‹ La réformeChapitre 257 sur 270 · DISTINCTION FAITE PAR LES THEOL. CALVINISTES · texte numérisé non relu

DISTINCTION FAITE PAR LES THEOL. CALVINISTES

Plus tard les théologiens calvinistes distinguèrent entre le péché par malice, et le péché par perversité totale et délibérée (peccata ex mulitia et peccata ex dedita malitia) ; les fidèles pouvaient commettre les premiers, mais non les seconds; c'est ainsi que s'explique, par exemple, Tivgkmd^. Les remontrants ayant répliqué que cette dernière espèce de péchés ne pouvait exister que dans des âmes où la conscience serait déjà dévorée comme d'un cancer, et où tout vestige de repentir serait anéanti, Trigland en tomba d'accord, disant : « C'est pour cela précisément que nous nions que le vrai fidèl^ puisse pécher ex dedita malitla.n — PiscatoVy à Herborn, déclare ouvertement qu'un vrai fidèle peut tomber dans la sécurité charnelle , sans perdre pour cela son état de grâce ^

Du reste, Zanchi cherchait à rendre les habitants et surtout le sénat de Strasbourg favorables à sa cause, en représentant son dogme sur la compatibilité entre la foi justifiante et les péchés graves comme un héritage transmis par Bucer et Capiton ^

nobiscffeclum, si modo venim sit, et ex vera fidei scaturigine promancl, liaclenus est etlicax, ut vere nos de iiostra salute sécuros reddaf. »

En môme temps il prémunit les fidèles contre la tentation de douter de leur état de grâce à cause de leurs péchés, teiilalion à laquelle ils seraient fort exposés : « Falsam esse Satanœ conclusionem sciamus, quolies eolligil, falsam nosfrara fidem fuisse ex eo, qnod certo fempore non appareanl ipsius effecla. Perinde enim argumcntalur, ac si quis colligeret, nullum esse verum ignein, uMcumque nulla flainma collucet, vel hyeme non vivere arbores, quornam nec folia nec fructns edun». »

* Trîna Dei gratia, p. A16 : « Inter peccala maliti;e fœdissimum est, quod ex dedita fit maliiia, eslque illoruin, qui cauteriaiam liabent conscientiam et piane dedohierunt »

* a Vere fidèles, etiam dura taies manent, interdum carnaliler securi fiunt, et peccalis conlra conscientiam indulgenl. » Ad duplic. Vorstii, p. 308.

3 Jean Siwyn, dans une lettre à Melchior Specker, attesie qu'en effet les premiers réformateurs de Strasbourg avaient enseigné celte doctrine : « Una hora ostcndam, nos alla et aliter docere de cœna Domini, de cei tiludine fidei et perse\eranlia sanclorum, quani Capito, Bucerus, Hedio. Aio, vos jam doclrinan» corrupisse annis bis duodeciui et quotidie nuigis corrunipere. De bis (juasslio et.1, et de bis po^tulo, me et D. Zanchiuni et visiialores audiri. Aio, non tantam esse tuani nei^ue Marbacbii, oui bic grutificatis, aucloriluieni, ut pluris faciain vestram adulescenliam, quam Buceri senectulem, Cuceri bonitateui, quam vestrani astuliam, iliius pudorem, quam vestram impudcnlium, illius sancla et erudita si-ripta, quam \estriis battologias et œruhatias, a postuln, ut id niiliz per te liccat. Tu enim mibi et aliis professoribus dixisti, luos syminystas postil*

ZANCHI II^VOQUE l' AUTORITE DE BUCER. 547

En effet, Zanchi cita des passages de Bucer dont il était difficile de ne pas avouer la concordance avec le dogme qu'il enseignait*. II invoquait, par exemple, ce que Bucer avait ccrit sur le passage de l'Épître aux Romains, cli. vu, >. 15. A propos de ce texte, Bucer range Tadultère de David et le reniement de saint Pierre au nombre des péchés dont l'Apôtre a dit : « Je fais le mal que je n'approuve pas. » D'après cela, on pourrait donc commettre l'adultère et l'homicide, et pourtant s'excuser sur la fragilité de la chair, en disant : Ce n'est pas moi qui fais cela, mais le péché qui habite en moi.

