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SON EXPLICATION DE LA NÉCESSITÉ DES BONNES MOEURS

voulait donc que dans les livres et dans renseignement oral on se gardât bien d'établir le moindre rapport essentiel entre les bonnes œuvres et le salut, et qu'on se contentât de dire ; Elles sont nécessaires, parce que Dieu les veut, et que l'homme doit obéissance à son Créateur. 11 ne réfléchissait pas que cette recommandation du devoir général de Tobéissance serait de peu d'effet si, comme il arrivait alors partout, on prêchait en même temps au peuple que Dieu a donné une loi et exige une obéissance qui sont au-dessus du pouvoir de l'homme, et si on inculquait aux gens ce principe de Luther que (iu devoir on ne peut conclure au pouvoir, en y rattachant cette doctrine, que l'œuvre de Jésus-Christ consista essentiellement à accomplir à la place des hommes la loi morale, et à réaliser cette obéissance qui leur était impossible. Du reste, pour écarter cette idée de mérite, si redoutée de Mélanchlhon et de tous les théologiens protestants, il ne suffisait même pas d'omettre simplement ces mots : « au salut. « En effet, si lordre éternel et immuable établi par Dieu exige les bonnes œuvres, l'accomplissement ou l'oubli de ce devoir exerce nécessairement une influence décisive sur l'état de l'homme dans la vie future; sa manière d'être à l'égard de cet ordre éternel et de l'obligation d'obéissance ou de bonnes œuvres qui y est comprise, sera donc la condition de son salut ou de sa perte éternelle. Ainsi, même dans la raison donnée par Mélanchlhon pour motiver la nécessité des bonnes œuvres, on retrouve toujours celte déduction irréfragable, qu'elles sont nécessaires au salut, et que celui-ci est certainement mérité par les œuvres. Beaucoup de théologiens , comprenant ou sentant fort bien qu'il en était ainsi, repoussèrent le moyen terme de Mélanchlhon, et refusèrent absolument d'admettre aucune espèce de nécessité des bonnes œuvres. Ils soutinrent, au contraire, comme seule idée

ad salulem {Corp. Rcf ix, 98). — Scrlpsi eiiom Jacobo, ul non defendat hai,e fhrasin verborum : Bona opéra sunt îiecessor'O ad aalutcm (LtUre à Meienbourg. L. c. vin, 336).— « En blâmant, » dit-il dans son avis sur la Confufat.o.i de Weimar, « ceUe addilion : ISectA aria ad salulem, ils savent iKs-licn qiio nous n'en faisons point usage. Car nous savons que Ton lire celte conséquence : !iec€s$aria ad salulem , ergo est meritvm; mais nous disons : iVora vbedientia est necessaria ou debitum eo ipso, quia crdo divinus immutatilis est, ut creatura ratioualissit iubjecta Deo (L. c. ix, 771) ; voyez aussi Corp, Réf. ix, 63, G6, 70.

468 OPDflON DE COnVlN ET DE VELLER.

vraie, que l'homme, déjà justifié par la foi seule et en possession du salut, accomplit ses bonnes œuvres spontanément et sans aucune nécessité extérieure, en reconnaissance du salut déjà reçu. On prit encore un autre tour, consistant à déclarer : que les œuvres sont certainement l'objet d'une nécessité légale; en d'autres termes, que l'obéissance ou les bonnes œuvres sont nécessaires aux hommes d'après les exigences de la loi et en tant que la loi conserve son autorité ; mais que cette nécessité, par cela môme qu'elle est légale, n'est point évangélique, ni par conséquent une nécessité réelle pour le chrétien évangélique, qui, en possession de l'Évangile et de ses promesses, sait (rès-bien que l'Évangile a été donné précisément pour mettre l'homme à Tabri des exigences de la loi *. Ceci n'est qu'une forme nouvelle pour une môme idée; c'est toujours cette proposition, que la nécessité des œuvres pour le salut confond la loi avec l'Évangile.

