‹ La réformeChapitre 235 sur 270 · MÉLANCHTON ! SUR MAJOR · texte numérisé non relu

MÉLANCHTON ! SUR MAJOR

vine dans la nature humaine, applaudissent à cette grande, honteuse et pernicieuse extravagance, et la protègent et la défendent comme parole de Dieu, en faussant les saintes Ecritures, que c'est à faire pitié. — Je prie tous les hommes de la terre de consulter au moins là-dessus leur nature et leur intelligence, et d'en conclure quelle barbarie plus que turque et quelle effroyable désobéissance les écrivains de Magdebourg introduisent dans la chrétienté par leur doctrine fallacieuse et impie, enseignant que de vrais et fidèles chrétiens, enfants de Dieu, n'ont pas besoin, pour conserver leur héritage et leur salut, d'être obéissants en Jésus- Christ envers leur Père céleste, sinon complètement,^du moins en partie, avec l'aide du Saint-Esprit. »

c( La plupart, » dit il, « de ceux-là mêmes qui prétendent être bons évangéliques, sont plongés dans celte erreur de s'imaginer qu'ils ont la foi. Ils rêvent et inventent une foi qui puisse exister sans bonnes œuvres. Nous le voyons bien maintenant par tous ces gens qui sont ennemis de tous sermons sur la loi et les bonnes œuvres, et ne les peuvent souffrir. — Aujourd'hui aussi, beaucoup de gens sont imbus de celte erreur qu'ils peuvent être sauvés sans pénitence réelle et sans véritable conversion à Dieu, et bien qu'ils persévèrent, malgré leur conscience, dans l'adultère, dans î'impudicité, dans l'intempérance, l'usure et autres péchés : car si je crois, disent-ils, je suis justifié et sauvé *. »

Avant que de laisser parler les adversaires de Major, nous avons ^ne observation à faire. Des deux parts on était d'accord pour comprendre parmi les bonnes œuvres dont la nécessité ou l'inutilité faisait le sujet de la querelle, non seulement les actions intérieures, les fruits du sentiment intérieur, mais aussi ce sentiment lui-même, partant l'amour de Dieu et du prochain, la patience, l'humilité, etc., ou, en d'autres termes, on admettait des deux côtés que les actes intérieurs étaient du nombre des bonnes œuvres aussi bien que les actes extérieurs, tels que prier, faire l'aumône, assister le prochain, etc. Mélanchthon lui-même* disait que ce serait une ànerie que d'appliquer aux œuvres extérieures seulement ce que disait Major. Dans la profession de foi touchant la justification et les bonnes œuvres, rédigée par les théologiens de Meissen, adoptée à Pégau et à Leipzig en 1548, et attaquée par Flacius comme un élément de l'Intérim de Leipzig, il était

* Vovez son //tù allemand publié par Pe/el, p. 00?î,

AiMSDOr.JF COiSTRE MAJOR. 465

dit : « Ces vertus, foi , charité , espérance et autres , doivent être en nous et sont nécessaires pour le salut*. » A ce sujet, Flacius etGalIus dirent : « De pareils discours, « Les vertus sont nécessaires pour la justice et le salut, » discours comme il y en a beaucoup dans ce chapitre et dans le précédent, y ont été mis au grand profit des papistes, afin qu'ils en concluent, comme cela se déduit aisément, que nous sommes en partie justifiés et sauvés aussi par nos œuvres 2. »

Les adversaires de Major s'attaquèrent d'abord à cette proposition, que la nécessité des œuvres, telle qu'il l'entendait, n'impliquait nullement un rapport méritoire des œuvres avec le salut.

