‹ La réformeChapitre 37 sur 270 · LE POUVOIR DES CLEFS · texte numérisé non relu

LE POUVOIR DES CLEFS

solution. C'est aussi ce que fait Jésus-Christ dans l'Evangile, alors qu'il dit : Pax vobis, Que la paix soit avec vous; c'est-à-dire : Je vous annonce, de la part de Dieu, que vous avez la paix et le pardon des péchés. Voilà précisément l'Evangile et l'absolution K j>

Pardonner le péché, délier du péché, ce n'est donc, suivant la théorie de Luther, qu'annoncer la grâce de Dieu ou l'absolution accordée : on n'est pardonné et délié qu'en vertu de la foi : on n'est lié, on ne demeure dans le péché que par suite de l'incrédulité. De la sorte, en effet, tout le pouvoir de l'Église, quant à lier et^à délier, perd le caractère objectif qu'il avait autrefois, et devient purement subjectif. Chacun se délie lui-même, en s'appropriant par la foi les mérites de Jésus-Christ; l'incrédule se lie aussi lui-môme. Quant au prêtre, il ne peut qu'annoncer ce qui déjà s'est accompli dans le fidèle, par lui et par son acte de foi. Luther ne pouvait donc, lorsqu'il parlait de délier autrui et du pouvoir de délier, l'entendre que dans un sens très-impropre et indirect; aussi pensait-il que la prédication du pardon des péchés ne sert qu'à donner la certitude à ceux qui hésitent, et des consolations à ceux qui se découragent, la confiance en nous-mêmes se fortifiant de celle d'autrui, ou la foi encore débile s'affermissant par l'objectivité de la parole d'autrui.

« Si celui qui se chamaille avec le péché et aurait bien envie de s'en défaire, veut goûter une consolation certaine et entendre des paroles qui encouragent et rassérènent son cœur , il n'a qu'à aller trouver son frère, s*-accuser en secret auprès de lui de ses péchés, et lui demander une absolution et des paroles de consolation. S'il te donne celte absolution, en te disant que tes péchés sont pardonnes, que tu as un Père miséricordieux, un Père bienveillant, qui ne veut pas t'imputer tes péchés, crois bravement à celte assurance et à cette absolution, et tiens pour certain que c'est Dieu lui-même qui te donne cette assurance par la bouche de ton frère. Mais celui qui a une foi forte et ferme en Dieu, et qui se tient pour sur du pardon de ses péchés, celui-là peut se passer de cette confession et ne se confesser qu'à Dieu seul i'. »

Mais à cela Luther ajoute que tout homme, que le premier

* Ed. de Wiltcnberg. tiii, 389 et seq. — ^ Ed. Walcii. xx, 40.

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