‹ La réformeChapitre 3 sur 270 · CE DOGME DANS LE CATECHISME DE HEIDELBERG · texte numérisé non relu

CE DOGME DANS LE CATECHISME DE HEIDELBERG

une église antichrétienne et impie, où il ne reste pas une étincelle de foi, et où le Christ est figuré sous des couleurs si horribles qu'on ne voit en lui qu'un juge irrité. « Ils ont, dit-il, outragé de la manière la plus vile la grâce divine : ils ont renié la mort du Christ, la résurrection, l'ascension, etc.» avec tous les biens ineffables qui en découlent : ils ont blasphémé et condamné son Evangile, anéanti la foi, et substitué à sa place un édifice d'abomination, de mensonge, d'erreur et de blasphème ^ » — « II n'est pas de lettre si petite dans leur doctrine, ni d*œuvre si minime, qui ne renie et ne blasphème le Christ et ne prostitue la foi 2. »

Puisque nous sommes sur le point d'examiner cette doctrine, et de la suivre dans son développement extérieur et intérieur, depuis son origine jusqu'aux perfectionnements qui y mirent la dernière main, nous croyons utile, afin d'orienter nos lecteurs avec certitude, de leur présenter dès à présent ce dogme sous sa forme la plus précise et la plus substantielle, tel qu'on le formulait en 1563, vers la fin de la période de la Réforme. Nous choisissons à cet effet les questions du Catéchisme de Heidelherg concernant cet objet, et cela pour deux raisons : une fois parce que ce livre, plus qu'aucun des autres écrits qui font autorité, réunit la précision dans les expressions techniques de la dogmatique à la netteté de langage d'un livre populaire, condition qui ne se retrouve ni dans le Catéchisme de Luther, ni dans les Symboles rédigés par Mélanchlhon; et puis, parce que les Luthériens ont toujours reconnu l'exactitude des doctrines du Catéchisme sur ce point.

Question trente-quatrième. Qu'est-ce que la vraie foi?

Réponse. La vraie foi n'est pas seulement une connaissance certaine qui me fait tenir pour vrai tout ce qui nous est révélé par la parole de Dieu; mais c'est aussi l'intime confiance que le Saint-Esprit produit en moi par l'intermédiaire de l'Évangile, et qui me rend convaincu que Dieu accorde nonseulement aux autres, mais aussi à moi-même, la rémission des péchés, la justice et la félicité éternelles, par sa seule grâce et uniquement pour les mérites de Jésus-Christ.

* Œuvres de Luther; édition d'Iéna, vi, 339,

8 CE DOGME DAiNS LE CATECU. DE HEIDELBEUG,

Question soixantième. Comment es-tu juste devant Dieu ?

Réponse. Uniquement par la vraie foi en Jésus-Christ, si, Hialgré que n:ia conscience m'accuse d'avoir grossièrement péché contre tous les commandements de Dieu, de n'en avoir jamais observé aucun, et de continuer toujours à être enclin au mal, je crois néanmoins que Dieu, sans que mes mérites y soient pour rien, m'impute, par un pur don de sa grâce, l'entière satisfaction, la justice et la sainteté de Jésus-Christ, comme si je n'eusse jamais commis ni connu de péché, et que j'eusse fait preuve moi-même de cette obéissance que Jésus-Christ eut en ma place, et si je reçois tous ces bienfaits avec un cœur croyant.

Question soixante-unième. Et pourquoi dis-tu que tu n'es juste que par la foi ?

Réponse. Non que je sois agréable à Dieu par le mérite de ma foi, mais parce que la satisfaction, la justice et la sainteté de Jésus-Christ sont seules ma justice devant Dieu, et que je ne puis les recevoir ni me les approprier que par la foi seule.

Question soixante -deuxième. Mais pourquoi nos bonnes œuvres ne peuvent-elles être notre justice ou une partie de notre justice devant Dieu ?

Réponse. Parce qu'il faut que la justice, telle qu'elle doit être devant le tribunal de Dieu, soit entièrement parfaite et entièrement conforme à la loi divine; mais que les meilleures même de nos bonnes oeuvres, dans cette vie, sont toujours imparfaites et souillées de péché.

Question soixantb>troisième. 3Iais nos bonnes œuvres ne méritent-elles donc rien, tandis que Dieu promet pourtant de les récompenser dans cette vie et dans l'autre ?

Réponse. Cette récompense n'est pas une rémunération de nos mérites, mais un don de pure grâce.

Question soixante-quatrième. Mais cette doctrine ne rendrait-elle 2J(is les hommes insouciants et impies?

RÉPONSE. Non : car il est impossible que ceux qui sont incorporés à Jésus-Christ par la vraie foi ne veuillent pas lui porter des fruits de reconnaissance.

Question cent-quatorzième. Ceux qui sont convertis à Dieu, peuvent-ils observer ces commandemrmts (les dix Commandements ) ?

Page 1