui, ne faisant, ne voulant, ne pensant que ce qu'il lui plaît; s'il en est ainsi, que vient-on dire que l'homme n'est point une bûche, une souche, une pierre, etc., du moment qu'il appartient tout entier au diable, pour tout ce qui concerne lautre vie. Voilà ce que nous lisons clairement et puissamment démontré dans la Confession de Luther; et que serait ce de nous, si le livre De servo Arbitrio n'eût jamais été écrit par Luther *. »

Cependant, le duc Jean-Frédéric II ayant été fait prisonnier, et ses domaines étant tombés au pouvoir de son frère, Jean-Guillaume, en 1567, après la prise de Gotha, ce dernier s'empressa de rendre à la doctrine luthéro-flacianienne son influence et son autorité. Dès la même année, on publia, d'après son ordre, une nouvelle Confutation ou « Démonstration approfondie et détaillée, comme quoi la Déclaration de Victorin Strigel, qui a jeté l'erreur et le désordre dans l'Eglise cidevant bien ordonnée de Thuringe, est fallacieuse et impie. » Cette Déclaration, dit la préface, ayant été le principal moyen dont on se soit servi pour propager la fausse doctrine et favoriser ceux qui l'enseignaient, la nouvelle Confutation a pour objet de remettre dans la bonne voie ceux qui auraient été scandalisés et séduits, et de rassurer leurs consciences. Ce livre s'occupait principalement du mode d'action {modus agendi, ou capacité) qui, d'après Strigel, serait encore resté au pouvoir de la volonté humaine. Celte capacité, y estil dit, a été dépeinte tout autrement par Luther; d'après lui, elle consiste : premièrement, en ceque le libre arbitre fuit devant la grâce; secondement, en ce qu'il fait rage contre la

436 NOUVELLES PERSÉCLTIOINS COINTRE CEUX DE THURliNGE.

grâce; troisièmement, en ce qu'il hait la grâce; quatrièmement, en ce qu'il lutte contre la grâce de toutes ses forces, pour l'expulser et l'anéantir *.

Le Colloque d'Altenbourg, entre les théologiens de la Saxe ducale et ceux de la Saxe électorale, n'ayant conduit à aucun résultat, le duc ordonna, en 1569 et 1570, une nouvelle in« spection des églises, faite par Wigand, qu'on avait rappelé à léna, et parle surintendant Rosinus de Weimar. Alors la plupart des minisires « confessèrent, même avec larmes, qu'ils s'étaient laissé tromper, égarer, séduire; que depuis ils avaient toujours eu dès remords ; qu'ils désiraient^ par conséquent, voir leur signature déclarée nulle, et se réconcilier eux-mêmes avec l'Eglise et les frères qu'ils avaient scandalisés; qu'ils promettaient entin, avec la grâce de Dieu, de mieux se garder à l'avenir contre des formules captieuses, fausses et dangereuses. » En même temps fut proclamé et introduit ce qu'on nommait le Corps de doctrine deThuringe, qu'on avait l'intention de substituer au corps de doctrine mélanchthonien, paru en 1560. La Collection de Thuringe, outre les documents symboliques ordinaires et la Confession thuringienne de 1549, renfermait aussi le Livre de Confutation de 1559, et tous les ministres durent s'engager à le prendre pour règle dans leurs prédications.

Cet état de choses toutefois n'eut pas une longue durée. Jean-Cuillaume étant mort en 1573, l'électeur Auguste, en qualité de tuteur, prit en main le gouvernement du duché. Aussitôt éclata une nouvelle persécution contre les théologiens de ce pays, que les mélanchthoniens de WiLtenberg et de Leipzig lui avaient appris à abhorrer comme flacianiens. Une commission, dont faisaient partie les théologiens Stœssel, Widebram, Max. Mœrlin et Mirus, fut chargée d'inspecter les églises. Elle commença par destituer Wigand et Heshusius, tous deux professeurs à léna, avec injonction de vider le pays sous quatre jours. Le surintendant Kosinus, le prédicateur de la cour Gernhard et d'autres encore furent destitués pour avoir lu en chaire une pétition en faveur des théologiens. Les ministres appelés devant la commis-

» Voy. la Confulalion citée, DD. /».

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