CERTITUDE DE LA GRACE
en Jésus-Christ , et dire : Bien qu'il me semble que je sois enfoncé dans le péché jusque par dessus les oreilles et que j'y sois noyé tout entier ; bien que mon cœur me dise que Dieu a détourné sa face de moi et que j'excite sa colère, il n'y a pas un mot de vrai dans tout cela ; tout n'est qu'invention et mensonge, et ce que je sens, ce que j'éprouve en moi au moment de la tentation n'y saurait rien changer ^ »
« Si tu veux croire, il ne faut pas t'attacher à ce que te présentent les pensées et tes sentiments, mais à ce que te présente la parole de Dieu, si peu que tu la sentes en toi 2.»
« La rémission des péchés , la vie éternelle , nous ne l'avons ni ne la sentons. Que tu aies aujourd'hui même entendu prêcher la parole de Dieu, que tu aies demandé l'absolution et te sois approché de la table du Seigneur, tu n'en es pas moins l'homme que tu étais hier ; tu ne te sens nullement changé ; tu asi, comme devant, le vieux sang et la vieille chair. Cependant, ne te scandalise pas de cela; mais attache toi avec ardeur à la parole qui te promet la rémission des péchés et la vie éternelle, et jette loin de toi tout doute ^. »
Avoir constamment devant les yeux cette certitude de l'état de grâce, cette foi absolue que chacun, pour sa personne, possède le Saint-Esprit, défendre cette certitude et cette foi contre tous les doutes qui pourraient s'élever, contre tous les scrupules de la conscience, voilà ce que Luther regardait comme l'affaire la plus importante pour Ihomme en matière de religion. Mille fois il répète que la doctrine papiste , en rejetant cette certitude, précipite la conscience dans le désespoir, et sans cesse il revient à cette accusation. Aussi recommande-t-il avec instance que chacun , en étouffant sur-lechamp tout doute naissant, tout scrupule issu de la conscience de ses péchés, apprenne à croire avec une foi ferme et inébranlable, et sans se relâcher de cette foi un seul instant, que sa justification est assurée. En pratiquant et affermissant sa foi en sa justice propre, il doit arriver jusqu'à dire avec une entière confiance : « Je sais que je suis agréable à Dieu; que j'ai le Saint-Esprit non à cause de mes mérites, mais à cause de Jésus-Christ; j'ai foi dans le Christ, et si moi je suis un pécheur égaré, Jésus est juste et ne peut
» L. c. pag. 2G31.— 2 L. c. xj, 2339.
* Scrmonnaire domestique {Hautposiille), 11, 132.