QUERELLE
S»ur riiiamisslbilité <lc la foi et de la Justice.
L'inlérêt dogmatique qui donna naissance à la grande révolution protestante, consistait à fonder et à développer un nouveau système de doctrine qui donnât à la conscience des hommes plus de tranquillité et de sécurité, et soumît aux conditions les plus faciles la certitude individuelle de l'état de grâce actuel et du salut futur. Quant au premier de ces deux points, la certitude de la justification, le système luthérien y avait sullisamment pourvu en la faisant entrer de suite, comme foi spéciale ou application du salut offert, dans l'acte de foi par lequel, selon ce système, s'obtiendrait la justice devant Dieu. Mais le second point, la certitude du salut futur, parut moins bien assuré : on attribuait bien aussi cette certitude à chaque homme en général ; mais, en même temps, on affirmait que l'homme perd la foi justifiante et l'état de justice par chaque péché grave commis contre la conscience, et qu'il ne retrouve cette justice perdue que par un nouvel acte de foi.
Dans un système calculé pour rassurer et apaiser les consciences, c'était là une lacune grave. Aussi la doctrine calviniste réformée combla-t-elle cette lacune en déclarant que la foi justifiante est un don divin, accordé à fhomme une fois pour toutes et à jamais inamissible, de manière que les crimes les plus graves mêmes, commis par l'homme une fois mis en état de grâce et de justice, ne peuvent plus l'arracher de cet état. En vertu de cette doctrine, l'homme a une certitude tellement infaillible de sa justice et de son salut futur,
D. Ursinus p. m. mihi ostenderet thèses Cargii, qiias dicebat sibi placuisse, et iiimis sublilem vis;im dislinctionem, aul diversam illam applicalionem in confessione Bezae : Inlerim (baec erant ipsissima verba) mihi religio est (inquiebal), a consensu toi mngnorura virorum discedere. » (Epp. Golhanai éd. djprianus. p. 143.)
530 DOCIKIWE CALVINISTE
qu'il peut commettre jusqu'à l'homicide et l'adultère, comme David, sans perdre par ces crimes la grâce une fois acquise, et qu'au milieu même de pareils péchés il conserve la conviction consolante d'être enfant élu de Dieu et héritier du salut. Nous- avons déjà vu précédemment que cette doctrine pénétra plusieurs fois dans les pays protestants de l'Allemagne, et que Mélanchthon la combattit toujours comme une variété trompeuse et pernicieuse de l'antinomisme. Cependant la doctrine calviniste touchant la justification se fixu par l'introduction de ce dogme, qui, comme élément du système de Genève, fut débattu pour la première fois dans une dispute tenue à Strasbourg entre les calvinistes et les luthériens. A partir de cette époque, le dogme de l'inamissibililé de la foi et de la justice contribua essentiellement aux succès rapides du calvinisme, qui avait ainsi sur la doctrine luthérienne l'avantage de posséder un moyen de consolation de plus. Mais en même temps il contribua aussi à creuser et à élargir de plus en plus l'abîme qui séparait les deux Confessions. Car des deux côtés on reconnut qu'il s'agissait ici d'une des questions les plus importantes, d'une question dont les conséquences devaient être profondes dans l'application pratique, et qui intéressait la nature de la foi justifiante, le sentiment religieux du chrétien tout entier, et par conséquent la base de la religion elle-même *.
