CONTRADICTION DANS LA FORM. DE CONCORDE
dans l'homme, la cause qui fait que l'un se convertit et l'autre point. En effet, au Colloque de Herzberg, Jacques Andrese avait reproché particulièrement aux Locis de Mélanchlhon d'alléguer que, si Saùl fut rejeté et David reçu en grâce , la ause d e cette différence doit être en nous ^ Heshusius aussi déclara que c'était là une doctrine papiste et éminemment condamnable *. Mais la Formule de Concorde décida que , si ceux qui ont entendu la parole ne sont point convertis, la faute en est à eux-mêmes : « Mais si ceux qui l'ont enten- » due n'y croient pas tous et sont d'autant plus profondé- » ment précipités dans la damnation, la raison n'en est pas » que Dieu leur aurait refusé le salut; mais ils en sont cause » eux-mêmes, eux qui, ayant ouï la parole, au lieu de la sui- «» vre, ne s'appliquent qu'à la mépriser, à la blasphémer, à '> l'outrager, et ont résisté au Saint-Esprit, qui, par la parole, » a voulu agir en eux ^. » Ici toutefois le nouveau Formulaire s'embarrassait dans une contradiction palpable, en déclarant d'une part que l'homme ne peut rien que tenir l'Evangile pour lolie et fable, tant que Dieu ne l'éclairé et ne le convertit pas, et en lui imputant, d'un autre côté, comme une faute particulièrement grave et comme la cause de sa nonconversion, de ne pas recevoir avec foi la parole de Dieu. Chose remarquable, quelques-uns d'entre les auteurs de la Formule de Concorde soutenaient, dans leurs écrits particuliers, cette même doctrine qu'ils condamnaient dans le nouveau code dogmatique. On ne saurait révoquer en doute les opinions synergistes de Chemnitz, en dépit de sa participation à l'œuvre de la Formule. Dans son principal ouvrage théologique *, on lit ce passage :
« Ce qu'on enseigne touchant la grâce prévenante, préparatoire et efficace , signifie que ce que l'homme a fait dans la conversion, ne précède point la grâce de Dieu , mais que Dieu nous prévenant
* Baltliasar. Hist, du livre de Torgau, v, 15.
2 Hoec senteniia (volunlatis assensum causara conslituentium electionis ) prorsus nihil diffeil a senteniia Origenis, Pelagii et Poniificiorum ; sive enini l^ietatem, sive assensum volunlatis, sive fidera nominenl, causara eleclionis in nobis constituunt, oui falsae senlenlise universa sacra Scriplura réclamai fortiter. Demonstrat enim, causam in Deo, non in nobis esse. (Coram. in ep. ad r>om. cap. 6.)
» Form. Conc. p. 819. - * ï.oci theoL l}'iicbergm, 1023, p. H'9.
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par la parole et une infiitation divine, suscite et stimule la volonté. Mais dès que la volonté est ainsi excitée par Dieu, l'homme n'est plus seulement passif: cette excitation, cette assistance du Saint- Esprit le mettent en état et lui donnent la faculté de ne plus résister, mais de consentir, et de coopérer ainsi avec Dieu, n
Ainsi la volonté est seulement mise en état et douée de la faculté de consentir ; mais qu'elle consente ou refuse, c'est l'action propre de l'homme. Le même tliéologien, du reste, dans un Mémoire conservé par Schlusselbourg i, parle d'une synergie de la volonté, non de Tancieime volonté, mais de la volonté en voie de renouvellemei\t ou dans l'état de conversion commencée. En général, il repoussait l'idée que la volonté est oisive ou purement passive dans la conversion, et lui attribuait une activité synergique, contredisant ainsi la condamnation prononcée par la Formule de Concorde sur la proposition soutenue par les scolastiques et Mélanchthon. Quant à Chytrœus ^ les prédicateurs de Wismar, lorsqu'on voulut leur faire signer la Formule de Concorde, reprochèrent à ce réformateur de n'être pas lui-même fidèle à la pure doctrine, puisque, dans son Commentaire sur la Genèse, il allègue une synergie de la volonté '.
La querelle sur le péché originel prit sasouwe dans les efforts que Flacins tenta pour réduire à l'expression dogmatique la plus concise possible les opinions de Luther touchant le péché inné dans l'homme. Luther avait dit : « Ta naissance, ta nature, tout ton être est péché; » — « Tu. décriras le péché comme étant précisément ce qui est né de père et de mère; » — « Notre péché en nous n'est point une œuvre ou une action : c'est notre nature et tout notre être, de sorte que l'homme, avec son essence, n'est pas seulement péché, mais est le péché lui-même; » — « L'argile dont la créature est pétrie ne vaut absolument rien et est condamnée ; la conception, la croissance, le développement de l'homme, encore enfermé dans le sein de sa mère et avant d'être né , avant d'être
' Catalog, kœreliç, v, 643. — - Voy. ScIjUIz, de Vita Chylrœi, ii, 436.