La conviction que c'était une hérésie des plus pernicieuses que de faire dépendre le salut de l'amour de Dieu et du prochain et de ses fruits, une hérésie par laquelle Satan s'efforçait de ravir aux protestants les consolations puisées dans la doctrine du salut remise en lumière par Luther, cette conviction se propagea et se prononça de plus en plus. Antoine Corviïiy le réformateur du Hanovre, disait dans son livre de prières à l'usage du peuple : « Nous possédions l'article de la >» justification si clairement et si nettement, que nous pou- » vions presque dire que jamais, depuis les Apôtres, il ne fut » aussi clair dans l'Église que de notre temps. Mais le diable »» ne l'a pu endurer ; et il a suscité d'abord quelques hommes » qui, avec ces paroles : «« Les œuvres sont aussi nécessaires » pour le salut, • attribuent la justice, non pas seulement à » la foi qui reçoit la grâce de Dieu en Jésus-Christ et est jus- « tifiée par Jésus-Christ, mais aussi aux œuvres 2. » — « Ces » paroles, dit Jérôme Weller : « Les œuvres sont nécessaires

' C'est ainsi que dans la leltnj de Flucius el des Magdebonrgeois aux pasteurs eaxons, il esl dil : Quod ad illam scntcntiam : opéra esse per tiese nccessarii {pcrtintt), ffrre eam hisce rerbis ac seuientia possumus. ^iunquam ncjavimus, notuim obedtentiam ac Loua opéra esse neccssaria, propteren, quod divinu mandttio a ixobia cxigvniur {Corp. Réf. ix, ii6, 67).

^ Schlii^sv'lhouig. Catal. h^eret. vji, 12?.

WOLFGANG VVALDNER : SUR LA DOCTRINE DE MAJOU. i69

■ pour le salut, » ne doivent pas être souîTertes dans l'Église : » on ne s'imagine pas quel mal de pareils paradoxes et étran- » ges discours font dans les consciences; ainsi, point de ces >> discours- là S •> La déclaration de Wolfgang Wagner, théologien de Ralisbonne, est surtout remarquable :

et Cette erreur, » dit-il, « (que les bonnes œuvres sont nécessaires pour le salut) a été inventée au temps même des Apôtres par les faux apôtres, comme cela se voit clairement au chap. 15 des Actes, ainsi que dans TÉpître aux Galates. — Les Ebionite aussi la soutinrent ensuite avec force, comme le fait voir l'histoire de l'Eglise. —Après quoi le Saint-Père et les siens ont fait de même. Cette hérésie a aussi été enseignée chez nous par les anabaptistes, au rapport de Menius. Enfin Philippe l'a renouvelée à l'école de Wittenberg, en 1535, sous le nom de causa sine qua non^ dans son Commentaire sur l'Épître à Timothée, dédié au docteur Gaspard Kreuziger. Mais alors se sont élevés contre cette erreur le docteur Cordatus d'abord, puis le docteur Luther, quand il en eut été instruit, et après beaucoup de pourparlers cette affaire, par la grâce de Dieu, s'est terminée par là que Luther, dans une discussion publique et avec l'assentiment et l'autorisation des autres docteurs, a condamné et complètement rejeté cette erreur, qui, la discussion ayant été promptement imprimée, fut bientôt étouffée, — Or, il est vrai, et nous avons bien souvent démontré que cette erreur : « Il est impossible d'être sauvé sans bonnes œuvres, » est une sûre et inévitable hart de désespoir; voici, en effet, le svllogisme que la doctrine de Major fournira dans leurs derniers combats aux pauvres pécheurs et aux consciences affligées : « II est impossible d'être sauvé sans œuvres ; or, je n'ai point, hélas î de bonnes œuvres; donc perdite vixi, ma vie est perdue. »

