‹ La réformeChapitre 241 sur 270 · ET DE PR.'KÏORIUS · texte numérisé non relu

ET DE PR.'KÏORIUS

c'était un parti tout entier qui, d'accord avec lui, aiiaquait dans la Marche électorale Praetorius et les autres mélanchthoniens qui pensaient comme lui. On reprochait à Prœtorius de ne jamais parler que des œuvres, au lieu de la foi qu'on doit seule prêcher. Le facere, disait on, doit être relégué dans l'Ancien Testament, et n'a que faire dans le nouveau ; enseigner le facere, autant vaudrait enseigner le Marcolphus et ruiespiegel* ; une seule chose est nécessaire, c'est d'entendre (la prédication de la foi); le facere est une invention du diable, et tous ceux qui l'enseignent lui appartiennent. On reprochait en outre à Prsetorius de soutenir la nécessité de la prière, qui « n'est pas une œuvre de l'homme, mais un esprit répandu sur la maison de David '. »

Une lettre de Praetorius à l'électeur de Brandebourg fait voir comme on était toujoursramené, par la théorie luthérienne de la justification, à écarter l'obligation impérative contenue dans la proposition de la nécessité des œuvres. Quelques-uns s'expliquaient cette nécessité en disant : Les bonnes œuvres ne sont nécessaires que parce que l'homme justifié les fait; et quand il les fait, elles ne lui sont pas demandées comme une chose exigée de Dieu ; car sans cela elles seraient une condition établie par Dieu, partant, nécessaire pour le salut ; mais il les fait de lui-même, c'est-àdire comme effets naturels de sa foi. C'était ainsi encore qu'ils interprétaient cette expression de Mélanchthon, que l'obéissance est nécessaire à cause de l'ordre divin : C'est, disaient-ils, l'ordre établi par Dieu que l'homme fasse de bonnes œuvres ; c'est-à-dire, il les fait de lui-même, et c'est là précisément l'ordre établi par Dieu, qui a arrangé les choses de manière que le fidèle fasse de bonnes œuvres spontanément et sans aucune contrainte.

La querelle que Musculus et Praetorius agitaient à Francfort s'étant transplantée à Berlin , où le prieur BuchhoUer embrassa le parti de Praetorius et Agricola celui de Musculus, rélecteur Joachim en prit connaissance à son tour et n'hésita pas à se déclarer. Ce prince qui, vingt ans aupara-

' Livre très-populaire, sorte de roman facétieux plein de farces grossières. ' Eudlicher Beiicbt Praîlorii, pag. 3^2, etc.

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vant, avait dit à son représentant pour le Colloque de Ratisbonne de lui rapporter le sola ou de ne point revenir, ne balança pas un instant à prendre parti pour le théologien qui développait de la manière la plus pure et la plus complète le système de Luther, et n'en gâtait point le caractère consolant en y mêlant une nécessité des bonnes œuvres. En 1563, il déclara publiquement « qu'il tenait la doctrine de Musculus pour la vraie doctrine et l'approuvait publiquement. » En disant ces mots, il leva sa canne comme s'il voulait en frapper Buchholzer au visage, et le quitta fort irrité de ce qu'il se fût laissé séduire par Praetorius. En partant, il lui dit encore : « Messire Georges, je veux tenir bon pour la doctrine de Musculus ; je recommande mon àme à Dieu après ma mort , mais la vôtre au diable avec votre doctrine de Gottschalk. » Buchholzer ayant remis une remontrance, Joachim écrivit au-dessous : « Celui qui enseigne cette proposition : Bona opéra sur)t necessaria seulement, celui-là blasphème et renie doctrinam de Fillo Dei, PauluWy Lutherumy et est incarnâtes diabohiSj Lucifer, Beelzebub et un séducteur des pauvres gens et mancipium diaboli, et sera éternellement en enfer avec Judas. Kirieleis M »

Parmi les innombrables controverses de ce temps, aucune n'exerça sur la forme et la substance de renseignement religieux une influence plus puissante eî. plus profonde, que cette querelle suscitée par le majorisme. Chacun dut se poser cette question, si les bonnes œuvres sont nécessaires ou non pour le salut ? Chacun dut constamment conserver la réponse dans sa mémoire. Nul prédicateur ne pouvait la tourner, ni l'écarter, ni essayer de garder une attitude neutre dans la controverse qui s'éleva sur ce sujet. La solution de la querelle ne dut pas avoir moins d'intérêt aux yeux des communautés qu'à ceux des théologiens et des prédicateurs. Or, il se découvrit promplcment que le dogme de Major était souverainement impopulaire, et que les doctrines en possession de la faveur publique étaient celles qui nattaient les penchants vicieux et la licence de la multi-

Mïd'er el Kùsier. Berlin ancien et iticderne. i, 299, elc. — SyieMer^ disil. ol lis!. (1;* l'Kglise N. D. à Fraucfort-sni -l'Oder, pag. If^ô.

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