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LES FLACIANIENS EN AUTRICHE

gnèrent, en 1581, une déclaration qui rejetait la doctrine de la Formule de Concorde et confirmait la pure doctrine de Luther touchant le péché originel, attendu que • Satan s'avi- V sait de nouveau de pervertir cette vraie doctrine, de re- » nouveler les erreurs pernicieuses et maudites des mani- » chéens, pélagiens, sophistes et papistes, de les ramener par » ruse dans les églises de ce pays, et de les y maintenir par force*. » Irénœus ajouta : « Ce livre ou factum de concorde et la tourbe des accidenliaires est doux au palais et à la langue, conforme à la raison, agréable et attrayant ; mais dans les entrailles et dans la conscience, cette doctrine n'en est que plus cuisante ^ »

A peu de temps de là, il parut encore deux confessions de foi des flacianiens d'Autriche ; mais à la même époque aussi, en 1581 et 1582, éclatèrent au sein de leur propre parti des dissensions désastreuses. Joachim Magdebourg, donnant à la doctrine de Fiacius une extension nouvelle, soutint que les corps des saints et fidèles chrétiens sont et demeurent encore après leur mort l'essence du péché originel ; que la loi, le péché, la mort et la colère de Dieu demeurent avec eux jusqu'au jour du jugement dernier, et que le péché originel ne serait effacé en eux que par la résurrection ^ Peu à peu la noblesse expulsa un grand nombre de flacianiens; le gouvernement impérial de Vienne mit également la main à l'œuvre, et à mesure que le protestantisme en général fut ruiné en Autriche, principalement par suite de ces querelles, le flacianisme disparut aussi. Cependant, en 160't, on parle encore de toute une bande de flacianiens qui se trouve dans ce pays.

' Toy. Raupach. Erlantertes evang. CEsterreich, m, 17. — Quant ù Taccusalioa de manichéisme, les deux parusse la renvoyaient muluellement. ■^ L. c. pag. 21. — » L. c. pag, ^3.

MAJORISME.

Utierelle» sur la nëc'e»$«f(c des boniie» ceuwro».

Une querelle qui, plus qu'aucune de celles dont nous venons de retracer l'histoire, influa sur le protestantisme contemporain et futur, par sa gravité et par ses effets, fut suscitée en 1552 par Major. Pendant de longues années elle préoccupa les esprits dans l'Allemagne entière, et certainement il faut la mettre au premier rang parmi les causes qui firent donner à la doctrine protestante de la justification cette forme définitive qu'elle prit dans la Formule de Concorde.

Major, déjà odieux ou du moins suspect aux luthériens purs par sa participation aux conférences touchant l'Intérim de Leipzig, ayant été attaqué par Amsdorf, professa, en 1552, « que les bonnes œuvres sont nécessaires au salut, et » que nul n'est sauvé sans bonnes œuvres, » en ajoutant même : « Quiconque enseignera autrement, fût-ce un ange du ciel, qu'il soit maudit ! >» Lui, qui s'était montré en d'autres circonstances, comme au Colloque de Ratisbonne de 1546, le zélé défenseur du dogme protestant de la justification ; lui, qui était demeuré si longtemps sous l'influence immédiate de Luther, et qui devait savoir à quel point son maître abhorrait une doctrine qui faisait valoir devant Dieu, comme condition du salut, autre chose que l'acte de foi et de confiance, il n'en professait pas moins son opinion sur les bonnes œuvres avec une confiance qui semblait assurée de ne point rencontrer de contradicteurs. Cela prouve de deux choses l'une : ou qu'il était du nombre de ceux qui, même au bout de trente ans écoulés, ne concevaient pas encore toute la portée, toutes les conséquences de la nouvelle doctrine sur la justification ; ou bien, qu'il partageait l'avis de ceux qui, effrayés des effets de la doctrine, croyaient absolument nécessaire et urgent d'en diminuer les dangers par des additions restrictives.

SOULÈVEMENT GENERAL CONTRE LA DOCTR. DE MAJOR //lG3

La colère, l'horreur qu'on montrait en désignant aux yeux des princes et des peuples protestants la proposition de Major comme une hérésie pernicheuse, prouvait, d'un autre côté, à quel point on était résolu de ne pas céder un iota d'une doctrine regardée comme la pièce la plus importante et la plus précieuse de l'héritage de Luther, et quel prix on attachait surtout à ce point sans lequel la doctrine pouvait conserver le caractère rassurant qui lui avait valu une approbation si générale. Amsdorf, Flacius, Gallus, les prédicateurs de Hambourg et de Lubeck, ceux de Lunebourg et de Magdebourg, ceux môme de Mansfeld, dont Major était alors le surintendant, tous se hâtèrent de protester, par des publications ou des mémoires, contre toute nécessité des bonnes œuvres pour le salut, de quelque manière qu'elle pût être représentée et motivée. Major s'efTorça d'entourer sa proposition de tant de clauses, de mettre à cette nécessité soutenue par lui tant de restrictions, qu'elle pût être tolérable pour des oreilles protestantes. Il lit ses réserves expresses contre l'imputation de toute idée de mérite. H sait bien, disait-il, que l'homme est sauvé par la seule loi, sans œuvre aucune ; qu'étant justifié il est déjà en possession du salut, et que, par conséquent, les borm^'S œuvres ne servent nullement à acquérir le salut que l'homme possède déjà et uniquement par la foi ; ce qu'il soutient, c'est seulement une nécessité de connexion ou de conséquences, la foi ne pouvant être sans bonnes œuvres *. Mais ensuite il indiquait aussi combien est pernicieuse et scandaleuse la doctrine contraire, qui déclare que les bonnes œuvres sont inutiles pour le salut :

(( Il est affreux d'entendre comment les prédicateurs et les docteurs des églises chrétiennes allèguent publiquement, dans leurs écrits et leurs sermons, avec force mensonges et sophismes, qu'il n'est pas nécessaire aux enfants d'obéir à leur Père céleste, afin de conserver la bienveillance, l'afTection et l'héritage du père. — 11 y a aujourd hui dans les pays allemands une multitude de gens, voire de pasteurs et de prédicateurs, qui, dans leur endurcissement et leur aveuglement, n'ont nul égard à cette plantation di-

* Major : Sermon de la conversion de saint Paul et de tous les hoinmes pieux à Dieu. B.;N. 3; §3.

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