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JUSTIFICATION SANS AUCUNE PREPARATION

Il ne peut être question ici ni de préparation, ni de congruité, ni d'aucun progrès graduel; mais l'homme qui, immédiatement avant, plongé dans les ténèbres de l'esprit et dans la fange du péché, haïssait et méprisait Dieu sciemment, est le moment d'après, dès que ce rayon de la foi imputalive a illuminé son âme, complètement juste, enfant de Dieu et héritier du salut éternel *. Voià la véritable science et le véritable art du chrétien : transporter, avec une conscience tranquille, tout le péché, tout le mal de nous sur Jésus-Christ, et en retour transporter toute la sainteté de Jésus Christ sur nous-môBies.

Avant la foi, l'homme n'a que le sentiment et la frayeur du péché, la crainte de la colère et du jugement de Dieu : la loi, en révélant à l'homme son péché, le rend aussi plus grave ; car il ne peut plus désormais que murmurer contre Dieu, le haïr et détester sa volonté ^. C'est même la loi qui enflamme au plus haut degré la haine de l'homme contre Dieu ; tellement qu'il voudrait qu'il n'y eût point de Dieu. Et la loi qui produit cet eifet chez l'homme est précisément celle qui ordonne d'aimer Dieu de tout son cœur. En outre, l'homme reconnaît aussi par la loi qu'il est totalement misérable et damné, et saisit alors avec une ardeur d'autant plus avide la consolation de l'Évangile, c'est-à-dire qu'il s'impute, par la foi, la justice de Jésus-Christ comme la sienne propre, et se trouve dès ce moment justifié et participant à la félicité éternelle 3.

C'est pourquoi il ne saurait absolument rien y avoir de bon dans l'homme avant sa justification, ou bien il ne peut ni ne doit rien apporter de bon dans cette justification; il doit, au contraire, être juste amw^ toute œuvre : Dieu doit le recevoir en grâce sans aucune œuvre K

1 Comm. in Gai. éd. Irmisclier, ii, 37 : Vides praeterea, quîc mérita congrui et condigni afferarau^, ac qua lalioiie acquiramus islam benedictionem. Jsla est prœparatio, hoc tst, merilum congrui cl condigni, illa sunt opéra, qiiibus paralur liac juslilia, quod Christus Jésus faclus sit pro nobis maledictum. Nos eniui sunius ignorantes et inimici Dei, sunius morlui in peccalis et raaledicli, ergo meritum noslrum plane nullum est. Quid enim merelur maiedictus peccator, ignorans Dei, morluusin peccalis, obnoxius irae et judicio Dei?

^ Comm. in Gen. cap. iv. (cité au colloque d'Allcnbouri?. Jéno, 1509, f. 138,

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