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LUTHER : COMMENT IL REPRESETNTE

en Jésus-Christ en qui ils ont été rachetés et terrassés. Alors il aura un cœur purifié de tous péchés par la foi. Celui qui croit que ses péchés ont été vaincus et tués par Jésus Christ, celui-là est en sûreté contre la mort; il croit, en effet, que par les souffrances et les mérites de Jésus-Christ, la justice et le salut éternels lui sont offerts et donnés. C'est une grande faute que d'examiner le péché dans notre cœur, où il n'est pas mis par Dieu, mais par Satan. Envisageons donc le Christ, et quand nous verrons que nos péchés sont en lui, nous serons sauvés du péché, de Ia»mort et de fenfer. Alors, l'homme peut dire : Mes péchés ne sont pas en moi; mais ils sont hors de moi, en Jésus-Christ : donc ils ne peuvent me nuire *. Mais voilà précisément la chose la plus ardue, de parvenir à croire cela si fermement qu'on puisse dire : J'ai péché, et n'ai point péché, et de remporter cette victoire sur la puissance formidahle de la conscience. On connaît l'exemple de cet homme qui, tourmenté par sa conscience, dit : Je n'ai pas péché! La conscience, en effet, ne saurait trouver de sécurité, si Ton n'écarte les péchés bien loin de sa vue. Le christianisme n'est autre chose que la pratique continuelle de cet article, à savoir : que vous croyiez n'avoir point de péchés en vous, bien que vous ayez péché, dans la conviction que vos péchés sont attachés à Jésus, qui est votre Sauveur dans l'éternité contre le péché, la mort et l'enfer, suivant ces paroles : Aynm Dei, qui iollit peccata mundi : Voici l'agneau de Dieu, qui ôte les péchés du monde *. Mais il faut se garder de désespérer du salut parce qu'on ne sent pas ces choses aussi complètement dans son cœur, et qu'on se trouve faible dans la foi : car le démon aime à nous tenter parfois de cette manière, à nous changer le breuvage salutaire en poison et la

1 Opp. lat. len. m, 425. a. Sacrilegus peccali adspeclus is esl, cum peccatuni in tuo corde adspicis. Diaboius eiiim istnc peccatum rcponit, non Deus. Sed Chris! us speclandus est, in quo cum peccata tua hserere videbis, securus cris a percalis, morte et inferno. Dices enim : Peccata raea non sunt niea, quia non sunt in me, sed sunt aliéna Ciirisli videlicet, non ergo me lœdere poterunt.

2 L. c. îSeque Ghristianismus aliud, quam perpeluum hujusloci exercilium, nempe senlire, le non liabere peccatum, quamvis peccaris, sed peccata tua in Chrislo hœrere, qui esl Salvalor in œternum a peccalo, morte et inferno, secundum illud : Agnus Dei, qui tollit peccata mundi.

LA FOI JUSTIFIANTE. 51

suprême justice en péché. Les faibles doivent se rassurer dans l'idée qu'aucun homme ne possède et ne comprend à fond cet article. On ne prêche pas cela pour que les gens le saisissent aussitôt et ne sentent plus davantage le péché : ce serait tomber dans la manière de ces hérétiques qui prétendent apprendre d'un seul coup le christianisme tout entier. La justice des chrétiens n'est que réputée telle par Dieu, et non une justice formelle *. Nous ne portons pas le fardeau de nos péchés : car un chrétien baptisé n'en a point en lui, parce qu'il a le Christ : aussi toutes les pensées qui troublent la conscience sont-elles blasphématoires et émanées du démon : car Jésus a ôté de nous les péchés, et c'est le démon qui s'efïbrce de nous en charger de nouveau. »

Dans tout ceci, c'est particulièrement dans son rapport avec la conscience de nos fautes que Luther décrit la foi. Ailleurs il fait ressortir l'accomplissement de la loi, impliqué dans la foi, soutenant que l'homme, dès qu'il croit en Jésus- Christ, a déjà accompli la loi avec tous ses commandements. « Car, si je crois en Jésus-Christ, j'ai accompU la loi; elle ne peut m'accuser; j'ai vaincu l'enfer, et il ne saurait plus me garder^. »

Luther insistait spécialement sur ce point, que la foi justifie avant toute espèce d'œuvres et sans elles. 11 soutenait que dans l'acte delà justification, on ne devait pas même admettre la simple présence, quoique inefficace, de bonnes œuvres intérieures, notamment de la charité. « La foi seule, avant et sans que les œuvres s'ensuivent, comprenant ce Rédempteur, il est certain aussi que la foi seule, avant et sans œuvres, comprend cette rédemption, ce qui ne peut signifier autre chose qu'être justifié; car, avoir racheté du péché ou pardonné les péchés, ne doit être autre chose qu'être juste ou justifier 3. » — « La foi, dit-il, justifie avant la charité et sans elle; si la foi n'est pas pure d'œuvre, même des plus minimes, elle ne justifie point : ce n'est plus de la foi ^. »

* h. c. f. 428, a. Haec gloria Chrisliani est, sciie, quod sua justitia sit, credere in hune Christum, divina misericordia sic reputaule et promiUente. Sic Cbrislianorum justitia reputative lantum justitia est, non formaliter.

