‹ La réformeChapitre 63 sur 270 · POURTANT LUTHER EXIGE DE CHACUN · texte numérisé non relu

POURTANT LUTHER EXIGE DE CHACUN

comment , avec l'Evangile , Jésus-Christ entre par tes oreilles jusque dans ton cœur et y demeure par la foi. Et alors tu es pur et juste, non par ta propre action , mais à cause de l'hôte que tu as reçu dans ton cœur par la foi ^ »

D'après ce qui précède, il dépend donc uniquement de la grâce de Dieu que l'homme ait la foi ou non, qu'il remporte de la prédication une foi véritable opérée par Dieu, ou une foi de mauvais aloi, une foi imaginaire.

Mais, d'un autre côté, Luther alïirme en cent endroits que l'homme charnel, dirigé .par la seule raison, ne peut pas même tenir pour vraie la doctrine du sacrifice de Jésus- Christ pour nous; cela seul, à l'en croire, est déjà une opération qui doit nécessairement être accomplie par le Saint- Esprit : «Car notre nature est infiniment trop corrompue et trop faible pour accepter et croire de telles choses ^.»— « La raison et la chair ne peuvent ni comprendre, ni concevoir ce que dit l'Ecriture, qu'il fallait que le Fils de l'homme fût crucifié. Elles conçoivent bien moins encore que ce fût par sa propre volonté et de son plein gré ; car la raison ne croit pas que cela nous soit nécessaire, et veut elle-même agir et valoir devant Dieu par ses œuvres ^. »

Nous voyons que dans cette partie du système, les embarras et les contradictions se multipliaient à l'envi. D'abord on voulait que chacun, pour être véritablement justifié, crût à la bonté de sa propre foi et à son origine divine, et fût persuadé, comme d'un fait positif, qu'il est en état de grâce : car voilà ce qu'on demandait en exigeant cette foi spéciale ou cette confiance , sans laquelle il était impossible que l'homme fût justifié. Et pourtant Luther se trouva complètement incapable d'indiquer un critérium à l'aide duquel l'homme, au moment même de sa justification, pût discerner la vraie foi d'avec la fausse. Il fut obligé, au contraire, d'admettre en fait que, sur un certain nombre d'individus qui entendent la prédication de l'Évangile dans des conditions entièrement identiques, une partie seulement, par un privilège d'élection divine, conçoivent la vraie foi, et qu'une autre partie très-nombreuse ne parvient qu'à se former une

• Sermonnairc. Wiltcnberî^, 1562, p. dOO.

* Vaï. d'Iéna, '1580, viii, 273. — » Sernionnaire, p. 2l\l\,

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