LA DOCTR. DE CEUX DE THURINGE EST PLUS POPUL
admettaient, eux aussi, comme vérité fondamentale du christianisme protestant, que l'homme n'est justitié et sauvé que par la foi seule; par œuvres de la loi, que saint Paul exclut de la justification, ils entendaient, eux aussi, toutes les bonnes œuvres, tant extérieures qu'intérieures, et par conséquent aussi les dons du Saint-Esprit, l'amour de Dieu et du prochain, l'humilité, l'obéissance, etc. Ils admettaient, d'accord avec leurs adversaires, que ces dons, ces œuvres intérieures, ces sentiments, n'ont aucune influence sur la justification et ne contribuent en rien à l'opérer, et, pourtant, ils repoussaient cette déduction, que ces dons et ces vertus, ou ces premiers mouvements, n'existent point encore ou ne sont pas encore présents dans l'acte de la justification, et ne se manifestent qu'ensuite, comme les fruits ou les effets de l'acte déjà accompli. « La nouvelle obéissance , les bonnes œuvres extérieures et intérieures , disaient-ils, sont nécessaires au fidèle. » — « Nous parlons, répondaient ceux de Thuringe, de l'acte de la justification, à laquelle concourent, il est vrai, plusieurs causes; mais, parmi celles-ci, il n'y a point de place pour les bonnes œuvres ou les bons sentiments ; car la cause impulsive c'est la miséricorde de Dieu ; la cause matérielle, c'est l'obéissance de Jésus-Christ ; la cause formelle, c'est la justice imputée, ou reçue par la foi. Outre ces trois choses, veuton que quelque autre soit nécessaire pour la justification? Les bonnes œuvres en seront-elles la cause efficiente , ou matériefie, ou formelle * ? »
« Non, répliquaient fceux de VVittetiberg, les bonnes œuvres ne sont ni la cause totale, ni la cause partielle ou secondaire de notre justification ^ » — « Mais, disaient alors ceux d'iéna , n'est-ce pas se mettre en contradiction flagrante et palpable avec soi-même, voire avec Dieu, que de déclarer les bonnes œuvres nécessaires, tandis qu'on ne peut absolument point indiquer en quoi consiste cette nécessité, et qu'on soutient que les bonnes œuvres ne font partie ni de la cause efficiente, ni de la cause matérielle, ni enfin de la cause formelle de la justification, alors qu'il est
' !.. c. fol, 30.—-' Cciloqmvm AUeuitmg. Inuf, 1570, f(»l. 53.
TERGIV. ET CO?<TRADICï. DE CEUX DE WITTEINB. 5Î3
évident, d'après la raison, d'après l'usage général du langage, d'après la logique mise par Dieu même dans l'àme de l'homme, qu'il ne peut être question d'aucune nécessité là où il n'y a aucun de ces trois rapports de causalité ^ «
Au lieu de répondre directement et nettement à cette argumentation, ceux de Wittenberg se replièrent sur leur vieille thèse , cherchant seulement à donner à celle-ci la forme la plus propre à placer leurs antagonistes sous un jour odieux. « Nous disons que chez ceux qui sont convertis, les expressions exclusives de Tarlicle de la justification ( gratuitement, sans œuvres, par la foi seule ) ne défendent ni ne condamnent la simple nécessité de faire le bien, ou la présence des bonnes œuvres ^ » — El les théologiens du duc de répliquer : « Si personne n'est sauvé sans charité et sans bonnes œuvres, il est clair que nous ne sommes pas justifiés ou sauvés par la foi seule 3. » l.à-dessus, les théologiens de rélecteur, intimidés et ne songeant, dans leur effroi, qu'à détourner la terrible accusation d'avoir commis un attentat contre ce sola redoutable, répondaient : « Dans toute question ou dispute relative à la cause de la justiiicalion, toutes nos œuvres ( c est-à-dire les dons intérieurs ) doivent être complètement exclues et rejetées, et il [l'est pas même permis de les y niéler par une simple mention ^ »» Ainsi cette présence des œuvres qu'ils venaient de soutenir , n'était qu'une présence oiseuse et inutile, et, quant aux causes de la jusîilication, ils repoussaient maintenant les dons de TEsj)rit divin, l'espérance, la charité, rhuniilité, etc. Cependant, ils ne tardèrent pas à se rapprocher de nouveau de leur première assertion ; « Ce que nous avons dit ne se rapportant qu'à la cause immédiate, à la. cause la plus directe de la justitication ; nmis on ne doit pas défigurer la doctrine de la repentance par de fausses idées, en s'imaginant qu'aucune partie nécessaire de la conversion soit exclue et rejelée jiar les particul: s exclusives, comme de dire, par exemple, que les œuvres et les sentiments exigés dans les prédications de repentance ne doivent être ni nécessaires ni pre-
' L. c. fol. 85. — * L. 0. fol. 9S. — » L. c. fol. 18G. -- * L. r. f..!. 252.
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