Voici comment on mit cette inamissibiîité de la foi et do la grâce en corrélation avec les autres dogmes du système calviniste. L'homme, disait-on, est justifié par la foi seule, c'esl-à-dire que sa foi est la main mendiante avec laquelle il saisit la justice de yésus-Christ qui lui est offerte, ou se l'applique comme sa propre justice, qui toutefois lui est con-
* C'est ainsi que les Uiéologiens calvinisles oithodoxes alléguèrent contre \ci Temonlraiits, aux conférences de La Haye : « Extra omne dubium est, doctrinam de persevcrantia vere fidelium ab Ecclesiis vere reforraalis semper fuisse habilau non tantum cum Scriptura congrucntem etverara, sed et fundamentuin vira cerlitudinis de salute, sine qua ccrtitudine firma fiducia, quae ad veram fidem requiritur, constare non potest. » (Collât. Hagiens. p. 367.) D'un autre côté, le théologien Fecht, de Rostock, dit (Gomp. tlieol. c. 18, § 20, 21) : « Nec vcro (lifferculia Lutheranaî et Cahinianœ scntenliai exigui momenli est, sed ipsum salulis Hoslra) fundamenlum conceniit. Probalur — IlL Ab agnilione adversarioruiii, qui cum noslrara sententiam iu synode Dordraceua intolerabilem judicaverint, quîe vers est, cur ipsorum loleremus, quœ mullis modis falsa est? »
suii l'inamissibilité de la roi. 537
stammerit extérieure et ne lui est donnée que par imputation. Mais l'essentiel de cette foi, ce qui la rend particulièrement justifiante, c'est l'application spéciale, c'est-à-dire la certitude avec laquelle chacun croit que ses péchés lui sont remis et qu'il est réellement juste devant Dieu. Or, cette foi ne devient le partage que des élus ou prédestinés : elle est un don de la grâce qui agit constamment d'une manière irrésistible ; partant elle est impérissable. Elle peut bien être momentanément affaiblie ou troublée ; mais jamais elle ne peut être détruite ou entièrement effacée. Celui qui, une fois en sa vie, a eu la foi, celui qui, une fois, a été justifié par cette foi, celuilà demeure infailhblement en cet état pendant (ont le reste de son existence. Cependant ce juste peut tomber en toutes sortes de péchés graves; il peut môme demeurer un certain temps dans cet état de péché ; mais il n'en reste pas moins juste devant Dieu , parce que ses {)échés ne lui sont point imputés. C'est aussi en vertu de ce principe que se détermine la différence entre les péchés mortels et les péchés véniels, non pas sous leur rapport objectif, selon la nature et le degré de culpabilité de l'action , mais sous leur rapport subjectif; car chez l'incrédule ou le réprouvé les moindres péchés mêmes sont mortels, au lieu que chez les élus et les fidèles les fautes les plus graves sont vénielles, attendu qu'elles ne leur sont point imputées, ni, par conséquent, suivies de la perte de la grâce divine K Les théologiens luthériens, en ce qui concerne la perte de
* Il élait naturel que les Ihéologit ns réformés cherchasseiil aussi à établir une différence entre les ])ôcliés des justes et ceux des réprouvés, de tracer en quelque sorte une ligne de déniarcalion que les jrstes, alors môme qu'ils tombaient dans des péchés graves, ne dépassaient cependant point. C'est ainsi que iîu'ef soutint que, si même les justes tombent dans des péchés graves, i! ne peut pas arriver, ut ita peccatis indul géant , ut pleno voluntatis impelu et consensii in ea ruant. Louis Crocius, à Brème, qui, en 1616, opposa un VwxaDe persevcvaniia Savclorum à celui de Bertius sur le même sujet, explique la chose tout au long, et le résultat de ces explications est que les saints, bien que a a cuiàditalibus carnis suac Iristiter victi crebro succumbunt, — cependant taliurn peccatorum conglomera'iionenunquara eoevadunt, ut univcrsali apostasia a Deo prorsus deficiant, hostili eum odio prosequantur, atque alFeclata malitia diaboli in morem ac damnnndorum hominum percent, omnibusque cœlcstibus bonis se exspolient, » (Conclus. X.) — Ainsi, pour peu qu'un homme ne vive pas dans une perversité absolument satanique, el qu'il assouvisse ses passions sans tomber dan» U démence d'une complète haine de Dieu, il est lissnré de son saint.
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538 DIFFÉREiNGE ENTRE LES CALVINISTES ET LES MÉLANCHTH.
