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DÉBATS ET RÉSOLUTIONS A COSWICK

Janchthon ne voulait éviter que l'expression et ce qu'elle renfermait de trop ouvertement contraire à la suffisance de la foi seule, mais qu'il ne voulait pas sacrifier la chose ellemême, à savoir, que l'homme ne parvient certainement point au salut, s'il ne s'applique aux bonnes œuvres. En effet, Mélanchthon essaya de faire passer cette formule : « Celui qui » veut être sauvé, doit avoir le commencement de l'obéis- » sance ou la charité; » mais les luthériens virent fort bien que c'était reproduire la proposition de xMajor habillée d'autres termes, et ils repoussèrent également cette formule K

La question majoriste,' et quelques autres devenues litigieuses, furent débattues à Y assemblée des Princes, qui se tint à Francfort en 1558, et où se réunirent aussi un certain nombre de théologiens protestants, dans le dessein de délibérer sur les besoins de leur église et de trouver enfin un moyen do mettre un terme aux querelles. Mais les théologiens qui assistaient à la réunion n'inspiraient pas une entière confiance. On fit remarquer^ que ceux de Souabe étaient favorables à i'osiandrisme, ceux de Hesse au zwinglianisme, ceux du Palatinat au majorisme, et que les autres, à l'exception de Gallus, étaient des gens présomptueux , dévoués uniquement à leurs opinions prirées, la plupart courtisans, adulateurs et complaisants ^. Enfin on tomba d'accord de proclamer le moyen terme de Mélanchthon; on déclara qu'il fallait conserver cette proposition : « La nouvelle obéissance est néccs-

* Ainsi ilulter, parmi les sept (Mieurs de Mélaiichllion louchant la justification, met au sixième rang daiis son énuméralion : Opcrum nécessitas ad saLutent adstruitur in loco de justifient, in réfutai. 18 argumenii adversariorinn, his verbis : Dicimus oporfere in salvandis exisiere pœnilenliam, fulem inchoatam, obedientiam seu dilcclionem (Conc. conc. p. 3/i7). — Flacius, de son côté, dit : € Beaucoup de choses, qui n'ont rien à voir au salut, sont pourtant né- « cessaires à un homme qui doit être sauvé, telles que la tôle, les pieds, Tcsto- » mac, la nourriture, la boisson, voire un autre endroit que j'ai fiiilli nommer. » {Admon. de Cav. error. Maj. P. 2.) — Schlûsselbourg; cite comme une hérésie de Major la proposition louchant la nécessité des bonnes œuvres pour Thomme qui veut être sauvé {Catal, hœret. vu, 50). — Chemnitz trouve déreclueuse cette proposition : Bona opéra sunt necessaria salvandis (Unschuld. Nachricht; 1711, pag. 896).

* Voy. dans Salig. m, 276, leUre d'un théologien de l'Assemblée, Hartmann Beyer, suivant la supposition de l'éditeur.

* Des chiens muets (Stumme Ilunde) , qualification injurieuse qu'on appliquait aux prédicaleurs qui se conlenlaient de prêcher les préceptes sans reprendre \ei vices. OV. du T,)

m A FKANcroiiT. 489

saire, •• mais qu'on i/ajouterait point ces mots « pour le salut, »» parce que cette addition pouvait s'interpréter dans le sens d'un mérite, et nuirait ainsi à la doctrine de la grâce i. Mélanchthon rapporta à cette époque qu'un Anglais lui avait dit à quel point les nations étrangères étaient scandalisées de ce que les théologiens d'Allemagne doutassent encore ou niassent même que les bonnes œuvres fussent nécessaires pour le salut. « C'est une honte et un péché, * lui avait dit cet Anglais, « que dans l'église on mette encore en question

• si la proposition : « Les bonnes œuvres sont nécessaires » pour le salut, » est vraie; car il y a pourtant une différence

• entre nécessité et mérite*. »

Cependant la querelle durait toujours, et les luthériens rigides ne se montrèrent point satisfaits de la décision de l'assemblée de Francfort. Le nom de Major était alors tellement exécré, que Heshusius, dans une confession publique, témoigna qu'il se repentait de l'abominable péché qu'il avait commis alors qu'il s'était laissé donner le titre de docteur « par cet opprobre de la théologie ^ » Mélanchthon lui-même, jusqu'au jour de sa mort, se vit accusé de nombreuses altérations dans la doctrine de la justification, et le même reproche s'adressa à toute l'école de Wittenberg. On mettait à leur charge d'avoir offert aux prélats catholiques, Jules Pflug et révoque de Meissen, lors des conférences de Pégau, d'abandonner le mot sola * ; d'y avoir dit aussi que nous sommes justifiés principalement par Jésus -Christ; d'avoir toujours dit, dans l'Intérim de Leipzig et dans d'autres écrits, lorsqu'il s'agissait de la justificalion parla foi : La foi, à laquelle la chalité, l'espérance et les autres vertus sont inhérentes, justifie,» ce qui correspond évidemment à la doctrine papiste, que nous sommes justifiés par la foi formée par la charité, ou par

' Struve; Hislohe ecclés. du Pdlaliuat, pap:, (îo.

