EAPPORT ENTRE LES COUVRES ET LE SALUT
Toute tentative d'envisager d'une façon quelconque les bonnes œuvres de l'homme comme des conditions de son futur salut, dut être aux yeux de Luther un mélange de la loi avec l'Évangile, une tendance criminelle à amoindrir la gloire de Jésus-Christ. Et cependant il lui est difficile à luimême, touchant les bonnes œuvres, de se défaire de l'idée qu'il est un devoir qui continue à obliger même l'homme doué de la foi. Malgré toute sa persistance à émanciper la conscience de l'autorité de toute loi morale et divine, pour ne la soumettre qu'à la seule pyissance de la foi imputative, parfois cependant un scrupule s'élève dans son esprit, et lui rappelle que, même pour celui qui a la foi, il existe encore certaines obligations qui ne peuvent se rejeter d'une manière absolue, ou, en d'autres termes, qu'il faut admettre une certaine nécessité des bonnes œuvres, même pour celui qui, suivant sa distinction, ne vit plus sous l'autorité de la loi, mais sous celle de l'Évangile, «j'observe, dit-il, par exemple, toutes » sortes de lois, et pourtant je n'ai point de loi en ma con- » science : car les œuvres que je fais, je ne les fais pas dans » l'idée que j'y sois forcé, ou qu'en les accomplissant je puisse » être saint devant Dieu ; mais je les fais parce que je dois » me conformer à la volonté et à l'avantage de mon prochain, » bien que cela ne me serve de rien devant Dieu, dont je pos- » sède déjà les trésors par la foi *. »
En parlant ainsi, lui qui exalte et préconise toujours l'affranchissement de la conscience et son émancipation de toute loi, il ne s'apercevait pas que sa conclusion annuité ses prémisses; que cette loi qu'il chasse de sa conscience dans les prémisses, il l'y ramène dans la conclusion ; car cette obligation à laquelle il se croit soumis, qu'est-ce autre chose que cette môme loi qui oblige dans sa conscience Thomme doué de la foi ?
Luther ne trouvait aucune issue pour se dégager de ce dédale de contradictions. 11 est de notre devoir de faire du bien à notre prochain : les bonnes œuvres sont nécessaires ; il en tombait quelquefois d'accord. Mais est-ce là un devoir devant Dieu? Dans son jugement, Dieu a-t-il égard à ce que nous
t Ed. Walch. ix, A96.