LUTHER : DE LA JUSTICE CHRETIEM^E
de nous, en Jésus-Christ, et ne devient nôtre que sa grâce qui nous la donne K ^>
« C'est à cause de Jésus-Christ que les chrétiens sont déclarés purs , plus purs même que le soleil, la lune et les étoiles. Mais notons bien ici que cette pureté n'est pas en nous, que c'est une pureté extérieure, et hors de nous. C'est Jésus qui nous pare et nous revêt de sa pureté et de sa justice. Mais si tu veux considérer un chrétien en dehors de la pureté et de la justice de Notre-Seigneur, et dans l'état où l'homme est par soi-même, tu verras non-seulement qu'il n'y a aucune pureté en lui, si saint qu'il puisse être, mais tu le trouveras même aussi noir et aussi hideux que l'est à peine le diable en personne. » — « Si donc on dit : Le péché demeure dans l'homme et y reste attaché tant qu'il vit, comment se pourrait-il qu'il fût lavé et devînt blanc comme la neige? tu répondras : On no doit pas envisager l'homme tel qu'il est en lui-même, mais tel qu'il est on Jésus-Cihrist. » — « Mais cette pureté n'est pas notre pureté, et nous ne pouvons nous en revêtir nous-mêmes : c'est la pureté d'un autre, la pureté de Jésus-Christ et de son sang sacré, dont il nous a purifiés, revêtus et ornés 2. »
« Dieu ne peut voir de péché en nous, bien que nous en regorgions et ne soyons que péché, dedans et dehors, de corps et d'âme, de la tête aux pieds ; mais il ne voit en nous que le précieux sang de son Fils bien-aimé, de notre Seigneur Jésus, dont nous sommes inondés. Car ce sang, c'est la robe d'or, le vêtement de grâce dont nous sommes revêtus, et sous lequel nous nous présentons devant Dieu; de sorte qu'il ne peut ni ne veut nous regarder autrement que si nous étions son Fils bien-aimé lui-même, plein de justice, de sainteté et d'innocence ^. »
D'après tout cela, on croirait au moins que Luther, envisageant la justification de l'homme comme l'imputation seule d'une justice hors de lui, n'y aura fait intervenir la foi que comme un instrument ou comme la main du mendiant ouverte pour recevoir l'aumône. On croirait qu'il a , comme la théologie luthérienne le fit plus tard, déclaré la foi de nulle valeur devant Dieu comme action de l'homme. Mais il n'en est pas ainsi : Luther n'avait pas encore conçu cette doctrine d'une manière bien nette et bien précise; du moins ne s^y était-il pas encore attaché d'une manière absolue et constante, ce qui le fit tomber alors dans des inconséquences frappan-
* L. c. viii, 548. — * L. c. V, 822 et suiv. — » L, c. vni, 878, etc.