' Salig. m, 395. — 3 L. c. lu, 437.

* Ainsi on lit dans la li!>te des altérations, piésenlée par Flacius el ses adh*^renls : ÀrticulumjustificationismuUijAiciter corrup rinsf. Primvyn abjiciendo pardciihm sola, (juain dm in lectionibus. conciotubus el scriptis reiicuerunt, et diserte cum episcopis ]\Jis}iensi et P/lagio in Begcnsi cotwentu contulerunt, quod de loce sola ceitare twllenf^ quod scriptum Philippus in manus dtdit lU.yrico^ jubens sibi describi exemplaria spargetnta^ de quo etlam errore ci adjunetis scquenti dielVyriciis coran> modeste c a m di-vi. Plnlippo exposiulm'iî (Cad. Ger. 1314. /'. 217. b.].

490 ACCUSATIONS COISTKE MELA^CHTHOIN.

la foi et les bonnps œuvres. C'est aussi pour cela, disait-on, qu'ils avaient en'.ièrement passé sous silence, dans la n^^me occasion, la justice imputaîive, ou confondu, comme iMajor, la justice imputative avec la justice inliérente. Ce même Major avait distingué dans ses écrits un double salut, le salut de la vie présente, qui s'acquiert gratuitement par la foi, et celui de la vie future, qui doit êlre obtenu par une lutte légitime ou par la nouvelle obéissance, et personne, à l'Université de Witlenberg , ne s'élevait contre cette erreur. De plus, Mélanclithon avait dit en plein consistoire, à l'osiandriste Artopœus, que la grâce et le don par la grâce, ou la justice et le renouvellement, sont une seule et môme justice*. Eiiiin, Major soutenait que la justice, ou le salut devant Dieu, est embrassée par la foi et par la confession. — Toutes ces accusations, tous ces reproches remplirent l'âme de Mélanchthon d'un ressentiment amer qu'il laissa éclater encore peu de temps avant sa mort; le livre de Confutation de Weimar, qui venait de paraître, condamnait l'assertion de Menius, que les bonnes œuvres servent à la conservation de la foi, ce qui fit dire à Mélanchthon qu'il reconnaissait bien à ce trait la sophistiquerie malicieuse et la théologie antinomiste de ces pourceaux, l'un d'eux lui ayant même écrit, quelques années auparavant, que Dieu ne se met point en souci de nos œuvres 2. L'horreur de toute pbrase ou tournure, susceptible d'établir un rapport quelconque entre l'obéissance ou les bonnes œuvres de l'homme et la vie éternelle, 'devenait cependant, d'année en année, plus intense, plus profonde et plus générale dans toute l'étendue de l'Allemagne protestante. Jusqu'alors il avait semblé parfaitement innocent à beaucoup de théologiens luthériens, de soutenir que la foi est conservée par les bonnes œuvres, et que celles-ci, par conséquent, sont au moins indirectement et médiatement nécessaires au salut. Mais depuis la querelle suscitée par Menius, on trouva qu'il fallait repousser même cette doctrine, si l'on voulait conser-

* Pliilippus in Consislorio ad Peirum Jriopœutn^ Osia7idrista7n^ clare affirmavitj gratiam et donum per gratiam, et jitstitiam et novitatem esse unam et eamdem justitiam, et hanc sententiam Jrlopœus^ ut ipsemet nobis dixit^ obviis^ (juod aluni, ulnis ampUxus secum omnino consent ire confessus est. L. c.

* Saiig. !ii,4»l.