a Voici quelle est la déclaration de Major : c Une grave accusa- » tion ayant été élevée contre moi, j'ai éprouvé le besoin de décla- )) rer ce que je pense touchant les bonnes œuvres et la nouvelle )) obéissance de l'homme fidèle et régénéré. Je crois et enseigne » donc ceci : Ceux qui ont fait le bien, se lèveront pour la résur- » rection de la vie; mais ceux qui ont fait le mal, pour la résur- )) rection du jugement; lesquelles paroles de Jésus-Christ ont été » incorporées au Symbole d'Athanase, comme un article de la foi » chrétienne en général, en ces termes : Ceux qui ont fait le bien «entreront dans la vie éternelle; mais ceux qui ont fait le mal j) iront au feu éternel. » — Or, on sait bien que ces paroles sont

» L. c. pa?. 12/.

470 WIGAND ET LES THEOLOGIEINS d'iÉNA :

une legalis locuiio, et qu'elles doivent être changées par l'Evangile, qui dit que si tous ces pauvres pécheurs qui ont pendant longtemps ou même toujours fait le mal, se réfugient par Jésus-Christ vers le trône de la grâce et la miséricorde du Père céleste, lorsqu'ils sont à leur dernier soupir, ils sont néanmoins récompensés dans la vie éternelle tout comme d'autres larrons, péagers et fornicateurs. Mais Major ne veut pas admettre que l'Evangile annuité où modifie sa nécessité des bonnes œuvres pour le salut; il s'en va criant qu'il est absolument impossible que quelqu'un soit sauvé sans bonnes œuvres. Donc, Major voulant qu'on entende sa doctrine sur l'inévitable nécessité des bonnes œuvres pour le salut d'après ces paroles de la loi, et n'admettant pas que l'Evangile ait le pouvoir d'effdcer ces dettes, ou d'ouvrir le royaume des cieux à ceux qui, ayant fait le mal, demandent cependant grâce, il nie et détruit par cela même toute la vérité de l'Evangile. Attendu que de cette sentence de la loi : « Ceux qui ont fait le bien entreront dans la vie éternelle; ceux qui oat fait le mal, iront au feu éternel, » on peut déduire aussi bien le ^nerltum que le debitum des bonnes œuvres pour le salut, comme font en effet les papistes, il s'ensuit que Major, non moins que les papistes, attribue par cette sentence le salut éternel aux œuvres et aux mérites. C'est donc un vrai donnant- prenant^ comme Luther qualifiait ces imposteurs qui reprennent d'une main ce qu'ils donnent de l'autre *. »

L'analogie qui rapprochait la doctrine de Major de celle de l'Église catholique était encore un motif de plus pour la faire repousser avec horreur. Voilà pourquoi les prédicateurs de /ffa/?s/e/^ affirmèrent que cette assertion : « Les bonnes œuvres sont nécessaires pour le salut, » est une des colonnes et des pierres angulaires du papisme; qu'on avait eu beaucoup de peine à chasser ces paroles de l'Église, afin que la foi seule, et non les bonnes œuvres, justifie, sanctifie et sauve; qu'il serait juste, par conséquent, de laisser dormir ce malum hene sopitum, attendu que, si l'on accordait cela au Pape, il resterait debout et saurait bien aussi obtenir le reste; que cette proposition est vraie selon la loi, mais non selon l'Evangile; qu'elle inquiète et désespère la conscience de ceux qui combattent; qu'elle efface la distinction entre la loi et l'Evangile, et qu'elle ramène à cette vieille erreur du papisme et de l'In-

i IValdntr, Bericlil iiber dea Irrlhiim Yon Nothweudigkeit dcr Werke {Ood. Gêrm. 1320. f. 277 et 278).

bLli LA DOCTUIINE MAJOiaSlJi. 471

térim, à savoir, qu'on est sauvé par l'un et l'autre, par la foi et les œuvres *.

