NAISSENT DE LA FOI
et l'obéissance de Jésus-Christ, fera dès-lors constamment le bien, en vertu de la môme nécessité physique qui, avant l'imputation, ne lui faisait penser et faire que le mal.
Ceci, toutefois, contrastait par trop vivement avec la peinture que Luther nous fait de la peccabilité permanente, même chez l'homme qui a la foi, de sa faiblesse et de sa fragilité morale, de la nécessité absolue où il est de pécher toujours. Quand Luther affirmait que « la confiance hardie en la grâce de Dieu » rend l'homme inévitablement enclin et disposé à tout ce qui est bon, ce n'était évidemment là qu'un expédient auquel il avait recours faute de trouver mieux, et qui, comme il s'en plaint lui-même avec amertume en d'autres moments, faisait fort bon effet sur le papier ou dans un sermon, mais se trouvait constamment réfuté et réduit à néant par la réalité.
Au lieu de ces décisions et de ces sentences d'autorité, Luther essaya , dans le passage suivant , une sorte de démonstration :
« Aussi bien que le feu ne peut être sans chaleur et sans fumée, aussi bien la foi ne peut être sans charité. Car, lorsque je reconnais par la foi, combien Dieu m'aime; lorsque je reconnais que pour l'amour de moi et pour mon salut il a envoyé du haut des deux son Fils unique, l'a fait chair et l'a fait mourir pour expier mes péchés, de telle sorte que moi, qui aurais dû être damné pour l'éternité, je serai sauvé, et que, recevant toutes choses avec ce Fils, je puis m'enorgueillir de tout ce qui est en lui et braver le péché, la mort, le diable, l'enfer et le malheur; lorsque je reconnais cela, dis-je, il est impossible que je ne l'aime à mon tour, que je n'observe ses commandements et ne fasse avec plaisir et empressement tout ce qu'il ordonne ^ »
Si c'était là une proposition véritablement systématique et non un simple caprice de Luther, elle se fondait en effet sur une idée entièrement étrangère jusqu'alors à la théologie et à la philosophie, et qui ne fut pas non plus admise ultérieurement dans la théologie protestante : cette idée, c'est que le dernier jugement émané de l'intelligence détermine infailliblement la volonté , de sorte que l'intelligence ne serait plus la simple conseillère de la volonté , mais une force
« L. c. XI, 2594.
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