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DES DEUX PARTIS

œuvres et en inculquant son sola^ avait seulement entendu exclure le mérite des bonnes œuvres, leur causalité relativement à la justification, ou s'il avait voulu rejeter jusqu'à la simple présence des bonnes œuvres; cette question souleva un débat qui paraissait interminable. Toutefois, sur celte question, l'avantage était visiblement du côté de ceux d'Iéna ; il était difficile, en effet, de leur enlever le bénéfice de passages tels que celui-ci, par exemple : * Tant que nous aurons à traiter de la justification, nous rejetons et nous condamnons les œuvres, attendu que cet article est ainsi fait qu'il ne peut souffrir aucune discussion touchant les œuvres; c'est pourquoi nous retranchons court et net, en cette affaire, et la loi et les œuvres de la loi. Car il faut que le fiancé Jésus- Christ demeure seul avec sa fiancée, et que tous serviteurs demeurent dehors. Mais quand après cela il ouvre l'huis et sort, alors il convient que valets et servantes accourent et fassent leur office, servant à boire et à manger; et alors seulement commencent aussi les œuvres et la charité *. »

Cependant ceux deWittenberg invoquèrent une conférence qui eut lieu entre Luther et Mélanchthon en 1536, et où Luther sembla répondre affirmativement à la question posée par Mélanchthon touchant la nécessité des œuvres pour le salut ; non, toutefois, en ce sens qu'elles obtiendraient le salut, mais seulement parce qu'elles seraient p)résentes avec la foi qui l'obtient*. Mélanchthon, à l'occasion de la querelle osiandriste, avait fait imprimer cette dispute en 1552; ceux de Thuringe ayant voulu en révoquer en doute l'authenticité, ceux de Meissen l'établirent d'une manière incontestable. Mais ceux de Thuringe, de leur côté, produisirent une dispute de Luther, où, à l'occasion de la querelle entre Mélanchthon et Cordatus, il repoussait la nécessité des bonnes œuvres, et la rejetait hors de son église. Ce morceau n'ayant été imprimé à Magdebourg qu'après la mort de Luther, ceux de Meissen essayèrent à leur tour d'en contester l'origine, mais également sans succès. Leurs antagonistes représentaient en même temps que Mélanchthon s'était en général montré fai-

* Voy. récrit de F. J, Schwarz : De dttpui. iuter Metanckth. et Luthnum super justif. Lipsice, 1783, p. H.

510 CEUX DE TTIURIINGE CONTRE MELAISCHTîION ;

ble et sans consistance dans ce qui touche à la doctrine, qu'il avait trop fait de concessions à l'ennemi, et que souvent Luther avait dû îe retenir et l'empôcher de comnnettre des fautes dangereuses. Ainsi, disaient-ils, il a hésité devant Carlstadt et ses adhérents; il a fléchi dans le temps où il rédigeait la Confession d'Augsbourg, inclinant tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, et se montrant favorable au primat du Pape; Luther a dû le remettre dans le droit chemin à propos de sa doctrine papiste de la nécessité des bonnes œuvres pour le salut. On sait de reste comment, lors de l'Intérim, il fit tant de concessions aux papistes; d'ailleurs les papistes lui ont fait le reproche trop fondé d'avoir si souvent changé, altéré, augmenté ou diminué ses ouvrages, surtout pendant les dernières années de Luther et vers le temps de sa mort. Ensuite ils produisirent, contre les écrits de Mélanchlhon, surtout contre ceux qui sont réunis dans le Corpus DoctrincBy une longue série d'exceptions et de critiques. Entre autres, ils faisaient aux Locice reproche : « Dans l'article de la justification, comme aussi dans sa définition et sa description, il n'est pas fait une mention assez expresse de la justice imputée de Jésus- Christ et de son obéissance à notre place ; et, en outre, on mêle et on introduit dans l'article de la justification, avec des paroles dangereuses, les bonnes œuvres *. »

A ce portrait de leur chef, ceux deWittenberg répondirent par de violentes sorties contre Flacius, Amsdorf et autres. Ils prétendirent que Mélanchthon avait écrit au vu et au su de Luther ce qu'on lui reprochait à cette heure si amèrement. Us racontèrent que quand Mykonius fut envoyé en Angleterre en 1537, Luther et d'autres théologiens de Wittenberg lui recommandèrent de ne pas disputer à propos de la proposition sur la nécessité des œ^uvres pour le salut, de la laisser aux évoques et théologiens anglais, mais toutefois de la bien expliquer. A quoi ceux de Thuringe répondirent que Mélanchthon, il est vrai, avait donné ce conseil dans un écrit remis à Mykonius, mais que les autres n'y avaient point participé, et que Mykonius lui-môme en avait témoigné son mécontentement dans des gloses marginales ^

1 L. c. f. 360. — « L. c. fol. lAO.

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