D'accord avec tous ces adversaires du majorisme, Wigand assurait : que la proposition de la nécessité des bonnes œuvres pour le salut avait été condamnée déjà par les Apôtres au concile de Jérusalem; que c'est une proposition des Juifs, des Turcs et de tous les peuples qui ignorent l'Évangile ; que c'est l'appui de l'Antéchrist; que la doctrine de l'Église doit être séparée d'avec les ténèbres et les blasphèmes des païens et de l'Antéchrist ; que l'homme ne peut pas être plus horriblement marqué de la flétrissure de l'Antéchrist, qu'en croyant et en soutenant que les bonnes œuvres sont nécessaires pour le salut, parlât-il même des œuvres prescrites par les dix commandements. Les Prophètes, disait-il, les Apôtres et l'église (luthérienne) enseignaient que nous sommes sauvés sans œuvres et uniquement par la foi en Jésus-Christ; quiconque prêche un autre Évangile, qu'il soit anathème I Quand les opérâtes voulurent lever la tête, Lulher condamna leur proposition comme le poison des consciences et comme la voix exécrable et homicide du loup de Rome. — Mœrlin affirmait que soutenir cette doctrine, ce serait vouloir précipiter à la fois dans la gueule du diable le genre humain tout entier *.

Ce qui militait surtout pour les antagonistes de Major, c'était le besoin d'être consolé et rassuré. Conformément au principe fondamental qui présida à toute la transformation

' Suite de la collection des choses théologiques anciennes et modernes, 4730. pag. 533, 535. — Les lliéologiens d'Iéna tinrent un langage analogue : NeceS' sitatem operum adsalutem urgere^ aut, cum eam aniesparserint, noUedimnare prorsus est fapistica arliculi jusiificaiionis corruplela. Non enim illi jam tiilcû peignant de mt^rito^ quod ciiam ipsum Intérim totum soU passioni Christi lavgiter ascribH, sed id agunt, ut quaciimque astiitia aut tectura in justifica' iionem opéra implicent aique immisccant. Injicietur vcro perinde hoc corruptela conscieiitiis laqucus, ut aliis papisiicis. Sic enim peccutor ratiociuabitur : Bo7ia opéra sunt adeo mcessarta ad salutem , ut sit impossible, qwmquam sine ei$ salvari; ego nulla bona opéra hubeo et perditc hactenus vixi ; ergo impossibile cft me salvari. Hic conscientinrum laquens aut Satanœ sgllogismus est doctrinam islam defendcntibus prorsus insolubiUs, torqueant se, qaocuinque dcmum modo velint. Qaare hoc dogma omnino papisticam c irruptelam ariiculijuitiflcatioiiis coniiitel. [Scriptum Jtnensiiim iheologorunx ad ducem Wirtembergensem de synodo cogcnda 1560; in Cad. Polling. 170, a, f. 15, a.)

• Voy. Schlûsselbourg, va, 68, «68.

472 OPINION DE FLACUiS

opérée par la Réforme dans la doctrine chrétienne, on appliquait à chaque dogme comme ce besoin critérium., examinant quel degré de consolation on y pouvait puiser. En partant de ce principe, il était certainement plus rassurant et pkis commode de faire dépendre le salut uniquement de l'acte de foi ou de confiance, et de repousser l'idée que les bonnes œuvres sont nécessaires pour le salut. Les théologiens ne manquèrent pas non plus de mettre en avant ce grand nombre de pécheurs qui n'ont fait aucune bonne œuvre toute leur vie durant, et qui nécessairement tomberaient dans le désespoir à la fin de leur vie, si on lôur disait qu'il n'y a, pour celui qui n'a pas de bonnes œuvres, aucun espoir de parvenir au salut; ainsi parle, entre autres, Flacius :

