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SERMONS AU SUJET DU M.VJORISME

tude. Les prédicants trouvèrent que, pour conserver la faveur et l'approbation de leurs communautés, ainsi que les émoluments attachés à cette faveur, et pour ne pas compromettre leur réputation d'orthodoxie luthérienne et de protestantisme pur, ils n'avaient qu'à éviter avec le plus grand soin de faire dépendre, en quoi que ce fût, le salut de l'homme de sa conduite morale, et de poser comme condition de ce salut autre chose que la foi. Ils devaient même se garder de recommander avec quelque insistance la pratique des bonnes œuvres, et s'ils ne voulaient pas se voir accusés, par leurs collègues et leurs auditeurs, de renier l'orthodoxie luthérienne, ils devaient s'abstenir de rapporter au sahit, de quelque manière que ce fût, les bonnes œuvres, l'amour de Dieu et celui du prochain. — Nous allons faire voir, par deux exemples, comment on prêchait alors sur ces matières. Dans un sermon prononcé en 1561 par Alexius Prœtorius, surintendant à Meissen, on lit :

« Nous sommes inégalement enclins au bonnes œuvres et aux mauvaises. A faire le mal, nous sommes passés maîtres; mais pour ce qui est de faire le bien, nous sommes pauvres ; voilà pourquoi nous ne pouvons rien gagner. Que vous semble donc de cette consolation, alors qu'on parle ainsi des bonnes œuvres (comme si elles étaient nécessaires pour le salut) ? Le diable d'enfer pourraitil en donner une pire? — Celui qui veut être sauvé ne doit point connaître les bonnes œuvres qu'il aurait faites, n'en tenir aucun compte, et ne se rassurer que dans l'idée que Jésus-Christ est venu pour sauver les pécheurs. — Si nous devons mener une vie chrétienne et nous appliquer aux bonnes œuvres, ce doit être pour éviter que les impies prennent occasion de notre vie coupable pour blasphémer et outrager Dieu. Voilà pourquoi il est bon qu'on fasse de bonnes œuvres. — Nous devons faire le bien, afin que chacun dise du bien de nous , et que nul ne puisse dire : Je l'ai vu faire le mal. Le chef de famille ne doit pas coucher avec sa servante ; voilà de mauvaises œuvres. Il faut que nous fassions de bonnes œuvres, mais elles ne servent point pour le salut à celui qui les fait. On ne doit pas dire Les bonnes œuvres sont utiles pour le salut ; ( ar c'est donner raison au pape et rendre Jésus-Christ inutile *. »

Dans les sermons de Jocœhim Mœriin, sur les psaumes, on lit:

* Voy. Wilisch : Arcan, bihUoih. Anmvberg, p. 271-295.

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498 SUBTILITÉS DES THEOLOGIEîsS.

« Cher! dis- moi quelle horrible abomination peut bien habiter dans la bande de Major ? si nous enseignons que les bonnes œuvres sont nécessaires pour le salut devant Dieu, et qu'il les faut faire pour s'assurer ce sahit quand nous compterons avec Dieu, que dit saint Paul? que les bonnes œuvres alors ne sont plus ni utiles ni bonnes devant Dieu, mais deviennent ordure et dommage. El puis, si les œuvres sont si nécessaires qu'il les faut faire et posséder pour le salut, qu'y fait donc Jésus-Christ? et n'est-ce pas renier toutes ses souffrances et sa mort? — Cher! Major n'enseigne-t-il pas de belles choses touchant les bonnes œuvres et Jésus-Christ? Laissons parvenir cette doctrine à nos descendants ; ne crois-tu })as que cela deviendra une jolie église^ Et encore on ne veut pas laisser châtier une pareille doctrine, ni que personne n'en murmure; sans parler de ce que cette doctrine fait des bonnes œuvres fange et ordure, et en réahté, annule totalement Jésus-Christ K »

On examinait aussi avec soin les maîtres d'école, pour s'assurer qu'ils ne fussent pas entachés de celte hérésie de la nécessité des bonnes œuvres pour le salut '. Maints théologiens cherchaient à se tirer d'affaire à l'aide de distinctions ingénieuses, afin d'éviter, d'une part, les déductions fatales qu'amenait évidemment la suppression de toute connexité entre les vertus de cette vie et le salut de l'autre, et pour échapper cependant, d'un autre côté, au reproche de professer l'hérésie majoriste ; c'est ce que fit, par exemple, Besler , au nom de plusieurs prédicateurs de Nuremberg que ceux de Ratisbonne avaient accusés de majorisme en 15633.

