‹ La réformeChapitre 240 sur 270 · ON COMBAT MEME LA SIMPLE IVÉCESSITÉ DES OELVEES · texte numérisé non relu

ON COMBAT MEME LA SIMPLE IVÉCESSITÉ DES OELVEES

qu'ils n'avaient nullement voulu, en le faisant, confirmer cette erreur des papistes. »

On ne pouvait manquer, dans le cours de cette controverse, d'attaquer également ceux qui soutenaient la simple nécemté des bonnes œuvres^ sans aucun rapport direct avec le salut. Nous avons déjà vu que beaucoup de luthériens ne s'arrangeaient de cette nécessité qu'en faisant une réserve qui la rendait complètement illusoire, à savoir, qu'elle n'existe que dans la doctrine de la loi, mais non dans l'Evangile. Plus d'un, sans doute, tout en se rendant compte des conséquences qui ressortaient de cette proposition, était cependant retenu par la crainte que le peuple, si on lui prêchait l'inutilité complète des œuvres et de l'obéissance, n'achevât de se plonger dans l'abîme de l'indifférentisme moral ; ou bien ils voulaient éviter de donner plus de consistance encore au reproche si souvent jeté à la doctrine protestante , d'être la cause de l'immoralité générale par les [fruits qu'elle produisait. Toutefois, il y eut des théologiens que cette considération n'empêcha point de nier positivement la nécessité des bonnes œuvres, même sans cette addition « pour le salut. » Agricola, comme nous l'avons déjà dit *, était de ce nombre. En 1562, Eusèbe Menius se plaignait à Wittenberg de ce qu'on flattait le peuple, déjà trop friand de pareils mets, en assurant que les promesses de la grâce et du salut sont absolues et sans conditions, et qu'on ne doit pas les remettre en doute en ajoutant la condition d'une obéissance nécessaire '. Sur ces entrefaites, Muscvlus , à Francfort-sur-l'Oder , avait avancé qu'il ne sutîisait pas de condamner le majorisme, ni de déclarer que les bonnes œuvres ne sont pas nécessaires pour le salut, mais qu'il fallait îiussi condamner les whiorùles, c'est à-dire ceux « qui veu-

* V'oy. ci-dtssus, tom. ir, pag. 1G3.

^ Postca, itt comiueudan blatuliim incunlœ el stolkhc multifudint , qitte laxari Ubertniem lœtuluv, alits scu blandifits scu deliciis conditam ins'iiienl et imprimant efficacius, hune etiam paralogismum , tamjnam ccelitux demisstim oraculumjacltlant, el sivguUs propemodttm paginis et lincis infarciiint, et ampuUis verhorum scsquipedalium cxornatum et involuUim renditaut : impossibile est^ promissiouctn cerlam cssc, cumqua pouitur cotidltio abedienfiœ necessariœ (Euseh. Menti oratio de vifa Jac. Milichii. Witeberg. 1562.

i94 QUERELLE DE MUSCLLUS

ïent diminuer ( minoriren ) et abréger cette doctrine, et insister seulement sur la nécessité des œuvres *; » ceux-là aussi, disait-il, abusaient de l'Evangile ou en corrompaient l'esprit. Au rang de ces minoristes, il mettait particulièrement son collègue Abdias (ou Gottschalk) Praetorius, mélanchthonien, qui avait été chargé, comme lui, de donner son avis sur les décisions de l'assemblée des princes tenue à Francfort. Musculus déclara d'abord, en chaire, que ceux-là sont dévolus à Satan, qui enseignent que la nouvelle obéissance est nécessaire ; qu'un diable vaut l'autre. Dans un autre sermon il dit : « Le;? bonnes œuvres sont nécessaires pour le salut, et : Les bonnes œuvres sont nécessaires, mais pas pour le salut ; ■ — ce sont deux hauts-de-chausse de même drap.* En môme temps il accusait ses adversaires, « les minoristes, »» démêler à la justification les bonnes œuvres ou la charité ^ Nous avons raconté ailleurs * quelle influence cette querelle exerça sur l'Université, qui put dater de cette époque sa décadence totale. Dans un livre spécialement consacré à « la liberté des bonnes œuvres, » ayant pour épigraphe ce texte de l'Epître aux Galates : « Demeurez constamment dans cette liberté qui nous a été acquise par Jésus-Christ, » Musculus démontra que tout ce qu'on avait coutume de citer comme cause et comme but de la nécessité des bonnes œuvres , ou ne démontre point cette nécessité, ou démontre d'une manière tout aussi victorieuse que les œuvres sont nécessaires pour le«alut; qu'en outre, du moment qu'on déclare les bonnes œuvres nécessaires, il est dans la nature des choses que cette nécessité implique mérite, par quelque subtilité qu'on s'efforce d'écarter cette conséquence \ Toutefois, ce n'était point Musculus tout seul.

* Musculus, vom MUsversland des EvangpUums. J. 3.

' t Et , de même que le loup ne se peut jamais déjçuiser si bien de la peau de moulon que l'on ne puisse le reconnaître à ses griffes, de môme les minoristes se trahissent en faisant imprimer pubiiquement que dans la justiGcation doivent être ( emprises la foi et la thariié. » (L. c. J. k')

3 Voy. ci-dessus, tom. ii, 38/i.

* Voy. Endlicher Bericht A. Prœtorii (avis final de Praelorius) ; 1563. pp. 160, 163. — Page 3i9, il e>l dit que, dans une dispute soutenue à Berlin, quelqu'un avant opposé à Musculus l'autorité de Mélanchlhon, Musculus aurait répondu : Philij.pus est un patriareha omnium hœreticorum.

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