« Il nous faut maintenir notre doctrine, afin de ne point amoindrir la gloire de Jésus-Christ, qui est venu pour sauver les pécheurs, c'est-à-dire les pires gens, ceux qui manquent de toute espèce de bonnes œuvres. — L'autre raison c'est que, si nous ne voulons enserrer la conscience dans les lacs pernicieux du désespoir, il nous faut croire à quelque chose de certain qui ne puisse être révoqué en doute, à savoir, qu'à quelque heure qu'un pécheur, tel méchant et mauvais qu'il soit , soupire ou se réfugie en Jésus-Christ par la vraie foi, bien qu'il n'ait pas la moindre bonne œuvre, Dieu néanmoins oublie tous ses péchés, et le conduit, non pas au jugement, mais tout droit de la mort à la vie, comme le plus juste des hommes. Car la justice et le salut sont tout autre chose que nos bonnes œuvres. Pensons aux petits enfants qui rendent l'âme aussitôt après leur naissance, et à d'autres gens qui, après avoir mené tout le temps de leur vie et jusqu'au bout une conduite infâme et honteuse, ont été cependant convertis au moment suprême. — Major agit en vrai sophiste lorsqu'il met en avant les exhortations à une vie honnête, les menaces et les pro messes, qui viennent presque toutes de la loi. Il peut bien arriver que le docteur crie, que non-seulement les bonnes œuvres, mais aussi une obéissance complète ou un accomplissement de la loi est nécessaire pour le salut, attendu qu'au jour du jugement Dieu donnera à chacun selon ses œuvres. Mais tout cela s'accomplit de cette manière que, Jésus-Cbrist et son Evangile venant, tous ces elfrayants fantômes, toutes ces menaces, toutes ces promesses de la loi s'évanouissent. La justice de Jésus-Christ, qui nous est puissamment imputée, nous rend plus blancs que neige *. »

* T\\)sn adinon, de c.ivcndis plu~qu;.m papi:!. eiror. Majoris. E. h s."..

SLll LE MAJORISME. 473

a II est certain que dire : Ceci est nécessaire pour telle ou telle chose, c'est absolument comme si on disait : Ceci est une cause ; ou bien : Par telle ou telle œuvre ou opère telle ou telle chose. Ainsi quand, pour complaire aux papistes, ils disent dans leur Intérim : Les œuvres aussi sont nécessaires pour le salut, au lieu de dire : La foi seule est nécessaire, c'est comme s'ils disaient : Nous sommes aussi sauvés par les œuvres. — Mais comment sera sauvé celui qui toute sa vie, jusqu'à son dernier soupir, a vécu dans le péché, et qui alors, au dernier moment, voudrait bien s'attacher à Jésus- Christ, comme il arrive à beaucoup de gens sur leur lit de mort ou au pied du gibet? Comment doncMajorconsolera-t-il et rassurera-t-ii ces pauvres pécheurs et pécheresses? Dites, pour l'amour de Dieu, n'est ce pas là une doctrine maudite et impie, désastreuse pour les consciences? Sans doute on a raison de dire au pécheur, après lui avoir donné Tabsolulion : Allez et ne péchez plus, faites de véritables fruits de pénitence, faites luire vos bonnes œuvres, etc.; mais quand donc fera-t-il des fruits de pénitence ou des bonnes œuvres nécessaires pour le salut, celui qui dit adieu à la vie et meurt i. »

L'expérience et la voix du peuple ne tardèrent pas à venir contirmer les assertions des antagonistes de Major. Beaucoup de moribonds, au rapport de Wigand^ s'étaient plaints amèrement d'être horriblement tourmentés et troublés par cette préteîUion nouvelle et inouïe dans l'église luthérienne, attendu qu'ils ne découvraient point en eux de ces œuvres soi-disant nécessaires pour le salut, et qu'ils pussent produire devant le tribunal de Dieu; qu'ainsi ils perdaient les bienfaits de Jésus-Christ, si ces bienfaits seuls ne suiTisaient pas, et qu'il fallût encore^des œuvres pour assurer leur salut*.

