CONTRE LA DOCTR. CATH. DU POUVOIR DES CLEFS
être avoc la parole do Dieu et avec l'Ef^lise, ou cesser d'être clefs. Voilà pourquoi Jésus-Christ a si bieu partagé les clefs avec le Pape, laissant à celui-ci les clefs peintes, qu'il peut tout à son aise faire mettre dans son écusson et sur les murailles ; dans l'Eglise du Christ il n'y a point pour elles de champ ni de place. — Qui donc veut devenir un chrétien, n'a qu'à ne tenir aucun compte de toutes les clefs du Pape : elles ne font que troubler la foi et ôtcr à notre conscience toute consolation et toute paix ; elles jugent contre Dieu selon notre propre justice , et nous apprennent à oublier et à renier Jésus-Christ *. »
« Dieu nous préserve de l'absolution du Pape et des évoques, dont aujourd'hui le monde est plein : c'est l'absolution du diable -. »
La raison de cette polémique est dans l'idée môme quo Luther avait conçue de l'absolution, en déduisant les conséquences logiques de ses idées sur la foi. Le pouvoir de délier, de remettre les péchés, consiste dans le pouvoir ou l'office d'annoncer l'Évangile , partant, de prêcher. Le prédicateur annonçant le pardon des péchés en vertu de la seule foi, l'auditeur qui s'attribue et s'applique ce pardon par la foi spéciale, est incontinent sur de la rémission de ses péchés , partant absous. Or, tout homme quel qu'il soit , laïque ou prêtre, pouvant annoncer cette doctrine, il s'ensuit que chacun a le pouvoir de délier : chacun donc, apercevant chez son prochain la foi , peut lui dire : Tes péchés te sont pardonnes; et ces paroles, entendues et écoutées avec la foi, portent avec elles une certitude infaillible.
« La rémission des péchés n'est au pouvoir ni du Pape, ni de l'évéque, ni du prêtre, ni d'aucun homme sur la terre : elle ne repose que sur la parole de Jésus-Christ et sur ta propre foi. — Les clefs ne furent pas données à saint Pierre, mais à toi, à moi. — Quand je prêcherais le pardon des péchés, je prêcherais le véritable Evangile ; car la somme de l'Evangile est : Qui croit en Jésus-Christ, ses péchés lui seront remis; de sorte qu'un prêtre chrétien ne saurait ouvrir la bouche ^ sans prononcer une ab-
' L. e. vin, 399, ss.
2 Ceci est contredil, sans doule, par ces paroles (éd. ('e WiUenberg, ii, 229) : Dans la pnpoulé sont les véritables clefs pour la rémission des péchés. Mais les passiiges qui disent le contraire étant infiniment plus nombreux, il faut bien les regarder tomnie la véritable expression delà ducUine de Luther,
' La gueule (das Maul), dit le texte.