« Nous concluons avec force et d'une manière irréfragable, » dit Amsdorf, n que celte proposition : « les bonnes œuvres sont nécessaires pour le salut, » s'entend dans toutes les langues et par la nature même des mots, du mérite des œuvres, et qu'elle est fausse, antichrétienne et hérétique : car elle est contraire k la foi et à la grâce de Dieu : en effet, elle renferme si intimement en elle l'idée du mérite, qu'il n'y a interprétation, ni glose qui l'en puisse séparer. Ainsi donc cette interprétation a été inventée et imaginée pour rendre service au Pape, pour le plus grand bien de la moinerie, et pour la ruine et la perdition de la chrétienté. — Cette proposition ne sert à rien autre chose si ce n'est, quand un pauvre homme est à l'article de la mort et ne possède point d'œuvres, à le plonger dans le désespoir : car on ne le peut rassurer par rien qui soit au ciel ou sur la terre, pas même par Jésus-Christ; en effet , il n'a point ce qui est nécessaire au salut et sans quoi personne ne sera jamais ni n'a jamais été sauvé *. »

On ne saurait nier qu'Amsdorf et les autres adversaires de Major ne fussent en droit de repousser, comme insoutenable, la distinction qu'il lui plaisait d'établir. Si l'on admet que les bonnes œuvres soient nécessaires au salut, cette nécessité ne peut être motivée qu'en ce que Dieu a fait de la sainteté et de ses fruits, ou des bonnes œuvres, la condition indispen-

1 Duns la réimpression de VÀvis aUemmul du Mélancblhon , faite par Pezel (p. 335) les mois « pour le salut » oui été supprimés; mais ils se trouvent dans le « rapp( ri sur rinlérim des théologiens de Meissen » publié |»ar Flacius sous \e voile de rauouymc, ainsi que dans les Acta synodica (f, 184 et 20G).

2 Note de leur « publication de rinlériai de Leipzig. » 1550,

* Amsùoif; Confession publique de !a pure docltiite de rEva!]Ki!<\ léna , 1558. D. 3, /i.

iir. 30

466 ATTITUDE DE MÉLATfCHT. DAΫS LA QUERELLE DE MAJOR ;

sable d'où dépend le salut éternel, de telle sorte que celui qui a les bonnes œuvres obtient le salut, en remplissant ainsi la condition établie par Dieu. Or, dans l'usage général du langage humain, mériter signifiant accomplir ce qui fait acquérir un bien ou un bienfait, ou remplir la condition sous laquelle le bienfait est promis, quelque disproportion qu'il puisse y avoir d'ailleurs entre la condition et le bien ou la récompense accordée, il s'ensuit qu'en effet l'idée du mérite des bonnes œuvres ne saurait être séparée d'avec l'idée de leur nécessité pour le salut.

L'attitude que Mélanchthon prit dans cette querelle dut nécessairement peser d'un grand poids dans la balance et influer considérablement sur le résultat. Ce réformateur ayant été déjà, à une époque antérieure, attaqué par Cordatus et d'autres zélateurs luthériens en raison d'une doctrine analogue, sinon identique, Major paraît n'avoir point douté qu'il ne prît fait et cause pour lui et sa doctrine sur les œuvres. 11 était en effet d'autant plus fondé à espérer cette adhésion importante, que cette querelle se rattachait étroitement à celle qui s'éleva touchant l'Intérim de Leipzig, et qui intéressait particulièrement Mélanchthon. Mais Major vit cet espoir complètement déçu. Soit qu'il craignît de fournir de nouvelles armes à ses nombreux adversaires, soit qu'il redoutât d'accorder aux catholiques une concession par trop dangereuse à cause de ses conséquences, Mélanchthon désapprouva la formule de Major touchant la nécessité des œuvres pour le salut, et essaya de prendre une voie intermédiaire. Pour éviter cette déduction immanquable, que les bonnes œuvres, étant nécessaires au salut, sont par conséquent méritoires, il était d'avis de supprimer ces mots « au salut, • et d'affirmer seulement qu'elles sont nécessaires en général, ou que leur nécessité est motivée par ce devoir d'obéissance envers la volonté divine, fondé sur l'ordre éternel et immuable du monde*. H

* Quia et ambiguœ sunt^ et cnm Papisticîs corruplelis et formis loquendi congruunt j quœ et gloriam Filii Dei, el puram doctrinam de articulo justificationis, et veram consolationem piorum delent, atque eliam ex dinmetro répugnant PaulinU fiilminibus, quœ perspicue asseie) ant , ex operibus legls nuLlum hominem coram Deo jusiifîcaii et salvari, ideo unanimi Cuixsensu rejieimus et damnamus has propositionet : Impossibile est , hominem sine operibus salvari ; ISemo vnqvtm. sinr openbuf salvatus flft Bonn opéra ; snnt vecessaria

Page 1