* Flacîui Illyricus xrider d. Evangelisten d. hcil. Chorrocks Geitz Major, C. — Dans le Mémoire c!e pacification prés* nié en 1557 au duc de Mecklenbourg {Corp. Réf. ix, 98) il est dit à ce svjvi : Tclra conscientiarum carnificijia sunt, et pavidos ad dcsperationem adigunt kœ senlcntiœ , quœ affirmant, bona opcra ad scdutem neccssaria esse, et impossibile esse qucmquayn sine bonis operibus saUari. — L'année d'après, les théologiens de Meckitn bourg déclarèrent que « pour la consolation de ceux qui de leur vie ne se sont convertis 'a Dieu, qui iront jauiais fait de bonnes œuvres, et qui cependant se convertissent ù leur heure dernière, et pour qu'ils ne soient point livrés au désespoir, il faut enseigner qu'on ne doit se fier et compter que sur la seule miséricorde de notre Seigneur Jésus-Christ et non sur les bonnes œuvres, et que les honnes œ^uvres ne sont point nécessaires au salut, non-seulement rotlone meriti, mais aussi, quant aux œuvres extérieures, ratione prœscniia} (Salig. iir, 370). —Vov. aussi (Schlussclbourg, vu, 165) la décluraliou d'Erhard Sciinepfj Ihéoiogien d'Iéna.

^ Sc!i!us:c!bourg, vu, 72.

474 MAJOR ACCUSÉ DE lAVOlUSEll LE PAPISME;

Un reproche écrasant pour Major, c'était que par sa doctrine des bonnes œuvres il favorisait le papisme, et lui donnait raison contre Luther sur un point aussi important. Dans l'écrit qu'Amsdorf avait publié contre lui, il disait : « Celui » qui enseigne et prêche que les œuvres sont nécessaires » pour le salut est un pélagien, un mamelouk, un renégat. » Oui, je l'écris, je l'ai écrit il y a dix-huit ans, ici, à Mag- * debourg, contre les docteurs Mensing et Rotebard^ et avec » l'assentiment du docteur Martin Luther, de sainte mémoi- » re, et je l'écrirai toujours de même, en dépit du diable et » de Georges Major, les déliant de renverser celte vérité, et » je dis que les bonnes œuvres ne sont pas nécessaires pour » le salut. >• — « Depuis le temps de saint Paul, il n'est venu » personne sur terre qui ait égalé Luther, et de même qu'il » a réfuté et renversé puissamment par la parole de Dieu » toutes les erreurs et hérésies, de même il a détruit parti- » culièrement la première et la dernière, la pire et la plus » pernicieuse des hérésies, celle qui prétend que les bonnes » œuvres sont nécessaires pour le salut ^. » — En vain Major s'efforça-t-il de se soustraire à ce soupçon en déblatérant, à la façon de Luther, contre la manière dont les catholiques envisageaient les bonnes œuvres. ^ Dès que tu » comptes, » disait-il par exemple, « sur tes propres œuvres, » tes propres mérites et ta propre satisfaction, Jésus, le Fils de >♦ Dieu, n'est plus ton Jésus. — C'est pourquoi, dès que tu » aperçois un papiste, fais le signe de la croix, et figure-toi » que tu vois le diable en personne, qui ne veut pas que Jésus » soit son Jésus, qui le repousse et le rejette, qui veut être » lui-même son propre Jésus, et être assis à la place de Dieu. » C'est pour cette raison que le papisme est la dernière abo- » mination et l'abomination des abominations s. »

Du reste, sa doctrine sur la nécessité de l'obéissance ou des œuvres n'était pas le seul motif qui appelait sur Major tant d'attaques et d'anathèmes. On s'aperçut que, d'accord avec Mélanchthon, il faussait et altérait encore, sous d'autres

* Deux théologiens calholiques.

* Voy. Préface d'Amsdorf à Tédition des œuvres de Luther, publiée à léna. ' » Major : Eine Trostschrift und Eerinnerung von dir xvahren und faltchen Kircke. K,

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