la foi justifiante, avaient coutume de faire la distinction suivante. Le chrétien qui se rend coupable d'un péché grave ne perd pas immédiatement toute foi ; de fidèle qu'il était encore l'instant avant sa faute, il ne devient pas soudainement, en commettant son péché ou après l'avoir commis, entièrement incrédule. C'était là ce qu'ils accordaient. Mais, disaientils, la foi qu'il a encore en cet état n'est que la foi historique et générale, qui n'a aucune valeur par elle-même, ni aucune vertu justifiante, tant que ne s'y rattache point la foi spéciale, l'application individuelle de la justice de Jésus-Christ, la certitude de l'état de grâce "personnel. Or, c'est cette foi spéciale que l'homme perd en tombant dans le péché, et qui doit lui être rendue par un nouveau don^ Tant que cette foi spéciale lui manque, il est également privé de cette justice qui compte devant Dieu; aux yeux de Dieu il a cessé d'être juste, et ce n'est qu'en se reconnaissant de nouveau pour un pécheur condamné, et en s'appliquant de nouveau comme sienne la justice de Jésus-Christ, qu'il peut revenir à l'état d'oii il était déchu. Celte doctrine eut encore une grande importance pour le développement ultérieur du protestantisme, en ce qu'elle traçait une démarcation entre les calvinistes et les mélanchthoniens, d'accord, d'ailleurs, par leurs opinions sur la Cène *. Cette circonstance est une de celles qui peuvent expliquer la prompte ruine du parti mélanchthonien en Allemagne ; tout le système n'existait, à vrai dire, que dans les cerveaux d'un certain nombre de scolastiques et de théologiens, et n'offrait rien qui put gagner la faveur populaire ou la fixer à la longue. Même parmi les philologues et les théologiens, il y en
* Le théologien Battus de Greifswalde, disait, par exemple, dans son livre contre l'Aiifrlais Benfield ; aVindiciœ verilalis de possibilitate apostasias sanctorum, » p. 208 : « Ullro concessi et concedo, Petrum, cum abnegaret Chrislum, retiiiuisse illam fidem historicam, scilicet scivisse alque credidisse Cliristum, queni se nosse negabat et abjurabat, esse Filiuni Dei vivenlis, missura mundo Salvalorem, non ergo ad liane fidem converti indiguisse ipsum, Quaestio autem est de hac speciaii, a qua sulvifica est fides, fiducialis scilicet gratiae et misericordiaî Dei in Chrislo appreliensio, qua sibi peccatum suum agnoscenti et inisericordiœ Dei, per et propter Chrislum remitlenlis peccata, confideidi illud remissum confidit. »
* Mélanchlbon lui-môme disait encore dans la dernière édition remaniée de ses Loci : « Sloicae iilae disputationes execrandae sunl, electos semper reiinere Spirilum sanclum, eliam cum lapsus atroces admillunt. »
OllIGINÊ DE LA QUERELLE A STRASBOURG. 539
eut beaucoup qui, après quelque réflexion, se rangèrent complètement du côté du calvinisme. Pezel même, un des plus dévoués et des plus zélés disciples de Mélanchthon, se convertit ainsi au calvinisme, et se donna en même temps beaucoup de peine pour démontrer que la doctrine de Mélanchthon et celle de Calvin ne difl'èrent que de peu touchant les péchés des fidèles, et Rivet approuve ce qu'il dit à ce sujet, comme entièrement conforme aux idées calvinistes ^
Voici à quelle occasion éclata à Strasbourg, en 1561, la querelle sur l'inamissibilité de la foi, ou, comme on aimait à s'exprimer parmi les réformés, sur la persévérance des saints. Le surintendant Marbach reprocha au calviniste Zanchl d'avoir manqué à la parole qu'il avait donnée de ne rien enseigner qui fût contraire à la Confession d'Augsbourg, et lui rappela que cette Confession, à l'article 12, condamnait la doctrine des anabaptistes soutenant que ceux qui sont une fois justifiés ne peuvent plus perdre le Saint-Esprit. Zanchl répliqua que sa doctrine n'était contraire ni à la parole de Dieu, ni à la Confession d'Augsbourg bien comprise. D'ailleurs il avait déjà déclaré antérieurement qu'il ne pouvait souscrire à cette Confession d'une manière absolue, et quil fallait lui permettre d'y ajouter une condition ou une restriction, et de l'interpréter dans son sens, notamment à l'article de l'amissibilité du salut chez ceux qui ont été justifiés ^ L'interprétation par laquelle il voulait rendre cet article admissible pour lui et ses coreligionnaires, consistait à dire que la Confession ne parlait que des temporaires^ q{. de ces anabaptistes qui se doniiaient faussement pour inspirés et prétendaient être poussés par le Saint - Esprit à commettre des crimes *.
* Grotianœ discuss. dialysis, sect. 16. n. 4. 0pp. m, 1216.
* « Cum Augustanam Confessionem, ut ei subscriberem , obtulissent, respondi, lion posse id sirapliciter a me fieri, nisi adjecta aliqua modcratione, nempe : qualenus esl conformis verbo Dei, vel : Si orthodoxe intelligalur, quod quaDdam in ea sint, quae, nisi dexlre inlelligantur, non possini simpliciier probare, — ut esl illud, quod nunc controveitilur : jusUficatos posse amiltere Spirilum sanclnm. » (Zanchii Miscell. theol. ii, 459.)