* Sermons de Mœrlin sur les Psaumes. Erfurt, 1580; in, 24.

■ Ainsi, par exemple, dans le pays de Brunswick, on posait aux mnîfres d'école les queslions que voici : Qu, Quid sentis de bonis vperibus, an ad salutem necessaria? Resp. Non sunt necessarla. Qu. Damnasne errores Calvlniatarum? Resp. Damno (Voy. Sclilegel, Hist. de la Réforme, îi, 3A8).

* Objiciiis nobis Mnjorismum et Synergismum. ad quos errores alios ex nobis obmulescere, alius frigide et generaliter cas arguere, dicerc audetis. liespondeo hic meo nominc, me ad necessilalem bonorum operiim ad salât em nuncjuam obmutiiisse, <fuam primum pro mea tarditate crrorem deprehendi. Et sœpe hoc argument um explico et refuto, ubi sic incedunt : Inchoationem esse uecessariam ad satufem; bona opéra seit novitatem in hac vila esse inchoationem ; ergo necessoriam ad saintem , et qnod Philippi fuit : nos salvos esse inerito, e/Jicacia et inchoatione. Talis enim sit voster SaUator. liespondeo c/jtJH, necessarimn e%se Spiriium sanctum in nobis inckoantem fulcm et novitatem, sed non effecius scu ipsam novitatem vel bona opéra. Et multipticaltone illegitima terminornm Ecclesiœ insidias strui aicumqtte inietligo et opptigno pro mearuditate, quotiescumque et uhiciimqiie opns e$t , nec fidem m inchm-

WOLFGAlNTr PERISTERILS. — COLLOQUE d'ALïENBOURG. 499

Un théologien de Kœnigsberg , Wolfgang Peristerius , se fit accuser d'hétérodoxie en soutenant que les œuvres du vSaint-Esprit sont nécessaires pour le salut, lui vain il représentait que la foi, comme on en tombait généralement d'accord, est nécessaire pour le salut, et que, par conséquent, il lui était permis de dire que les œuvres du Saint- Esprit, au nombre desquelles est avant tout la foi, sont nécessaires, etc. *. Son collègue, le prédicateur Morgenstern, le taxa de majoriste du haut de la chaire et en le nommant par son nom. Le surintendant Wolfram^ à Heldbourg, fut également accusé de majorisme, et la mort seule le sauva de la destitution, pour avoir dit que les bonnes œuvres sont déjà présentes dans l'acte de la justitication, bien qu'il accordât qu'elles n'ont aucune inlluence sur celle-ci, et que, d'ailleurs, il condamnât le majorisme -.

Un arrangement ayant été pris par les deux cousins, l'électeur Auguste de Saxe et le duc Jean Guillaume, on essaya encore une fois d'un Colloque pour terminer enfin, s'il était possible, les querelles au sujet du dogcp.e de la justification. Ce Colloque s'ouvrit à Altenbourg, à la fin du mois d'octobre de l'an 1568. Du côté de l'électeur se présentèrent Eber, Salmuth, Freihub, Pierre Prsetorius, Cruciger le Jeune, Schiitz et Moller; du côté du duc, Wigand, Cœlestin, Irenaeus, Rosinus, Bresnicer, Kirchner et Burggrav. Le duc Jean-Guillaume en personne se chargea de diriger les débats. Mais il

iione Spiritiis, seu novitnie operutn, quasi inde aliqua pars salidis existât, scd in lacrilo Christ i faiitum niti dehere, ut sit fides Justificaits, et solajusiificans exclusa non soluni dignitate , scd et ipsa prœ.^eniia opcrum in Justificatione, et avertere oculos mentis ab omni novitate, et solutn meritum C'irisii intueri, necessarium sotum adsatutem; esse synergiam publiée, et ubicumijue opus est, répudia. — (Actes de la Réforme; Gonserv. de INuremb. n" 141).

' Voy. Wolfgang PerisUriiis, courte Confession touchant la juslificalion alla Cène {Kiirze Bekenntniss v. dcr Recfuferiig. u. dem Jbzndmalile]. 1577. B.

' Multum conlendil de prccseutia bonorum operum in actu justificationis, et tamen protcstatur se damnare ex animo Majorismum. — Heshusiiis concluait que d'après cela les bonnes œuvres seraient pourUnit néccssaiies pour Je salur, et que Thomme ne pourrait être sauvé s.ms bonnes cesivres (Voy. Kraus : Hist. du pays de HiUlburghausen, iv, 139, 141).

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