* Éd. d'Altenbourg, v, 625.

3 Ed. Walch, xvi, 2047.

* 0pp. lat. len. i, 522. Fides, quae non includat carilatem, jnstificaf. i\i5i

52 LUTHER ; CONTllE l'uNION DE LA CHARITÉ

En réalité, l'acte de la justification, le) qu'il devait s'effectuer dans le système de Luther, ne laisse plus de place à un sentiment de charité du côté de l'homme : la foi s'approprie le Christ, et à cause de cette foi Dieu nous tient incontinent pour justes. 11 n*y a là certainement, dit Luther, aucune œuvre de la loi, aucune charité i.

« Voilà précisément l'astuce des papistes, de prétendre qu'on peut être juste ou justifié non-seulement par la foi, mais aussi par les œuvres ou par la charité et la grâce qu'ils appellent inhérente, ce qui revient au mêitie. Mais tout cela est faux, et quand ils sont en possession de tout cela, c'est comme s'ils n'avaient rien. Car devant Dieu rien ne compte, si ce n'est uniquement son Fils bien-aimé Jésus-Christ, qui seul est entièrement pur et saint. Dieu tourne ses regards là où est Jésus , et met en lui toute son affection. ( Saint Luc, 3. ) Or , on ne comprend en son cœur et on n'obtient point le Fils par des œuvres, mais seulement par la foi sans aucune œuvre quelconque^. »

Luther trouvait insupportable tout ce qui faisait concourir de quelque manière la charité à la justification, ou la représentait soit comme une partie intégrante de la justice humaine, soit comme justifiante conjointement avec la foi. En excluant la loi, l'Apôtre veut précisément exclure la charité; car la loi ne commande pas autre chose que la charité, et saint Paul entend séparer le plus possible la foi d'avec la charité. La charité est un acte, et l'Apôtre purge la foi de tout acte quelconque. Si la charité, comme l'enseignent les sophistes, était la forme de la foi justifiante, il faudrait immédiatement regarder la charité comme l'élément principal et le plus important de la religion chrétienne; mais alors on perdrait le Christ, et son sang et ses bienfaits : on s'attacherait à la charité, et l'on en viendrait à s'enfoncer dans les œuvres morales, non moins que le pape, les philosophes des gentils

(ides sil sine ullis, etiam minimis, operibus, non justificat, imo non est fides. — Comm. in Gai. Francof, 1543, f. 122, ». Haec fides sine et anle carilatem justificat.

1 Comni. in Gai. Francof. 1544, f. H<> : Ergo fide apprehensus et in corde habilans Clirislusest juslilia Clirisiiana, propler quam Deus nos reputat juslos, et donat vitam alernam. Ibi cerle nuUum est opus legis, nulla dileclio, sed longe alia justilia et novus quidam niundu» extra et supra legera; Chrislus enim vol lides non est lex nec opus legis.

2 De Welle, v, 354, etc.

AVEC LA FOI JISTII-IAINTE. 53

et les Turcs K Or, Luther aiïirme que cette assertion : La foi formée dans la chainté ou agissant dans la charité justifie^ a été inventée par le diable, et il souhaite que les sophistes périssent en compagnie de leur interprétation maudite; car parler de la sorte, c'est blasphémer Jésus-Christ et le fouler aux pieds ^ Cette charité, qui doit soi-disant former la foi, ne fait que plonger l'homme plus profondément dans la malédiction et l'anathème de la loi * .

Si les sophistes, dit-il encore, ont tant insisté sur Tinter vention de la charité dans la foi, et n'auraient voulu reconnaître la justification que chez l'homme qui les possède l'une et l'autre réunies, cela vient d'une idée empruntée à la philosophie, à savoir : que le péché serait quelque chose d'inhérent à l'homme, à sa chair, à son esprit, et ne pourrait, par conséquent, être annulé dans l'homme et expulsé que par des sentiments opposés, c'est-à-dire, par la charité, tandis que

^ Comm. in Gai, éd. Irmischer, ii, 73 : Nam si caritas est forma fidei, ut ipsi nugaiilur, statim cogor stntire ipsam caritaleni esse principalem et maximam parlera christianae religionis, et sic amilto Christum, sanguinem, vulnera et oiunia bénéficia ejus, et inhareo carilali, et diligo ac venio in facere morale ut papa, genlilis philosophus aut Turca.