* Temporaires. — Selon les idées calvinistes, ceux qui, n'étant point prédestinés, n'ont pas une vraie foi, mais seulement une apparence de foi, qui ne dure qu'un certain temps.
* « Quod vero, dit-il dans sa missive au landgrave de Hesse, quidam postea
510 /AiNCMl ET MAJMJACH.
Toutefois, Zciîchi essaya de donner à sa doctrine une forme moins abrupte. Sa proposition, que la grâce n'est point anéantie, mais seulement obscurcie chez le fidèle qui se souille de péchés graves, avait été qualifiée par Marbach d'erreur fanatique, monstrueuse et peinicieuse. Zanchi expliqua qu'il voulait seulement dire que ceux qui ne sont point régénérés pèchent par ignorance et par fragilité; qu'en outre ils ne pèchent point contre la conscience ( comme Marbacli le lui reprochait calomnieusement), attendu que, par péchés contre la conscience, il ne faut entendre que ceux que l'on commet avec un abandon total de la volonté (ex animo et tota voluntaie) * ; enfin, il faisait cette distinction, que les régénérés pèchent , il est vrai , de cœur et de volonté [ex animo et voltinta.fe), mais non de leur pleine volonté {ex toto animo et plena volun(ate). Zanchi prenait ici cette expression , <« pécher contre la conscience, » dans une acception différente du sens ordinaire ; il pensait que, même des crimes comme ceux commis par David, l'homicide prémédité et l'adultère prolongé, ne sont pas, quant à l'individualité de celui qui les commet, des péchés contre la conscience, attendu qu'il est impossible d'admettre, selon lui, que la voix de la conscience, bien que faible sans doute, fût tout-à-fait étouffée en David, et qu'il en est de même chez d'autres fidèles au moment où ils pèchent. Cependant les autres calvinistes, à cette époque et depuis, n'Iîésitaient point à soutenir que les fidèles commettaient
tonîeniîeiin!, eaui (doctriuam meain) pugnare cum Augustana Gonfessione iii liriiciilo de pœnitenUa, ubi damnantur Aiiabaplistae, qui docent, semel justificalos non posse amiUere Spiriltun sanctum, faisi Aierunt, cum ego de eleclis wrc sanclis veraque fide prœditis semper loculus sim, idque aperle el clare, Auguslana Confessio autem cum de omnibus temporariis, tuin specialim de quibusdam AnabapttsUs, qui nefanda admiUebant, et tamen inleiim, se non solum habere Spiritum sanctum, sed etiam se ab hoc Spiritu sanclo ad ca admittenda impelli, seu, ut ipsi toquuntur, inspirari, Jactabant et mcnliebanlur, Quare salis constat viris doctis, neque in hacdoclrina de perseveraniia sauctorum seu de perpetuitale fidei in eleclis quidpiam a me Iraditum fuisse, quod cum Auguslana Gonfessione pugnet. » ( Zanchii Miscellafi, libri très. Neop. Pala!. 1582. p. 7.)
1 Pourtant il soutenait que les fidèles tombaient fréquemment in atrocissima scelera; il va même jusqu'à dire : e Quod negem, electos in atrocissima scelera ruere posse, caluuniia est. Quasi nesciam et non doceam, Davidis scelera, sdnUeriuHi cl liomicidiura, fuisse ttrocÎMima f t gravissima. » (Miscell, m, 649.)
THÈSKS Dr. ZA.NCHl. 541
bien des péchés contre la conscience, sans qu'ils perdissent pour cela leur foi et leur justice.
Cette querelle qui, sur ces entrefaites, s'était encore étendue à d'autres points de doctrine, à l'eucharistie, à l'ubiquité, aux images, à l'Antéchrist et à la fin du monde, fut enfin portée devant le Conseil des Treize. Pendant ce temps, Zanchi entreprit une tournée , afin de réunir pour sa doctrine des avis favorables et des signatures. 11 l'avait résumée dans les quatre propositions suivantes.
I. Dieu ne donne la foi aux élus qu'une fois, et celui qui l'a reçue sait avec certitude et sent qu'il a la foi véritable.
