APPLIQUÉE A JÉSUS CHRIST
Ici, comme toujours, Luther partait du point de vue qui dominait toute sa théologie : il recherchait ce qui pouvait offrir une consolation particulière, et sous quelle forme la doctrine chrétienne était le plus propre à donner la tranquillité et la sécurité. Jésus-Christ, dit-il, nous apparaît plus aimable et plus agréable, alors qu'on le nomme tout simplement un pécheur; et en même temps il blâme les théologiens scolastiques et les taxe de sacrilèges de la pire espèce, parce qu'ils ne veulent pas reconnaître un pécheur dans Jésus- Christ, et Tempécher ainsi d'avoir rien de commun avec les péchés et les pauvres pécheurs. En effet, les théologiens catholiques s'étaient jusqu'alors appliqués avec un soin extrême à se tenir à l'écart de cet ordre d'idées que les réformateurs commencèrent à envahir et à exploiter avec les façons brutales qui leur étaient propres ; ils n'avaient jamais permis qu'on appliquât à Jésus-Christ la qualification de pécheur, ils avaient distingué avec le plus grand soin entre l'acceplation de la coulpe des péchés du monde par Jésus-Christ et la susception de ces péchés eux-mêmes ; ils avaient compris que dans ce passage où saint Paul dit que Dieu a fait le Christ péché, le péché^ suivant le style ordinaire de l'Écriture, signifie la victime expiatoire. Selon la manière de voir des théologiens de l'ancienne Église, il était contraire à l'idée qu'on doit se faire du Médiateur, que celui qui est Homme-Dieu fût en môme temps le coupable qui offense la divinité; le Médiateur devait être, au contraire, une tierce personne, s'interposant entre l'offenseur et l'offensé. Or, Jésus-Christ a souffert et est mort comme Médiateur; ce ne fut donc pas en la personne de l'offenseur ; il a bien revêtu la nature de l'espèce pécheresse, mais nullement la personne du pécheur. Aussi, selon la doctrine de l'Église, ce ne sont ni nos péchés ni notre coulpe qui ont été imputés à Jésus-Christ; les péchés des hommes ne furent que l'occasion de la Passion du Christ, parce que, en raison de nos péchés, nous étions passibles du châtiment, et que Jésus-Christ s'offrit en sacrifice pour nous. Jésus-Christ ne s'est donc jamais chargé de la coulpe des péchés de l'homme, mais seulement du châtiment qu'ils méritaient, et notre coulpe ne fut pas la cause prochaine, mais seulement la cause éloignée, occasionnelle de ses souffrances. Pour Luther, au