D'ailleurs, chez Zanchi, comme en général chez les théologiens calvinistes, la doctrine de l'inamissibilité de la foi justifiante avait une corrélation intime avec celle de la prédestination. Voici quelle était la marche de leurs idées : l'élection par le décret éternel de Dieu est absolue ; en vertu de cette élection, la grâce de la foi qui agit d'une manière irrésistible, et avec elle la justice qui compte devant Dieu, est donnée à l'homme en son temps.; cette foi étant uniquement un produit de la grâce, devant laquelle l'homme est conslamment impuissant, il ne peut la repousser une fois qu'il l'a reçue, pas même en commettant des péchés prémédités. De môme queCalvin et De Bèze et toute l'école, Zanchi professait cette théorie ; mais il ajoutait, en outre, que c'est déjà un péché de croire qu'on n'est point prédestiné; que chacun, au contraire, quoique vivant dans des péchés graves, doit croire fermement qu'il est élu ^. Il invoquait sur ce point cette sentence si connue de Bucer, que le premier devoir envers Dieu est de se croire prédestiné. A la vérité, disait Bucer, et avec lui Zanchi, il y a deux méthodes pour arriver à la conviction parfaite qu'on est au nombre des élus : la méthode à priori, par la simple contemplation de Dieu et de son éternel amour envers les élus; et la méthode à posteriori, par les effets de l'élection qu'on observe en soi. La première, ajoutaient-ils est de beaucoup la plus sûre : elle consiste, quel que soit notre état intérieur, et sans tenir compte du bien ni du mal qui est en nous, à nous figurer et à nous représenter bien fer-

liitores essp, niliil iiisi postillas el catcchismos et locos communes rcire. » {Zaïichii, opp, \\ obi.)

i Miscell. ikeol. ir, /jS-S. — * L. r. png-, G8.

548 REPROCHES DliS LLTH. — COLLOOLE DE MONTBELI4RD.

memeiit que nous sommes de toute éternité prédestinés au salut, et à nous persuader cela uniquement parce que l'Ecriture atteste la bonté de Dieu, et parce que nous sentons que nous ajoutons foi à ce témoignage de l'Ecriture \

Les adversaires luthériens de Zanchi et de son parti ne manquèrent pas de leur objecter que toute cette doctrine est moralement condamnable et doit produire parmi le peuple les effets les plus désastreux, l'indifférence à l'égard du péché et du vice, une fausse sécurité, etc. « Qu'adviendra-t-il , disaient les luthériens, si l'on enseigne que le chrétien peut tomber dans des péchés, graves et prémédités, qu'il peut se livrer à l'impudicité, commettre l'adultère, exercer la rapine et maltraiter son prochain, et qu'il reste néanmoins un homme juste, un enfant de Dieu, un héritier de la béatitude éternelle ? » Les réponses de Zanchi à ces reproches ne consistaient qu'en déclamations creuses, où il affirmait que, dans ses écrits et dans ses leçons publiques, il insistait avec force sur la nécessité de pratiquer la piété, d'éviter les péchés graves, etc.

A Strasbourg, la querelle finit par là que Zanchi, incapable de tenir tête plus longtemps aux luthériens devenus toutpuissants, quitta la ville en 1563, et accepta la place de prédicateur à Chiavenna, vacante par la mort de Mainard. Mais le conflit entre le dogme luthérien et le dogme calviniste se raviva plus tard, au Colloque de Montbéliard^ que De Bèze et Jacqves Andreœ tinrent en présence du dpc de Wurtemberg. De Bèze y soutint que les élus ne perdent ni le Saint-Esprit, ni la foi, alors même qu'ils commettent des péchés contre la conscience. A quoi Andrese répliqua, que pour tous les trésors du monde il ne voudrait pas exposer devant ses auditeurs de si flagrantes impiétés, ni leur dire que des gens qui pèchent contre leur conscience, des débauchés, des adultères, pourvu qu'ils soient des élus, conservent la foi et le Saint- Esprit jusque dans l'acte même du péché. De Bèze persista dans sa doctrine, assurant que, pour sa part, il aimerait mieux périr que d'enseigner autre choses Andreaî crut le

' L. c. pajç. hiiS^ 507.

* Act^ cvtloqvii Mont h Pd'tgiri. 'Vubini/œ. jô-HT, paq, ^(5}, etc.

Page 1