LA NATURE HLMAINE EST-ELLE BLESSEE OU MORTE
sion, on leur demandait s'ils regardaient la Confession d'Augsbourg modifiée comme aussi bonne que celle qui ne rélait point, s'ils approuvaient la destitution de Rosinus, s'ils consentaient à condamner Fiacius et les flacianiens ; en même temps, on leur faisait promettre de « maintenir en bonne concorde Tunion avec les églises électorales, d'après les écrits de Luther et de Mélanchthon, et de renoncer aux injustes condamnations , aux injures, aux outrages contre des églises et des personnes innocentes. » On défendit de lire les écrits des flacianiens ; on ordonna d'approuver en toutes choses ceux de Mélanchthon *. Le résultat de tout cela fut que de cinq cent trente-quatre ministres que le pays comptait, il y en eut cent deux de destitués, ainsi que neuf surintendants.
Le Colloque crAltenbourg ^ qui devait avoir pour objet la conciliation des deux partis, des théologiens du Duc et de ceux de lElecteur, d'iéna d'une part, de Wittenberg et Leipzig de l'autre, échoua tout d'abord sur les contradictions inconciliables dans la doctrine de la justification, de sorte que la question du synergisme ne fut plus discutée. Mais les théologiens de la Saxe ducale ajoutèrent aux Actes du Colloque, publiés par eux, un mémoire où ils relevaient les falsifications que les mélanchthoniens, selon eux, s'étaient permises à l'égard de la doctrine du libre arbitre, lis produisaient principalement des citations tirées de Pfefiînger, de Major et de Mélanchthon. Plusieurs fois déjà les mélanchthoniens, à propos de l'état de Thomme après le péché originel, avaient parlé de la nd^iwvQ blessée de l'homme; les luthériens trouvaient que c'était une expression dangereuse, l'homme ne devant pas être représenté seulement comme malade ou blessé, mais comme entièrement mort pour tout ce qui est du domaine purement religieux, et l'action de Dieu dans la conversion ne devant pas être assimilée à la guérison d'un malade ou d'un blessé, mais à la résurrection d'un mort. Déjà
* Lœsclier; Hisi. moiuum, m, 455, etc. — Pour voir comment procédaient les inspecteurs, on peut consulter la ■ relation du traitement que firent à \L Jean Brandis, minisire à Legfeld, les gens de l'Électeur; » et Tinterrogatoire de Paul Heinickel, diacre à Salfeld, du 8 sept. 1573. (Voy. Jakobs et Ukert: curiosités de la bibliothèque de Gotha ; pag. 3/i5-47.)
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FIncius avait attaqué Strigel sur ce point, lors du Colloque de Weimar, et maintenant les théologiens d'iéna le comptaient parmi les corruptions de doctrine dont ils accusaient leurs adversaires. Une seconde hérésie, objet de leurs reproches, était cette assertion « qu'en nous il y a sans doute une cause qui fait que quelques-uns donnent leur assentiment aux promesses divines et les reçoivent avec foi , au lieu que d'autres ne le font point. » — Si, de part et d'autre, on avait toujours commencé par cette proposition ou par la proposition contraire, .toute la querelle synergiste y aurait du moins gagné de se simplifier et de devenir plus claire. En effet, luthériens et catholiques, luthériens et synergistes, tous étaient d'accord sur un point, à savoir que l'homme ne peut, par lui-même, commencer sa conversion, mais que la grâce vivifiante, le prévenant, doit d'abord agir sur lui en éclairant son esprit et en attirant sa volonté. La question était donc seulement celle-ci : Dieu , de cette manière, fait-il tout? Les rôles sont-ils distribués de telle sorte que Dieu seul agisse et que Thomme ne .^oit que l'être sur lequel cette aciion de Dieu s'exerce, ou, en d'autres termes, la grâce opère-t-elle dans tous les cas d'une façon irrésistibie? Tout homme, sur qui la grâce prévenante commence l'œuvre de la conversion, est-il en effet infailliblement converti, ou bien y a-t-il aussi des cas où l'homme résiste à la grâce convertissante et en paralyse l'effet? Les catholiques et les synergistes répondant à cette dernière question par l'affirmative, et soutenant qu'il y a en ce sens coopération de l'homme, les luthériens avaient coutume de présenter cette doctrine, comme si elle signifiait que l'homme, par ses propres forces naturelles, contribue en quelque chose à sa conversion, et partage ainsi cette œuvre avec Dieu : au lieu que, dans la doctrine luthérienne, l'homme , dans un état de mort et par conséquent de passivité pure ou d'une activité qui ne se manifeste que par la résistance et non par le consentement ou l'acceptation, ne peut être transporté dans l'état de vie que par un acte émané de l'omnipotence divine, acte créateur et irrésistible ; et la volonté de l'homme, capable uniquement de mal et dirigée seulement vers le mal, ne peut non plus être convertie que par une transformation soudaine