ET AU DÉSESPOIR
ont espéré en toi et ils ont été délivrés, etc. « Dans ces paroles, Luther crut voir l'expression d'un vif ressentiment et un murmure contre Dieu. « Tu vois là, dit-il, comment la tentation de blasphémer et de maudire Dieu se fait jour chez Jésus-Christ*; le sentiment de cette tentation, toutefois sans le consentement de sa volonté, l'a contraint à proférer ces paroles, afin qu'il pût vaincre en lui-même nos tentations ; il semble étouffer cette tentation blasphématoire qui paraissait vouloir éclater, tout comme s'il hésitait entre la louange et le blasphème, et que ce doute le rendît muet ^ » La dernière torture de Jésus-Christ fut, « que la prédestination de Dieu ou plutôt la haine de Dieu lui fut mise sous les yeux, comme si Dieu ne voulait pas de lui et ne l'avait pas destiné à la félicité éternelle; ce dard de feu pénétra avec la dernière violence dans son cœur déchiré ; de sorte qu'au milieu de ces tentations, doutant de lui-même (de Dieu môme !) il s'écria tel qu'un homme chancelant : Eli, Eli, etc. 3. »
La peinture que Luther nous trace de la situation de Jésus- Christ comprend les traits suivants : « Le Christ se trouvait dans une situation où il était en effet et en réalité abandonné de Dieu, de la grâce, de la miséricorde et de la justice divines, enfin de tout ce qui est de Dieu ; il fuyait Dieu et en avait horreur {horret Deum) ; il n'espérait de Dieu ni salut, ni consolation; il se laissait, dans les ténèbres où était plongée son ame, entraîner au désespoir; il regardait Dieu comme inexorable, ne voyant autre chose que sa colère ; la tentation du blasphème surgissant en lui, il parlait comme par envie ou par colère; flottant entre la louange et le blaspèhme, il craignait de re-
* L. c. f. 2^3 : Vides, quam hîc in Cliristo promiscet lentatio blasphemîœ et malediclionis, tentatus enim est per orania.
' L. c. lia videtur in semetipso absorbere tentitîonem blasphemiae, quae pêne eruplura videbatur, velut inter luudem et blaspliemiara fluctuans et obmutescens.
* Dans les Lutheri CoUoqiùa, Meditaiiones, etc., éd. Rebenstock, ir, 2Mj b, on lit le passage suivant, qui trouve ici sa place : o Dans les tentations supportables, nous pouvons bien dire encore : Béni soit le 7wm du Seigneur. Mais quand le péril devient suprême, jusque-là que Ton dit : Maudit soit le jour où je suis né, alors noire détresse est grande. Ce fut dans cette détresse que se Irouva Jésus-Christ, quand il dit : Mon Père! éloigne de moi ce calice. Car, dans ce moment, il y avait en Jésus-Christ une volonté opposée à une autre volonté, il y avait lutte et combat; mais il se tourna promptemenl vers la volonté du Père, tt un ange vint le consoler. »