DU PÉCHÉ CONTRE LE SAINT-ESPRIT
De la sorte se tranchait d'une manière facile et simple la question de savoir en quoi consiste le péclié envers le Saint- Esprit. Quiconque ne croit pas avec une certitude inébranlable qu'il est actuellement agréable à Dieu et assuré du salut éternel, pèche contre le Saint-Esprit.
« Il n'est pas de péché plus grand que de ne pas croire à l'article de la rémission du péché , que nous professons dans noire prière de chaque jour, et ce péché, c'est le péché contre le Saint-Esprit; péché qui corrobore tous les autres et les rend éternellement impardonnables. Vois donc quel Dieu clément , quel bon Père nous avons, puisque non-seulement il nous promet et nous accorde le pardon de nos péchés, mais que même il nous ordonne, sous peine de tomber dans le péché le plus irrémissible , de croire que tout péché est pardonné , et qu'il nous pousse par ce commandement à la paix de la conscience *.»
« Puisque ceci ( la rémission des péchés par la mort et la résurrection de Jésus-Christ) est uniquement la vérité et l'œuvre de Dieu, il nous faut, sous peine d'encourir la colère et la disgrâce divine, l'accepter comme un don émané de Dieu, et nous y attacher par la foi, afin de ne pas tomber dans le péché qui ne se peut remettre 2. — Ceci (I saint Jean, chap. 5, 10 ) abat et terrasse avec une force extrême cette abominable et maudite doctrine des papistes, cette doctrine issue du diable, où il est soutenu impudemment qu'on fait bien de douter, et qu'un chrétien doit douter de la grâce ^. ^
« C'a été une abominable erreur de la doctrine papiste, d'avoir enseigné et prêché aux gens qu'ils devaient douter de la rémission des péchés et de la grâce de Dieu. Tu dois reconnaître, ontils dit, que tu es un pécheur tel, que tu ne peux nullement avoir la certitude de ton salut. Et voilà comment le monde entier a été noyé dans ce doute, ainsi que dans d'autres idées erronées touchant Dieu *. »
« Que j'entende une telle prédication, dit-il encore, où le cœur est sur de son affaire et sait à quoi s'en tenir vis-à-vis de Dieu, je dirai que c'est bien là prêcher le vrai et la pure parole de Jésus- Christ, et je jugerai que tout le reste n'est que prédications et doctrine du diable, intervertissant les deux choses, disant que nous ne devons pas savoir si nous sommes en état de grâce, et pourtant, dans le doute et à l'aventure, nous poussant à faire des œuvres ^. »
* Ed. d'Iéna, 1590, i, 64. — « Ed. Walch. xi, 878. — » L. c. xir, 718.
* L. c. II, 1985. — s Ed. Walch. viii, 346.
U% DE l'absolution.
Et la foi a d'autant plus de prix que le sentiment de l'homme y correspond moins ou y résiste davantage.
« C'est bien, dis-tu ? mais je ne sens pas, ou jo sens bien faiblement que je possède une justice. Mais quoi ! est ce que tu dois le sentir ? C'est croire qu'il faut, mais non sentir. Car la justice est spirituelle et invisible ; elle ne saurait donc se sentir. Il faut y croire; et, si tu ne crois que lu es juste, tu commets envers Jésus-Christ un blasphème abominable K »
Là se présentait donc une nouvelle et importante déviation des doctrines et de la pratique de l'ancienne Église touchant Vabsoluiion. Dès l'origine de la Réforme , Luther combattit la doctrine catholique du pouvoir des clefs , la prétendant fausse , et contestant qu'elle renfermât aucun pouvoir transmis par Jésus-Christ. Cette absolution de par le Pape, selon lui, n'était que de par le diable.
« Les clefs de Jésus-Christ n'exigent de nous aucune œuvre, mais seulement la foi ; les clefs du Pape, au contraire, nous enseignent à faire des œuvres. — Ne sont -elles pas bien merveilleusement d'accord les clefs du Christ et les clefs du Pape? Celles-là enseignent l'œuvre de Dieu et ne parlent pas d'œuvres humaines ; celles-ci enseignent les œuvres des hommes et point l'œuvre de Dieu. Pourquoi donc le Pape appelle-t-il clefs du Ciel, ses clefs, qui pourtant ne mènent ni au ciel, ni à la foi, ni à l'esprit chrétien, mais n'instituent que des grimaces terrestres et extérieures ? Clefs de la terre, voilà comment il faudrait les nommer. — Toutefois, avisons à la chose et venons en aide aux papistes avec la glose que voici •• De môme que le Christ et le Pape ont deux sortes de clefs différentes, de même il y a aussi deux royaumes, dont ces clefs ouvrent les portes. L'un est au ciel, c'est la vie éternelle , où nous conduisent, nous , pauvres pécheurs, les clefs de Jésus-Christ ; c'est le royaume do Diou. L'autre est là-haut, dans les airs, où régnent les démons, comme dit saint Paul ; et c'est là que les clefs du Pape conduisent tous les saints qui observeront sa loi et ses commandements ; car ces saints-là, voilà le ciel qui leur convient ^. »
« Et comment le Pape auraU-il les clefs, lui qui n'observe point la parole de Dieu et ne la peut souffrir ? Ceites, là où n'est point la parole de Dieu, là ne demeurent point les clefs; elles veulent
* Citation ùtNeumei$Ur (DocUine de !n foi : Lehrc vom Glauben), pag. Ik* « Ed. de Wittcnberg:, vni, 389, ss.