II. Ceux qui ont une fois reçu la foi ne la peuvent {)lus reperdre entièrement, ni se séparer d'avec Jésus-Christ, tant à cause de la promesse de Dieu qu'à cause de l'intercession de Jésus-Christ.
III. Dans chaque fidèle il y a deux hommes, l'homme intérieur et l'homme extérieur. S'il pèche, il ne pèche que selon l'homme extérieur, c'est-à-dire avec la partie de son être qui n'est point régénérée. D'après l'homme intérieur, il ne veut pas le péché ; il ne pèche donc point de tout son cœur et de sa pleine volonté.
IV. Lorsque saint Pierre renia Jésus-Christ, la confession de sa foi expira, il est vrai, sur ses lèvres, mais la foi ne mourut point dans son cœur.
Les théologiens de Marbourg, Hyperius, Lonicer, Garnier, Orth, Roding, Pincier et Pistorius , furent les premiers qui so déclarèrent expressément au sujet de ces thèses. Tout au rebours des théologiens luthériens, qui à chaque péché grave font disparaître puis reparaître la foi, ils alléguèrent que la foi n'est pas une chose si fugitive et si prompte à pousser, qu'elle puisse en un clin d'œil être ôtée et rendue; mais qu'elle est au contraire immuable et invincible. Ils ajoutaient que les hommes douteraient toujours de leur salut et ne pourraient jamais être fermement convaincus d'être agréables à Dieu, si on ne leur prêchait pas la certitude constante de la foi justifiante et l'inamissibilité de la justice ; qu'en outre, le diable paraîtrait plus puissant que Jésus-Christ lui-même, puisque, d'après la manière de voir des luthériens, il réussirait à arracher des mains du Sauveur
542 ADHÉS. DE CEUX DE MATIBOURG, ZUiaCH ET HEIDELBERG.
les élus, ne fût-ce que pour un temps. Ils terminaient en exprimant leur profonde affliction et leur étonnement de ce qu'une querelle se fût élevée touchant cette doctrine, dans la même ville où Martin Bucer, cet homme de Dieu, l'avait enseignée durant tant d'années *. — Ceux de Zurich, Bullinger, Rodolphe Walter, Wolf, Pierre Martyr, Simler, Lavater, Wolfgang. Haller, Wikius et Zwingli le Jeune, déclarèrent que la foi demeure toujours dans les élus, bien que, par les péchés , elle soit affaiblie et allanguie ; qu'alors même que le Saint-Esprit qui habite dans les fidèles serait quelquefois vaincu par le poids de la chair, il n'en reste pas moins constamment en eux *. — Les théologiens de YUrdversité de Heidelberg, Boquin, Tremellius, Olevian et Dilier, déclarèrent, dans leur avis, qu'il n'y a point de motifs pour faire une différence entre les péchés, et pour alléguer que le Saint-Esprit se retire devant les péchés graves que commet un fidèle ; que, de leur nature, tous les péchés sont mortels, expulsant le Saint-Esprit et anéantissant la foi ; que si les péchés sont cependant, les uns véniels, les autres mortels, cela vient, au jugement de tous les savants, de la prédestination divine en vertu de laquelle une partie des hommes sont rejetés, et l€S autres élus et par conséquent doués de la foi. Que dans les premiers tous les péchés sont mortels, et dans les derniers, véniels. Que, si l'on voulait dire ( avec les luthériens ) que le Saint-Esprit ( et la foi) demeure dans l'homme malgré les fautes légères .>de tous les jours, mais l'abandonne quand il tombe dans des péchés graves, il est absurde de croire du Saint-Esprit ce qu'on ne supposerait pas même d'un homme de bien, à savoir, qu'il n'assistera son ami que dans les petits embarras légers et sans gravité, et qu'il l'abandonnera dans les périls sérieux 3. — A Tubingen, au contraire, les espérances de Zanchi furent déçues. Les théologiens, dit-il dans une lettre à Hypérius de
* Epp. Zanchii (0pp. Viii), pag. 251-S5/4. — « L. c. pag. 262.
' L. c. p. 256. « Jam vero adesse, jiivare, tueri aliquem in levioribus perîculis et curalu faciles morbos tollere, i:i gravioribus vero se subducere et maxime opem auxiliumque desiderantem negligeie, nedum deserere, neque ûdelis amici, neque boni meritique officio fungi esset. Annon prorsus absurdum forel, id de Dei Spiritu senlire, quod de viro bono ne suspicnri quidem licet? ,