ATTAQUES COINTRE SA DOCTRINE
ciiait beaucoup du dogme catholique. Du reste, les théologiens de Wittenberg accordaient qu'il ne se trouve pas dans l'Écriture un seul passage où soit littéralement annoncée une iniputation de la justice de Jésus-Christ, et Karg leur opposait qu'un article de foi d'une aussi haute importance que celui de la justification ne doit pas reposer sur de simples inductions. De plus, il reprochait à la doctrine régnante de favoriser l'osiandrisme d'une part, et l'antinomisme de l'autre, à savoir, l'antinomisme pratique le plus sauvage ; car le peuple n'aimait rien tant que ce raisonnement : « De même que l'imputation de l'obéissance passive de Jésus-Christ a pour conséquence naturelle d'affranchir l'homme du châtiment îont le Rédempteur s'est chargé, de même l'imputation de i'obéissance active de Jésus-Christ a pour conséquence nécessaire d'affranchir l'homme du devoir d'obéissance personnelle. »
Karg releva déjà la contradiction qu'il y avait à prétendre que l'homme aurait, par imputation, accompli la loi, et néanmoins mériterait en môme temps le châtiment comme transgresseur de la loi, et que, par conséquent, une double imputation lui serait nécessaire, une imputation active aussi bien quL passive. La loi ne demande point à la fois qu'on tienne ses commandements et qu'on subisse la peine de la transgression ; si Jésus-Christ, par son obéissance active, a accompli la loi à notre place, il nous a mis dans le même état où nous nous serions placés en l'accomplissant nous - mêmes j or, dans cet état, nous ne serions point passibles des peines iuéritées par ceux qui transgressent la loi : donc, en accomplissant la loi à notre place, Jésus-Christ nous a affranchis de l'obligation de subir aucun des châtiments qui frappent le péché, et a, par conséquent, rendu superflue sa justice passive et l'imputation de son obéissance passive*. Celte seule raison suffit donc déjà pour repousser l'idée que l'accomplissement de la loi par Jésus-Christ puisse être imputé à l'homme comme une chose opérée par lui-même.
En 1569, Karg vit s'élever contre sa doctrine le prédicateur Ketzmann d'Ansbach, qui, selon les us du temps, porta tout
• Voy. aux Pièces justificatives.
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530 CONFÉRENCES DE KARG
d'abord la question en chaire, et fulmina contre la personne et la doctrine de Karg les plus violents anathèmes. Le Margrave, à qui celte querelle, d'après ses propres expressions, arrachait des larmes et coûtait souvent le sommeil, crut y mettre un terme en envoyant Kelzmann à Feuchtwangen *. Ensuite le prédicateur Limmer, chassé de la Saxe et nommé à Ansbach, entama une discussion avec Karg, concernant la doctrine de la justification en général et celle de l'imputation. Karg ne voulait point souffrir que l'on désignât la juslice de Jésus-Christ comme la cause formelle de notre justification, par la raison qu'elle n'est qu' ùnpuLsive^.
Cependant l'hétérodoxie de Karg avait fait grand bruit audelà des limites du Margraviat, dans diverses parties de l'Allemagne protestante. Heshusius écrivit contre la doctrine de
* Le 22 mai 1570, Conrad Lj mmcr écrivait ù Camerjrius : — o Eam (Cargii) opinioneni vehementisslme damnavit Petrus Ketzmannus pro concione crelierrime, quam autor mordicus défendit, et contenlio nala est periculosissima, qnae oplimo principi, ut conqueslus est, saepe soranum impedivil, et lacrymas exrussit. — Amovelur Ketzmannus, ut iiatura nimis velicmens, et transfv^rtur in 1 euchlwang^ cum bona sua gralia, et substituer ego, qucm sperant esse miliorem et modcstiorcm. Hic autom equidom prospiciendum pulo, ne niea lenitale dclrimenli aliquid patiutur articulus juslificationis, qui est in thcologia pracipuus. — Est in causa boc eliam mali, quod minislri illius loci fera omnes niorosilate Kctzmanni, ut aiunf, offensi sese applicarunt aJ Cargium. » (dod. Manb. 357, n. 323.)
* Dans une lellre du 30 a\ril 1571, Limmer écrit au sujet do Karg: — * Dextre et (idelitcr causam meriloriam juslificationis noslra-, lolam scilici l obedienliam Chrisli in faciendo et patiendo, pro concione inculcal. De formai» causa, inipulatione scilicet justitia.» Cbrisli, cum sileret, imo eam poliuscavillaret, privatim a me adraonilus, propius ad nos accessisse mibi vidrlur. Conccdit enini, remissionem peccatorum et imputationem jusliiia Cbrisli esse causam formalcm juslificationis noslrtç, quod Deus de nobis cogilel, quod simus sine peccalo, et quasi factures legis. Scd boc ferre nondum poîest, ut dlcamus, imputalionem jusliliae Clirisli esse causam formalem, sed eam vult esse causam impulsivam. Majorem enim slatuit esse justitiam Filii Dei, quam ut dici possit, eam nobis imputari, ac si nos miseri liomunculi eam pra;stilissemus, qnœ major est, quam angelica justitia. Sed ego cum homine rigido verbis nolui contendere, utor lamen sine contentione publiée pbrasibus prœceptorum nostrorum, nec sentie, me pubbee ab ipso propterea taxari, nisi quod aulicus concionator vidclur id moleste ferre, qui ipsi est intimus. Et haec quidem in bac sua controversia, quam compositam esse nurc, et nos concordare omnes putant. Fovit idem niultos annos singulare quiddam de praEdestinatione, ejusque dogmalis semina quaedam inspergebat in concionibus, sed cum in privala disputatione se ei oppcsuis?et dinccnus, qui mecum çx palria bue venit, siibilo mutans sentenliam universales Evangelii promissiones nobiscum jam diligenlor urgel. » (Cod. Manb. 357, n. 32/|.)