^ L. c. p. 8. Pereant sophistce cum sua maledicla glossa , et damiietur vox Jsia : Fides formata, ac dicamus constanter isla vocabula : Fides formata, informis, acquisita, etc. diaboli esse portenta, nata in perniciem doctrina} et fidci ciirislianie, ad blasphemandum el conculcandura Christum et ad statuendani juslitiam operum. — Ailleurs (l'éd. Walch. viii, 1834) il appelle la foi formatam caritnte un venin diabolique et infernal.

' L. c. p. 28 : Ergo lex, opéra, caritas, vota etc. non redimunt, sed magis involvunt et gravant malediclione. — Ailleurs, il dit (Comm. in Gai. Francof. 15^3, f. 82) : Verum Evangelium est, quod opéra aut caritas non sit ornatus seu perfectio fidei, sed quod fides per se est donum Dei et opus divinum in corde, quod îdeo justificat, quia appreheudit ipsura Christum salvatorem. — Non respicit caritatem, non dicit : Quid feci? quid peccavi? quid merui? «ed : Quid fecit Christus? quid ille raeruit? Agnoscit igitur fides, se in ista persona, Jesu Christo, habere remissionem peccatorum et vilam aeternam. — Quare quae sophistœ docuerunt de fide justificante, si sit carilate formata, mera verborum portenta sunt. Ea enim fides, quse apprehendit Christum Filium Dei et eo ornatur, non quae includit caritatem, justificat. Nam fidem, si certa et firma esse débet, nihil apprehendere oportet, quam solum Christum, neque alia in re in lucta et terroribiis conscienliae niti potest, quam in isla unione. Quare qui Christum fide apprehendit, quantumvis lege perterrefiat et mole peccatorum gravetur, lamen gloriari potest, se justum esse. Quoraodo aut per quid? Per gemmam Christum, quem fide possidet. Hoc adversarii non intelligunt; idco abjiciunt gemmam Christum pI in locum ejn» reponunt caritatem , quam dicunt gemraaai

54 l'homme justifié avant toute charité.

pourtant la vraie théologie enseigne qu'il n'y a plus du tout de péclié dans le monde, dès qu'il y a la foi dans l'obéissance de Jésus-Christ i.

L'homme est donc justifié par la seule foi, même avant et sans charité, avant et sans aucune œuvre. Luther fit ressortir souvent et avec une énergie particulière, qu'il ne suffit pas d'exclure la charité de toute coopération à la justification, tandis qu'on la considérerait cependant comme nécessaire et comme déjà présente dans la foi sanctifiante. Il vitupérait donc vivement ceux qui disent : La foi justifie, quand les oeuvres s'y joignent, vu que, selon lui, cela revenait en définitive à tout faire consister dans les œuvres. L'homme , disait-il, doit être juste avant toute œuvre, accepté par Dieu sans aucune œuvre, uniquement par la grâce dont s'empare la foi qui la tient pour certaine.

« Il y a eu de tout temps beaucoup de gens, aussi bien qu'il y en a aujourd'hui, qui parlent fort doctement de la foi, s'imaginent être maîtres ès-loi et ès-Evangile , et disent comme nous que la foi sauve; mais ils ajoutent qu'il faut aussi l'accomplissement de la loi et les bonnes œuvres , sans quoi la foi est nulle, et ils mêlent et confondent de la sorte notre conduite et nos actions avec Jésus-Christ. Ce n'est pas là enseigner une foi pure et sans mélange ; c'est falsifier, salir, badigeonner la foi, de sorte que ce n*est plus qu'une apparence fallacieuse sous la couleur de la foi. De cette manière, en effet, la confiance de la foi n'est plus uniquement assise en Jésus-Christ, seule base de la grâce, mais sur notre sainteté propre ; et si nous nous présentons avec cette foi devant le tribunal de Dieu, celui-ci la condamnera et la rejettera dans un Ueu où elle sera à sa place." Veut-on avoir une foi pure et sans faux badigeon , il faut séparer soigneusement le Christ d'avec les œuvres. Certes , chacun comprendra que Jésus-Christ et son œuvre ne sont pas mon œuvre et ma vie , mais quelque chose qui diffère de la loi et de la vie de tous les hommes, et s'en écarte bien plus qu'un homme de l'autre '^. »

Luther comprit parfaitement que cette appropriation des mérites de Jésus-Christ, telle qu'il la représentait comme la véritable fonction de la foi, était une opération parfaitement

« Éd. Walch. IX, 553.

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