‹ La réformeChapitre 24 sur 270 · SATAN SOUS LA FIGURE DU CHRIST · texte numérisé non relu

SATAN SOUS LA FIGURE DU CHRIST

pour chasser le souvenir de cette superstition et pour la vaincre par les meilleurs raisonnements, il avoue qu'elle revient toujours. Aussi envie-t-il la génération nouvelle qui, grandissant dans la nouvelle doctrine, trouvera ceci plus facile et sera exempte de pareilles luttes *.

Ce fut une des idées favorites de Luther, que le démon, se présentant à l'homme sous le masque du Christ, l'effraie et le tourmente en se donnant pour un Christ législateur et maître ^ Chaque fois que l'homme se figure le Christ comme un juge et un législateur, qui lui demande compte de sa vie, il n'a qu'à croire fermement que ce n'est pas là Jésus, mais un démon furieux '.

« Le Christ, dit-il, n'est pas un créancier qui vient exiger quelque chose de nous, c'est, au contraire, un réconciliateur qui réconcilie avec Dieu tous les péchés de ce monde. C'est pourquoi, si tu es un pécheur, comme en vérité nous le sommes tous, ne va pas, sous peine de la vie, te figurer Jésus-Christ assis sur l'arc-en-ciel et jugeant le monde; mais saisis-le sous sa véritable et réelle image *. »

Il avoue pourtant lui-même que cette idée de Jésus-Christ, nous demandant quelque chose et nous jugeant d'après nos actes et notre conduite, est si profondément enracinée chez l'homme, qu'on a une peine extrême à s'en défaire entièrement ; notre conscience, dit-il, jurerait mille fois que ce sont les paroles et le langage du vrai Christ lui-même , dont le diable use pour nous épouvanter ^

L'idée qui sert ici, comme le plus souvent, de point de départ à Luther, est que le mal le plus grand et le plus gé-

1 Comm. in Galat. Francof. 1543, f. 155. Valde difficile est, in tanta eliam luce Evaiigelii, lioc modo, que Paulus liic solet, Chiislum definire. Adeoista doctrina et pestilens opinio de Cliristo legislalore inlravil ut oleum in ossa mea. Vos juniores multo feliciores hac in parte estis nobis senibus. Non enim imbuti estis pestilentibus illis opinionibus.

2 Comm. in Gai. éd. Irmiscber, i, 261. Discamus igitiir diligenter discernere non ^erbo tantum, sed opère et vita Cliristuni a législature, ut, veniente diabolo sub larva Chrisli et fatigante nossub nomine ejus, sciamus, eura non esse Chrislum, sed vere diabolum.

' Coram. in Gai. éd. Irmischer, ii» 299. Si Christus specie irati judicis aut legislatoris apparucrit, qui exigit ralionem Iransactae vitae, ccrto sciamus, eum fiuiosum esse diabolum, non Christum.

* Éd. Walch. VIII, 1G19, — * L. c. pag. 1621.

48 SAÏAIS sous LA FIGCIIE DU CHRIST.

néral, celui qu'il faut combattre de toutes ses forces, consiste en ce que les hommes se mettent trop en souci de leurs péchés; que l'atTermissement delà confiance, la certitude consolante de la rémission et du salut, et nullement l'amendement, la renonciation au péché, sont l'afFaire capitale de toute la religion, le point auquel tout le reste se rapporte et se lie, le fait qui domine tout l'ensemble. Aussi n'épargnet-il aucune peine pour inculquer à ses lecteurs que le l)ut essentiel de toute la mission de Jésus-Christ sur cette terre fut précisément de nous gratifier de cette consolation :

« Bien que Jésus-Christ exphque quelquefois la loi, ce n'est pas cependant sa propre et vraie fonction , pour laquelle il a été envoyé par son Père *. — Moi (Jésus-Christ), je n'effraie pas les gens, comme fait Moïse, je ne proche pas : Faites ceci, faites cela ; je prêche la rémission des péchés , je prêche qu'on n'a seulement qu'à prendre, à recevoir, et non qu'on ait quelque chose à donner ^. — Le diable , interprétant ces paroles : « Je suis la voie, la vérité et la vie, » prétend qu'il faut les entendre en ce sens que Jésus - Christ nous a donné de bons avis et des commandements pour nous enseigner comment nous devons nous conduire, ainsi que de bons exemples, qu'il veut que nous suivions, afin de trouver le vrai chemin du ciel , si nous accomphssons et faisons ce qu'il nous ordonne ; le diable fait donc du Christ un pur Moïse '\ «

Luther mettait au nombre des plus affreux blasphèmes des papistes d'avoir fait de Jésus-Christ un juge irrité qui accuse et condamne. « S'il te vient à l'idée que Jésus-Christ est un juge ou un législateur irrité contre toi, te demandant compte de ta conduite pendant ta vie, tiens pour certain et pour vrai que ce n'est pas là le Christ, mais l'enragé démon en personne. L'Ecriture nous peint le Christ tout autrement, à savoir, comme notre réconciliateur, notre médiateur et notre consolateur *. »

4 L. c. pag. 1620. — '2 L. c. \i, 2914.

s L. C. VIII, 58. — Coram. in Galat. Franco f. d5/jo, f. G9 : Quumquam hoc meridiana luce clarius sit, taraen tanta fuit Papistarum demenlia et caccitas, ut ex Evangelio legem cliaritati.s, ex Clirislo legislatorem fecerint, qui graviora prœcepta tulerit, quoin Moses ipse. Sed Rvangeliura docet, Christuin non venisse, ut fejiet novam legeiii, et Iraderet praecepta de nioribns, sed ideo venisse dicit, ul hostia fieret pro peccalis loliiis miindi.

* f:d. Walch. vni, 2(^0li.

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