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LUTHER : DE LA JUSTICE CHRÉTIENNE

indépendante, qui, n^ayant nullement besoin de la charité, pouvait s'isoler de toute autre action, et devait en effet en être complètement isolée, de peur qu'à la place de la seule confiance dans le mérite imputé de Jésus Christ, il ne se glisse quelque confiance d'une autre nature. Aussi, quand irs'agissait d'expliquer comment, de cette imputation, de celte confiance de la foi, il faisait découler d'une manière nécessaire la régénération de l'homme pour une vie nouvelle, revenaitil toujours à ce seul motif de la reconnaissance, en vertu de laquelle l'homme, se sachant juste et sanctifié avant toute œuvre, et héritier de la félicité téternelle, fait désormais le bien pour témoigner sa gratitude pour ces divins bienfaits, qui lui ont été gratuitement départis. Voilà comment se formulait dans son esprit l'idée de la piété , qui, consistant dans la foi seule, n'a rien de commun avec la charité et ses œuvres. Nous en voyons un exemple dans le passage suivant :

« Les œuvres ne sanctifiant personne avant que la foi n'agisse, il est évident que la foi seule, comme un pur don de Jésus-Christ et de sa parole , rend l'individu sufiftsamment pieux et saint. Et le chrétien n'a besoin d'œuvrcs ni de commandements pour son salut ; car il est né affranchi de tout cela, et dans sa liberté il fait ce qu'il fait non pas pour son utihté ou pour acquérir le salut, car il est déjà sauvé par sa foi et par la grâce divine ; mais il fait des bonnes œuvres pour être agréable à Dieu *. »

A cette idée de la foi et de son rapport avec la justification de l'homme, correspond parfaitement l'idée de Luther sur la justice chrétienne. De même que la foi ne fait que s'imputer ce que Jésus-Christ a fait et souffert, de même la justice de l'homme n'est qu'une justice imputée, et nullement une chose réellement inhérente à l'homme.

« Nos contradicteurs montrent une autre voie pour parvenir à la justice : ils inventent môme une autre justice, en décidant que la justice est une qualité inhérente à notre nature, et non point une imputation -. »

« Voilà bien une plaisante justice, que nous soyons justes , tandis qu'il n'y a aucune justice en nous , ni d'œuvre , ni de pensée, ni d'aucune manière ; mais qu'elle est tout entière hors

1 L. c. XIX, 1226. — « L. c. vi, 1900.

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