QUERELLE SLR LA COiNSËRV. DE LA FOI PAR LES OKLNRLb. 49 1

ver intact l'article de lîi justification. Le livre de Confutation rénumère parmi les pernicieuses erreurs papistes de Major, disant « qu'elle donne occasion aux chrétiens de se confier en leur orgueilleuse présomption et dans leurs propres œuvres et leurs propres dons.» Wigand déclara que celte doctrine touchant la coiservation de la foi, ou du salut et de la justice, par les bonnes œuvres, est une désolation et un tourment pour les consciences; car la conscience, d'après lui, ne peut jamais se reposer sur de bonnes œuvres, qui sont toujours extrêmement faibies et chélivrs et souillées de mainte manière, de sorte que les hommes vivraient dans une perpétuelle incertitude et tomberaient aisément dans le désespoir*. Dans un écrit publié ad hoc en 1570 2, Wigand soutenait en outre que ce dogme de la conservation de la foi et du salut par les bonnes œuvres est venu de l'ofiicine de l'Antéchrist, autrement dit des catholiques, et que, pour cette seule raison déjà, il faut le repousser.

Nouvelle querelle sur cette question ! nouvelle scission entre les théologiens protestants ! Sarcerius, qui jadis avait fait imprimer que les bonnes œuvres servent à conserver la foi chez l'homme, publia une rétractation, où il déclarait qu'il avait reconnu que celte assertion avait beaucoup trop d'affinité avec l'abominable doctrine de la nécessité des œuvres pour le salut. D'autres, au contraire, notamment Selnekker, continuaient à maintenir cette proposition comme exacte et vraie. Les flacianiens lui ayant reproché, dans les Actes du Colloque d'Altenbourg , d'avoir défendu cette erreur : « Les bonnes œuvres que le Saint-Esprit opère lui-même dans les fidèles sont nécessaires pour la conservation de la foi , » il répondit dans sa défense que Luther lui-même en avait dit autant dans sa Postille, et après lui Urbain Regius, Brenz, Gui Dietrich; que, dans leurs écrits, on rencontre souvent ces expressions : Conservare Chrùtum per obedientiam , retinere Christum bona agendo^. Chyfrœus essaya également de mettre cette doctrine en crédit parmi les luthériens. Aussi était-il dit dans la Concorde souabo-saxonne et dans la Formule de Tor-

' l'Vigandi argumenta de nccess. bon, operiim adsai. F. 4.

' Voy. Schliisselbourp:, vu, 676, etc.

* Réponse de Selnekker à la calomnie des flacianiens. L. 5.

492 PALINODIE DE SELWEKKEn.

gau : ■ Quelques-uns fout valoir celte opiniou vraie et ehré- » tienne, que nous devons faire des bonnes œuvres, afin que » nous ne perdions point, en vivant dans une oisiveté stérile >» et selon la chair, la foi, ni la justice et le salut qui nous sont » acquis par Jésus-Christ seul, donnés par pure grâce et reçus » uniquement par la foi, mais que nous les conservions par la » grâce et la vertu de Dieu. » Mais Wigand et Heshusius protestèrent. C'était, disait le premier, se tromper et introduire une doctrine nouvelle, de prétendre que nous devons faire de bonnes œuvres pouf conserver la foi et la justice. On ne peut, disait le second, indiquer cela comme une raison de faire des bonnes œuvres ; car sans cela il est impossible de ne pas attribuer aux œuvres une valeur causative par rapport à la justice et au salut; la proposition est dangereuse *. La question de savoir si cette proposition de Mélanchthon, Chytrseus et autres : « Les bonnes œuvres sont nécessaires pour conserver la foi, » devait être conservée, fut agitée dans un synode tenu à Kœnigsberg en 1567. Elle fut résolue négativement, attendu que, * si cette proposition : a Les bonnes œuvres sont nécessaires pour conserver la foi, » était vraie, il faudrait aussi admettre cette autre proposition ; « Les bonnés œuvres sont nécessaires pour le salut ; ^ or, celle-ci étant fausse, l'autre doit l'être également^. »

Enfin la Formule de Bergen trancha cette question définitivement pour tous les luthériens orthodoxes. Les conférences duraient encore lorsque Zanger reprocha à Selnekker d'avoir défendu la proposition que les bonnes œuvres sont nécessaires pour le salut. Mais, depuis lors, Selnekker avait adopté les idées de Sarcerius, ou bien il voyait de quel côté penchaient les orthodoxes ; il s'excusa donc de son mieux, et promit d'abandonner la proposition K On déclara donc dans la Formule de Concorde que « la justice reçue par la foi, ou encore la foi elle-même, n'est conservée ni entièrement ni en partie par nos œuvres ; qu'avant la présente querelle, il est vrai, quelques purs docteurs avaient usé de ces sortes d'expressions dans l'interprétai ion de la sainte Écriture ; mais

' Ex tnainiscripto, cliez Trier, pag. 403.

* Harlknoch, Hist. eccli^s. de Prusse, pa;j. 42/j.

^ VoT, ci-dessiK, lom. ii, pag. 326.

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