CE QUE LE LIVRE DE BERGEN
ni bien commencer, exécuter, agir, opérer ou coopérer en rien; mais qu'il est entièrement mort et corrompu. Dans la Formule de Bergen, cette proposition devint encore plus rigoureuse et plus tranchée par la suppression du mot hien\ On voulait ainsi insister sur cette idée que l'homme, avant sa conversion, ne peut rien comprendre, rien ccmcevoir ni rien vouloir dans l'ordre spirituel. De même aussi, le livre de Torgau ayant dit qu'avant sa conversion l'homme ne peut rien croire sérieusement touchant les choses spirituelles et divines, cet adoucissement disparut du livre de Bergen avec le mot iérieusemeni 2. Le livre de Torgau avait dit que « l'homme s'applique à la grâce; » le livre de Bergen transforme cette activité en passivité en disant que l'homme est disposé à la grâce par Dieu ^ Dans le livre de Torgau on avait repoussé seulement cette assertion que l'homme peut coopérer en quelque chose au commencement de sa conversion, et on avait interprété en ce sens ces paroles de Mélanchthon, que la volotité de l'homme n'est pas oisive dans la conversion, mais opère aussi quelque chose. Dans le livre de Bergen, cette [)hrase (ut éliminée, ainsi que deux autres, comme « locutions introduites pour soutenir le libre arbitre naturel dans la conversion de l'homme contre la doctrine de la grâce; locutions différentes des formes de la saine doctrine, contraires à celle-ci, et qu'il convient par conséquent d'éviter dès qu'il s'agit de la conversion à Dieu *. »
La querelle s'anima surtout au sujet de ces apophlbegnies fréquemment cités par les Pères et les scolastiques, puis approuvés et répétés par Mélanchthon, à savoir cette parole de saint Chrysostome : « Dieu attire l'homme, mais seulement celui qui en même temps le veut; ^> puis celle-ci, de saint Basile : « Aie seulement la volonté, et Dieu viendra le premier au-devant de toi. » Ces sentences, ainsi que celle relative à l'activité de la volonté dans la conversion, le livre de Torgau les prit en quelque sorte sous sa protection : « Ji ne faut pas, y disait-on, entendre cela de la volonté naturelle et non convertie, et comme si l'homme, avant sa conversion, avait encore assez de force par lui-môme pour pouvoir co-
* Voy. Balthasar. HisL du livre de Torgau, m, 63, 64. » L. c. ni, 67. — 3 L. c. v, 22. — * L. c. v, 25.