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AVEC LES THÉOLOGIENS DE WITTENBERG

Karg, sans le désigner nominativement, et l'électeur Auguste de Saxe engagea le Margrave, dès la fm de l'année 1569, à user de rigueur pour étouffer cette affaire *. A la demande du Margrave, quelques théologiens de Wittenberg , ayant à leur tête Paul Éber, se rendirent à Ansbach pour résoudre le différend par des conférences orales avec Karg. Mais le succès ne répondit pas à leur attente. Il paraît qu'ils essayèrent d'intimider Karg par l'autorité et les traditions de l'école de Wittenberg; car, dans sa réponse au premier avis de ceux de Wittenberg, il dit : « Pourquoi n'ont-ils pas voulu discuter, au lieu de perdre tant de temps à rédiger des écrits pleins de déclamations trompeuses ? Mais où donc auraient-ils pris des yeux pour regarder en face d'honnêtes gens, alors qu'ils eussent mis en avant une si palpable sophistiquerie et de si méprisables scurriiités 2. »

Toutefois , les consultations demandées de toutes parts ayant été unanimement défavorables à Karg , et les princes protestants insistant auprès du Margrave pour qu'il ne le laissât pas enseigner plus longtemps impunément ses erreurs, ce redoutable concert de réprobation effraya le pauvre homme, qui demanda la permission de conférer encore une fois avec les théologiens de Wittenberg. Mais l'Électeur, sollicité dans ce but par le Margrave, s'y opposa, prétextant le scandale qui en pourrait résulter et l'obstination de Karg , qui avait toujours persisté dans son erreur, en dépit de tous les théologiens et de toutes les Universités *.

Il ne restait plus à Karg d'autre alternative que de se rétracter ou de se voir destitué, et peut-être plus maltraité encore. 11 avait la preuve que toute l'Allemagne protestante abhorrait sa doctrine comme une hérésie, et que nulle part, s'il y persistait, il ne trouverait un asile. Il se soumit donc, et s'arrangea des réponses par lesquelles ceux de Wittenberg prétendaient réfuter ses arguments, en se contentant d'assu-

* Actes de la Religion ( Religionsakten ) ; t. xxviii, fasc. 2, n° 19. — Le margiave Jean de Brandebourg écrivait de son côté au margrave d'Anspacli : ■ Si ce Karg, voire prédicateur, était sous noire autorité, nous prendrions des » mesures sérieuses pour le faire renoncer à son dessein et abandonner «on en- » Ircprise; et s'il n'y voulait consentir, nous nous hâterions de le congédier, » sans soiilfrir qu'il demeurât davantage en nos domaines. » (L. c. n. 37.)

2 RcUgiontakten^ t. xxvni, fasc, 2, n°. 4 0. — ' L. c. t. x\x, n" /|5.

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rer, pour son excuse , que ses intentions avaient été bonnes. Ces théologiens l'avaient supplié, pour l'amour de Dieu, « de conformer ses discours aux leurs, et de s'abstenir de tous discours nouveaux et insolites ; que ce serait le meilleur moyen de servir sa propre conscience, l'Eglise universelle, les contrées où il exerçait son ministère, sa femme et ses pauvres petits enfants ; » sur quoi Karg « s'était enfin offert et engagé, de cœur et de bouche, à laisser tomber complètement sa querelle, à persévérer constamment dans la doctrine et opinion de notre église, à user, à l'instar des autres docteurs chrétiens, de discours usités, ordinaires et conformes à ia parole de Dieu, et particulièrement à s'en tenir et à demeurer fidèle diuxformas et aux phrases employées m Scriptis Lutheri et Philippi *. » Karg confessa donc expressément V que non-seulement on a raison de dire : Fidea nohis imjm^ fatur ad justitiam ; mdiïs il reconnut aussi pour juste, quoiqu'elle ne se trouve pas littéralement dans l'Écrilure. cette propositionem cori^elativam : La justice et l'innocence, item l'obéissance, item le mérite de Jésus-Christ, notre Médiateur, est imputé à justice; ce qui signifie proprement que nous sommes tenus et estimés justes devant Dieu en vertu de la justice, de Tinnocence, de l'obéissance, des mérites de notre Seigneur Jésus-Christ : que c'est là la suprême consolation des chrétiens; que cette vérité consolante combat le trouble des consciences timorées et faibles, tourmentées de Tidée qu'elles ne peuvent ni supporter le châtiment des péchés dont pourtant elles se reconnaissent coupables, ni accomplir non plus la loi par une obéissance suffisante, alors même qu'elles ont un commencement de renouvellement par le Saint-Esprit 2. »

Même après que Karg eût prononcé sa rétractation, l'Élec- (eur réclamait encore des mesures de rigueur. « De notre avis, il convient de ne point le réintégrer dans le ministère de la prédication à Ansbach, surtout à cause du grand scandale qu'il a déjà causé, et qu'il peut causer encore, d'autant que depuis longues années il nourrit son erreur et l'inculque

' Voy. Rapport de ia Fucuité de Ihéologit; de WiUenberg au Margiave, du i:î aoùl 1570 (L. c. t. XXX, n" 55).

« Vov. raulre Rapport (L. c. n" 57).

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