COMMENT SA FOI KNGENDRE LES BOISEES OEUVRES
et à vivre dans le péché. » Luther assure ensuite que cette foi certaine touchant notre état propre est excessivement ditTicile, et que lui-même ne peut jamais venir à bout de s'y atTermir. «Si aujourd'hui je réussis à apprendre un petit «bout, il arrivera peut-être demain que je l'aurai oubh'é *.»
Ici ce n'est donc plus la joi justifiante qui ôte à l'homme le péché et produit les bonnes œuvres ; ce n'est plus cette foi qui s'impute la justice de Jésus-Christ, c'est au contraire la reconnaissance de la loi, la soumission à sa morale impérative, que Luther donne ici pour la /o/, uniquement pour appuyer sa proposition et pour pouvoir soutenir qu'à la foi sont nécessairement liés, comme fruits de la foi, l'accomplissement des devoirs et les bonnes œuvres. Car Luther ne peut évidemment vouloir dire ici qu'une seule chose, à savoir que l'homme, tant qu'il se représente constamment son état et qu'il se pénètre vivement des devoirs auxquels cet état l'engage, ne transgressera point ces mêmes devoirs, ou que chaque transgression présuppose déjà quelque atïaiblissement de la conscience du devoir.
Dans le passage suivant il prend encore un autre biais.
« La foi est telle de sa iiature, qu'elle espère de Dieu tout ce qui est bon, et ne se confie qu'en lui seul. Par cette foi, l'homme a la connaissance de Dieu, de sa bonté et de sa grâce, connaissance qui amollit son cœur et le rend charitable, de sorte qu'il voudrait faire à chacun comme il sent que Dieu lui a fait à lui. Voilà pourquoi il se répand en amour pour son prochain, le sert de tout son cœur, de son corps, de sa vie, de son bien et de son honneur, de son àme et de son esprit, et lui donne tout, comme Dieu lui a tout donné ^. »
Cette assertion cependant, que la simple connaissance de la bonté de Dieu conduit nécessairement l'homme à la vertu, est réfutée d'une manière par trop évidente et trop palpable par l'expérience commune de tous les jours. C'est pour cette raison que, dans sa « Préface à l'Epître aux Romains, » il donne la préférence à une autre explication. La foi en Jésus-Christ, y dit-il, apporte le Saint-Esprit ; mais celui-ci n'est pas oisif, dès qu'il a commencé d'habiter dans le cœur du
1 L. r. xti, 2083 et suif. — ^ L. c. xi, 1619.